Les efforts diplomatiques engagés pour mettre fin au conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo peinent encore à produire des effets palpables et tangibles sur le terrain exposant davantage les populations civiles à la mort et aux déplacements. Alors que les représentants du gouvernement congolais et de l’AFC/M23 viennent de se réunir en Suisse dans le cadre du processus de Doha, les positions des deux camps restent profondément divergentes.
Mené sous la médiation de l’État du Qatar, avec l’accompagnement des États-Unis d’Amérique, de l’Union africaine et d’autres partenaires, le processus de Doha vise à favoriser une sortie de crise entre Kinshasa et l’AFC/M23. Mais sur le terrain, les accusations réciproques et la poursuite des affrontements continuent de compliquer les efforts diplomatiques engagés depuis maintenant plus d’une année, tant au niveau international que régional.
Cette situation intervient alors que la question sécuritaire dans l’Est du pays était au cœur de la 97e réunion du Conseil des ministres, tenue vendredi 28 août 2026 à la Cité de l’Union africaine, sous la présidence de Félix Tshisekedi. En l’absence du Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale, en mission, le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a présenté la situation opérationnelle et sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
D’après les éléments présentés au Conseil, les forces de l’AFC/M23 continuent de chercher à consolider leurs positions et à étendre leur contrôle sur de nouvelles portions du territoire national. Une situation qui intervient alors que, de son côté, le mouvement rebelle, par la voix de son porte-parole Lawrence Kanyuka, accuse régulièrement les forces gouvernementales de mener des attaques contre les populations civiles et les zones fortement peuplées.
Kinshasa affirme toutefois disposer des moyens nécessaires pour contenir les offensives et maintenir ses positions sur les différentes lignes de front.
« Au nom du Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale, en mission, le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale a fait le point de la situation opérationnelle et sécuritaire, en revenant spécifiquement sur les détails concernant les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Face aux manœuvres ennemies dans le Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu, visant notamment l’occupation d’autres pans de notre territoire, il a rassuré que nos Forces armées font systématiquement échec à ces attaques et conservent l’initiative, affirmant ainsi leur détermination à contenir l’adversaire sur les lignes de front » rapporte le compte rendu de la 97e réunion du Conseil des ministres, lu par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya
Ces déclarations interviennent quelques jours seulement après une nouvelle avancée dans le processus de Doha. Lundi 24 août 2026, une première mission de vérification du cessez-le-feu a été déployée à Minembwe, dans la province du Sud-Kivu, dans le cadre du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus (MCVE+). Cette opération découle des engagements pris lors de la retraite d’évaluation organisée en Suisse du 17 au 21 août entre les délégations de Kinshasa et de l’AFC/M23.
À l’issue de cette rencontre, les deux parties avaient notamment procédé à une évaluation de la mise en œuvre de l’accord-cadre conclu à Doha. Elles avaient également adopté une feuille de route destinée à encadrer la poursuite des discussions autour des différents protocoles encore en suspens. L’objectif affiché reste la conclusion d’un accord de paix permettant de mettre fin aux hostilités et de favoriser le rétablissement de l’autorité de l’État congolais dans les zones affectées par le conflit.
Parallèlement au processus de Doha, un autre cadre diplomatique est consacré à la crise entre Kinshasa et Kigali. Il s’agit du processus de Washington, placé sous l’égide des États-Unis d’Amérique. Ainsi, les deux initiatives diplomatiques évoluent sur des fronts différents : Washington s’attèle principalement à la crise entre la RDC et le Rwanda, tandis que Doha s’intéresse directement aux relations entre Kinshasa et l’AFC/M23. Mais malgré ces démarches diplomatiques parallèles, la réalité sécuritaire demeure préoccupante dans l’Est de la RDC. La multiplication des initiatives diplomatiques devra désormais se traduire par des résultats concrets sur le terrain.
Le principal défi pour les médiateurs et les parties engagées dans ces processus reste donc de transformer les engagements politiques en mesures effectivement applicables, notamment en matière de cessez-le-feu, de vérification et de désengagement militaire. À terme, la réussite de ces démarches sera surtout mesurée en fonction de leur capacité à faire taire durablement les armes, à permettre le retour des populations déplacées et à restaurer l’autorité de l’État dans les territoires affectés par le conflit
Clément MUAMBA