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RDC : l’ASADHO veut faire des jeunes femmes des actrices de l’espace civique congolais

Photo d'illustration

Ce vendredi 4 septembre à Kinshasa, la place des femmes dans la vie publique a été au cœur d’un forum estudiantin organisé par l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO).

La rencontre a réuni des étudiantes, ainsi que plusieurs intervenantes venues booster les prochains cadres du pays autour d’un enjeu central : renforcer la participation des femmes aux initiatives de promotion et de protection de l’espace civique en République démocratique du Congo.

Organisé sous le thème « La participation accrue des femmes aux initiatives de promotion et de protection de l’espace civique en RDC », le forum visait notamment à sensibiliser les jeunes aux enjeux de l’espace civique, à promouvoir le leadership féminin et à mettre en avant la contribution des femmes à la consolidation de la démocratie et d’une gouvernance participative.

Animée par Jean-Claude Katende, président de l’ASADHO, la rencontre s’est articulée autour de deux panels consacrés au leadership féminin et à la place des femmes dans l’environnement professionnel.

« Le leadership n’a pas de sexe »

Pour Grâce Lula, leader du Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO), la capacité à influencer positivement son environnement et à conduire un groupe vers un objectif relève avant tout de la volonté et de la détermination.

« Le leadership n’a pas de sexe », a-t-elle martelé, appelant les jeunes femmes à dépasser le « syndrome de l’imposteur », cette tendance à sous-estimer ses capacités et à craindre le regard des autres.

Elle estime que la confiance en soi est indispensable pour permettre aux femmes de prendre leur place et d’exercer pleinement leur potentiel.

Élysée Odia a, de son côté, défendu l’idée d’un leadership qui se construit. 

« On ne naît pas leader, on devient leader par plusieurs mécanismes », a-t-elle expliqué.

Selon elle, le travail, l’ambition, l’adaptation, la vision et la capacité à transformer ses rêves en projets sont autant d’éléments nécessaires pour développer son leadership.

« Tout le monde peut devenir leader », a-t-elle soutenu, à condition de chercher à produire un impact positif sur son environnement et sur la société.

Prisca Manyala a toutefois souligné que certaines personnes manifestent très tôt des aptitudes au leadership, notamment à l’école, à l’université ou dans leur famille. Mais cette disposition doit, selon elle, être mise au service de « bonnes causes ».

Les femmes appelées à s’affirmer au travail

Le deuxième panel a porté sur la manière dont les femmes sont perçues et traitées dans l’environnement professionnel.

Pour Prisca Manyala, ancienne coordonnatrice des étudiants à l’Université de Kinshasa, la compétence reste l’un des principaux leviers permettant aux femmes de s’imposer professionnellement.

« À chaque fois qu’on vous demande 10, vous êtes capables de donner 11 ou 12 », a-t-elle lancé, invitant les participantes à aller au-delà du strict minimum et à démontrer leur valeur ajoutée.

Elle les a également exhortées à ne pas s’autocensurer lors des réunions ou dans les espaces de décision en raison de leur sexe ou de leur âge.

« Dans le milieu professionnel, ce qu’on attend de vous, c’est votre cerveau et vos capacités pour pouvoir faire avancer le projet, l’institution ou la communauté », a-t-elle insisté.

Selon elle, la réussite d’une femme ne doit pas être perçue comme une victoire individuelle. Elle peut également contribuer à ouvrir la voie à d’autres femmes.

Élysée Odia, journaliste depuis plus de 16 ans, a pour sa part insisté sur le poids de la socialisation dans la reproduction des rapports entre hommes et femmes.

Elle a évoqué une société où l’homme est souvent présenté dès l’enfance comme le « chef » de la femme, une conception susceptible de se reproduire ensuite dans les milieux professionnels.

Forte de son expérience, elle affirme néanmoins avoir rencontré des hommes bienveillants et capables de reconnaître la valeur intellectuelle des femmes, tout en ayant parfois été confrontée à davantage de dureté de la part de certaines femmes.

Elle estime que les femmes doivent surtout mettre en avant leurs compétences, leur intelligence, leur réflexion et leur savoir-faire.

Grâce Lula a également souligné la persistance des stéréotypes et des préjugés. Elle invite les femmes à « forger leur espace » et à ne pas laisser ces représentations déterminer leur place dans la société.

« Il fallait parler, il fallait oser »

Les étudiants présents ont également partagé les enseignements tirés de cette rencontre.

Emeraude Ngalula Tshidibu, étudiante en première année de master en droit public interne à l’Université de Kinshasa, retient notamment l’importance de prendre la parole et de défendre les causes jugées justes.

« Il fallait parler. Il fallait oser. Porter sa voix pour défendre une cause que l’on estimait être juste », témoigne-t-elle.

Elle insiste également sur la nécessité pour les jeunes femmes de renforcer leurs connaissances et leurs compétences afin de contribuer pleinement à l’espace civique.

Rothen Mangele, étudiant en première année de droit, estime pour sa part avoir compris que les femmes ne doivent pas être cantonnées à la sphère domestique.

« La femme a des valeurs, la femme a des atouts que l’on peut exploiter dans la société d’aujourd’hui », explique-t-il.

Il estime que le forum lui a également permis d’acquérir des outils pour faire face aux injustices sociales, à l’intimidation et aux menaces.

L’ASADHO veut susciter l’engagement des jeunes

Pour Jean-Claude Katende, président de l’ASADHO, le forum vise à susciter l’émergence d’une nouvelle génération de citoyens capables d’investir l’espace civique.

« Nous avons organisé ce forum dans le but de susciter parmi vous des hommes et des femmes capables d’agir dans le cadre de l’espace civique », a-t-il déclaré.

L’organisation a particulièrement ciblé les jeunes filles, en raison de leur faible présence, selon lui, dans plusieurs initiatives liées à la participation citoyenne et à la défense des droits humains.

Jean-Claude Katende a également rappelé que l’engagement citoyen ne dépend pas nécessairement du niveau d’études. En citant Kimpa Vita, il a voulu montrer que la capacité à dénoncer une injustice et à défendre ses droits peut également s’exprimer en dehors des cadres académiques.

« Il y a des choses auxquelles j’ai droit et qu’on ne peut pas m’en priver. Et si on m’en prive, je ne vais pas me taire. Je vais me lever et parler », a-t-il résumé. 

César Olombo