À l’approche de la rentrée parlementaire de septembre, la tension politique monte d’un cran à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Après le report de deux manifestations publiques, à la suite de l’invitation d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, ainsi qu’à la demande de la CENCO et de l’ECC, la coalition Article 64 (C64) entend maintenir la pression sur le pouvoir. Au sein de cette plateforme de l’opposition, l’Alliance pour le Changement (A.Ch), membre de la coalition, par l’intermédiaire de son secrétaire général, Tonay Atwana Jean Paleki, appelle à une mobilisation massive de la population dans les différents coins du pays.
En pleine tournée dans les différentes fédérations de son parti, Jean Paleki a invité, samedi 29 août 2026, particulièrement dans le district de Tshangu, les Kinois à se mobiliser et à se rendre massivement, le 15 septembre 2026, devant le Palais du Peuple, siège du Parlement congolais, pour exiger, selon lui, le respect de l’ordre constitutionnel. Cet appel intervient dans un contexte de durcissement du discours de la coalition Article 64.
Dans un communiqué publié le 28 août 2026, les cinq leaders de cette plateforme, à savoir Martin Fayulu (ECiDé), Jean-Marc Kabund (A.Ch), Moïse Katumbi (Ensemble), Augustin Matata Ponyo (LGD) et Delly Sesanga (Envol), ont opposé un « non catégorique » aux consultations populaires initiées par le président Félix Tshisekedi.
Pour la C64, ces consultations ne constituent pas une réponse appropriée à la crise politique actuelle et se substitueraient au dialogue national inclusif annoncé par le chef de l’État. Les cinq responsables de l’opposition accusent par ailleurs Félix Tshisekedi d’exploiter la guerre et la détresse sociale dans l’Est de la République démocratique du Congo comme un « fonds de commerce » destiné, selon eux, à détourner l’attention des urgences nationales.
Ils dénoncent également ce qu’ils considèrent comme une manœuvre susceptible d’ouvrir la voie à une révision de la Constitution et, à terme, à un troisième mandat présidentiel au-delà de l’échéance de 2028. La coalition évoque notamment un compte à rebours de 754 jours avant cette échéance. Dans leur analyse, les leaders de la C64 mettent également en garde contre un risque de « balkanisation » du territoire national, qu’ils associent à une éventuelle stratégie de maintien au pouvoir.
Alors que la C64 maintient son appel à manifester le 15 septembre devant le Palais du Peuple, une proposition d’Augustin Kabuya, président a.i. de l’UDPS/Tshisekedi et député national, vient ajouter une nouvelle dimension au bras de fer. Lors d’une réunion avec les cadres de son parti, vendredi 28 août, consacrée notamment au soutien au dialogue annoncé par Félix Tshisekedi après son adresse à la nation, Augustin Kabuya a émis le souhait que la plénière d’ouverture de la session parlementaire de septembre puisse se tenir à 20 heures, voire à 21 heures, le 15 septembre.
Il estime que cette mesure permettrait d’éviter une confrontation entre les militants de l’UDPS, les membres de l’opposition et les forces de l’ordre, tout en mettant en avant le caractère « inviolable » du Palais du Peuple, siège du Parlement congolais
« C’est ainsi qu’ils cherchent des affrontements pour faire du buzz sur les réseaux sociaux. Ils ont expressément choisi le 15 septembre, jour de la rentrée parlementaire, pour s’affronter avec les militants et la police. Donc, pour éviter ces opposants impopulaires, je vais proposer au bureau de l’Assemblée nationale que la plénière d’ouverture de la session de septembre prévue le 15 septembre se tienne à 20 heures ou à 21 heures. Ainsi, pas de provocation ni d’affrontement avec nos militants et la police », avaut déclaré Augustin Kabuya.
Le président a.i. de l’UDPS/Tshisekedi a également qualifié les responsables de la C64 d’« opposants impopulaires », affirmant qu’ils ne bénéficieraient d’une visibilité que grâce aux réseaux sociaux.
La proposition d’Augustin Kabuya n’est pas restée sans réaction au sein de l’Alliance pour le Changement de Jean-Marc Kabund. Intervenant samedi 29 août 2026, le secrétaire général du parti, Tonay Atwana Jean Paleki, a assuré que les opposants comptaient maintenir leur présence au Palais du Peuple, quelle que soit l’heure finalement retenue pour l’ouverture de la session parlementaire.
« Les plénières sont publiques. Nous allons participer à cette plénière-là consacrée à l’ouverture de la rentrée parlementaire, session de septembre. Que ce soit à 1 heure du matin, à 13 heures, à 3 heures, nous tous au Palais du Peuple et nous serons là pour exiger le respect de l’ordre constitutionnel », a déclaré le secrétaire général de l’A.Ch.
Cette déclaration laisse entrevoir un possible face-à-face politique autour du Palais du Peuple le 15 septembre. D’un côté, la coalition C64 entend faire de la rentrée parlementaire une nouvelle occasion de mobilisation contre les initiatives du pouvoir ; de l’autre, la majorité présidentielle cherche à prévenir tout risque de confrontation autour du siège du Parlement, qu’elle a toujours présenté comme l’un des sites inviolables de la République.
À mesure que la date du 15 septembre approche, l’enjeu dépasse ainsi la seule ouverture de la session parlementaire. Il s’inscrit dans un bras de fer plus large entre le pouvoir et une partie de l’opposition sur l’avenir institutionnel de la RDC, le dialogue national et la question du respect de l’ordre constitutionnel.
Pendant ce temps, la situation sécuritaire continue de se détériorer dans l’Est de la RDC, en dépit des initiatives diplomatiques menées notamment sous l’égide de Washington et de Doha
Clément MUAMBA