Invité vendredi, du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le ministre des Droits humains Samuel Mbemba Kabuya a livré une analyse contrastée de l'état des droits humains en RDC, distinguant la situation dans les zones occupées à l'Est de celle des territoires sous contrôle de Kinshasa.
Interrogé sur les critiques dénonçant une régression significative des droits humains dans le pays, le ministre a d'abord tenu à contextualiser sa réponse, rappelant que les droits fondamentaux constituent un idéal auquel aspirent tous les États, sans qu'aucun ne parvienne à en garantir un respect absolu, l'essentiel résidant, selon lui, dans l'attitude du gouvernement face aux violations constatées.
Une aggravation reconnue à l'Est du pays
Sur la partie orientale du territoire, sous occupation rwandaise, le ministre n'a pas éludé la question : « Il y a aggravation de la situation des droits de l'homme », a-t-il affirmé, citant un chiffre transmis par les Nations unies selon lequel une femme serait violée chaque minute dans cette zone. Il s'est interrogé sur la capacité de ceux qui occupent ce territoire à tuer quotidiennement des compatriotes congolais comme s'il s'agissait d'un acte normal.
Dans les zones sous contrôle de Kinshasa : des « dérapages » plutôt qu'une politique
Concernant les espaces sous administration gouvernementale, Samuel Mbemba a reconnu l'existence de certaines pratiques qu'il qualifie de « pas vus », des mesures ou comportements d'agents publics constituant, selon lui, une forme ponctuelle de violation des droits humains, sans pour autant relever d'une politique délibérée de l'État. Il insiste sur le fait que lorsque de telles violations sont dénoncées, la justice intervient et sanctionne leurs auteurs. Il a cité en exemple la gestion gouvernementale des affrontements communautaires à Masi-Manimba, où l'État se serait mobilisé, arrestations, mécanismes de médiation, écoute des parties prenantes, comme illustration de l'indicateur qu'il juge pertinent pour évaluer l'action publique : non l'absence de violations, mais la réponse qui leur est apportée.
Une collaboration revendiquée avec la société civile
Interrogé sur les indicateurs concrets utilisés par son ministère pour évaluer l'état des droits humains au-delà des déclarations d'intention, le ministre a mis en avant une collaboration régulière avec les organisations de la société civile et la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH), à travers des réunions associant les grandes ONG du secteur. Cette concertation permettrait, selon lui, une « triangulation » des données recueillies sur le terrain, aboutissant à des conclusions partagées entre le gouvernement et les organisations partenaires, ainsi qu'à des recommandations concrètes, notamment sur le phénomène Mobondo, le taux de criminalité, ou encore les récentes répressions d'activités politiques à Kinshasa.