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RDC : franc, dollar, dette, banques… André Wameso défend son bilan et dévoile les prochains chantiers de la BCC

André Wameso, gouverneur de la BCC

Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a défendu jeudi 13 août le bilan de sa première année à la tête de l’institution, au cours d’un échange consacré notamment à l’appréciation du franc congolais, à la dollarisation de l’économie, aux réserves de change, aux finances publiques, à la dette et à la régulation du secteur financier.

Invité d’un Space organisé par ACTUALITE.CD et DESKECO, animé par Stanys Bujakera et Bruno Nsaka, le gouverneur a également annoncé ou précisé plusieurs réformes en préparation. Parmi elles figurent les nouvelles règles prévues à partir d’avril 2027 pour les transactions en devises, la création d’un identifiant client unique, un système de comparaison des frais bancaires et une réflexion sur les fonds de pension par capitalisation.

Le franc et la controverse sur son appréciation

Une large partie des échanges a porté sur l’appréciation du franc congolais et ses conséquences sur l’économie. André Wameso conteste d’abord l’idée selon laquelle cette appréciation aurait été obtenue principalement par des interventions de la Banque centrale sur le marché des changes.

Selon lui, elle résulte plutôt de la correction d’un instrument prudentiel : les réserves obligatoires des banques commerciales.

Le gouverneur est également revenu sur la dépréciation du franc observée auparavant. Il l’a notamment reliée à la modification du régime des réserves obligatoires, autrefois constituées en monnaie nationale avant de l’être dans la devise du dépôt, après des discussions entre la Banque centrale et les banques commerciales, avec l’intervention du Fonds monétaire international à l’époque.

André Wameso conteste par ailleurs les critiques présentant l’appréciation actuelle comme « artificielle ». Il estime que la dépréciation du franc devrait être interrogée avec la même rigueur, rappelant qu’elle avait commencé, selon lui, vers 2023 avant de s’aggraver en 2024.

Sur le marché des changes, le gouverneur précise que la BCC peut intervenir dans les deux sens. Elle injecte des dollars lorsqu’ils sont insuffisants, mais peut également injecter des francs et acheter les devises excédentaires.

« Si vous voyez notre réserve de change augmenter, c’est parce que, effectivement, la Banque centrale rachète les excédents de devises sur le marché », a-t-il expliqué.

Environ 8 milliards de dollars de réserves

André Wameso situe actuellement les réserves de change de la Banque centrale autour de 8 milliards de dollars.

Selon lui, ce niveau représente environ trois mois, soit une douzaine de semaines d’importations.

La BCC mise également sur l’or. Le gouverneur affirme que la nouvelle politique d’accumulation d’or monétaire devrait avoir un effet positif supplémentaire sur les réserves.

Il assure disposer de plusieurs instruments pour préserver la stabilité du franc : réserves obligatoires, taux directeur, réserves internationales et bons BCC. D’autres outils sont, selon lui, actuellement évalués en interne pour permettre à la monnaie nationale de « se renforcer davantage pour les mois et les années qui viennent ».

Les dépôts en francs congolais en hausse

Pour mesurer la confiance dans la monnaie nationale, André Wameso avance notamment l’évolution des dépôts bancaires en francs congolais.

Selon les chiffres qu’il a communiqués, ils sont passés de 1.450 milliards de francs en août 2025 à 2.400 milliards à fin juin 2026, soit une progression proche de 1.000 milliards de francs.

Le gouverneur affirme également observer un changement de comportement.

« De moins en moins de personnes changent systématiquement leur franc congolais en dollars », dit-il.

Il va plus loin en invitant les détenteurs de dollars à se tourner vers la monnaie nationale. Selon son analyse, l’appréciation du franc signifie symétriquement une dépréciation du dollar par rapport à celui-ci, avec une perte de pouvoir d’achat pour ceux qui conservent leurs revenus dans cette devise.

« Je les invite à rejoindre le franc congolais », a-t-il lancé, estimant que la monnaie nationale devrait encore connaître « de beaux jours dans les mois et semaines qui viennent ».

Pouvoir d’achat : Wameso défend les effets du franc fort

Le gouverneur a longuement défendu les effets de l’appréciation sur le pouvoir d’achat des personnes rémunérées en francs congolais.

Interrogé notamment sur le carburant, il conteste l’idée d’une hausse du prix consécutive au renforcement de la monnaie nationale. Il affirme que le litre à la pompe est passé de 2.940 à 2.440 francs.

« Pour le Congolais qui est payé en franc congolais, évidemment qu’il va voir que le prix à la pompe a baissé », soutient-il.

Son raisonnement est que les conséquences de l’appréciation doivent être appréciées dans la monnaie nationale. Selon lui, une personne qui continue à conserver ses revenus en dollars subit au contraire la dépréciation de cette devise face au franc.

« Celui qui a choisi sa monnaie, la monnaie nationale, qui est le franc congolais, avec l’appréciation, il a vu son pouvoir d’achat s’améliorer », affirme-t-il.

« L’appréciation n’a pas eu un impact négatif sur le budget »

L’un des principaux points de controverse concerne les effets du renforcement du franc sur les finances publiques, notamment lorsque certaines recettes sont perçues en dollars avant d’être converties en monnaie nationale.

André Wameso rejette l’idée d'un impact budgétaire global négatif.

Il affirme que les recettes ont atteint 103 % des assignations budgétaires en 2025 et que les objectifs de recettes prévus pour 2026 sont également atteints.

Mais sa démonstration porte surtout sur les deux côtés du budget. Si l’appréciation réduit en francs la valeur de certaines recettes perçues en dollars, explique-t-il, elle réduit également le coût en monnaie nationale des dépenses libellées dans cette devise.

Il prend l’exemple d’une dépense d’un million de dollars : son coût en francs est mécaniquement inférieur lorsque le taux de change passe de 2.850 à 2.250 francs pour un dollar.

Selon lui, le bilan net est favorable.

« Il y a eu beaucoup plus d’économies réalisées au niveau des dépenses que de diminution effective des recettes », affirme André Wameso.

Le gouverneur estime également que la dépréciation passée du franc faisait supporter aux ménages une forme de « taxe supplémentaire ». L’appréciation aurait, selon lui, transféré une partie de cette valeur de l’État vers le « porte-monnaie des Congolaises et des Congolais ».

« Je mets quiconque à défi de prendre les chiffres », lance-t-il. Pour lui, une analyse globale montre que « l’appréciation n’a pas eu un impact négatif sur le budget, bien au contraire ».

Le déficit attribué essentiellement aux dépenses sécuritaires

Interrogé sur les écarts entre recettes et dépenses de l’État, André Wameso rappelle d’abord que la gestion budgétaire relève du gouvernement et non de la Banque centrale.

« L’autorité budgétaire n’est pas la Banque centrale », souligne-t-il.

Il attribue toutefois le déficit observé « essentiellement aux dépenses sécuritaires ».

Selon lui, sans la guerre, la situation des finances publiques aurait été très différente.

« Nous aurions eu un budget qui serait certainement en équilibre, si pas, on aurait eu un boni », affirme-t-il.

André Wameso assure surtout que ce déficit n’est pas financé par la création monétaire de la Banque centrale. Il indique que le gouvernement le couvre notamment à travers l’émission de bons et obligations du Trésor.

« Il n’y a pas de financement monétaire qui arrive de la Banque centrale », insiste-t-il.

Interrogé sur la part exacte des décaissements consacrée à l’effort de guerre, il refuse en revanche de communiquer des chiffres, estimant qu’il s’agirait de divulguer des « secrets d’État ».

Dette et eurobonds : « ce n’est pas maintenant » qu’il faut juger

La question de l’endettement et des eurobonds a également occupé une partie de l’échange.

André Wameso estime que l’endettement ne constitue pas en soi un problème lorsqu’il sert à défendre le pays ou à financer des investissements destinés aux générations futures.

« L’endettement n’a jamais été mauvais pour un pays », soutient-il dans ce contexte.

Il affirme également que la RDC est « certainement l’un des pays les moins endettés du monde ».

Concernant les eurobonds, le gouverneur situe leur horizon d’endettement respectivement à cinq et dix ans. Selon lui, leur pertinence ne doit donc pas être jugée sur quelques mois, mais sur la capacité des investissements financés à produire davantage de richesse dans l’économie.

« Le temps d’évaluation de la performance de ces eurobonds par rapport au coût de l’endettement, ce n’est pas maintenant qu’il faut le faire », affirme-t-il.

À la question de savoir si l’État dispose des marges budgétaires nécessaires pour assurer le service de sa dette, sa réponse est catégorique : « La réponse est oui. »

Avril 2027 : ce que la BCC veut changer pour le dollar

Autre chantier majeur : les nouvelles règles concernant les transactions en devises à partir d’avril 2027.

André Wameso précise que la réforme ne signifie pas que la détention de dollars deviendra interdite.

« Les gens vont garder leurs comptes, les gens vont avoir des dollars, ce ne sera pas considéré comme étant un délit », assure-t-il.

Pour effectuer un achat, explique-t-il, il faudra en revanche soit utiliser une carte de paiement, soit convertir les dollars en francs congolais et effectuer le paiement en monnaie nationale.

L’objectif affiché est d’accroître la transparence et la traçabilité des transactions et de mieux connaître la quantité de dollars circulant dans l’économie.

Pour illustrer le problème, André Wameso avance un chiffre particulièrement important : environ 8,5 milliards de dollars en billets auraient été importés en RDC en 2025, alors que les dépôts bancaires n'auraient augmenté que de 1,5 milliard de dollars.

« Ça veut dire que sur les 8,5 milliards de billets de banque importés, 7 milliards ne sont plus dans le système officiel. C’est quelque chose qui fait désordre », estime-t-il.

Le gouverneur établit également un lien entre cette traçabilité et le partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis. Il estime que le regard américain sur l’économie congolaise va devenir plus important.

Il évoque en outre la question des sanctions américaines, estimant que la Banque centrale doit pouvoir s’assurer que les dollars importés en RDC et insuffisamment contrôlés ne soient pas utilisés par des personnes soumises à ces sanctions.

Un identifiant client unique en préparation

La traçabilité concerne également l’identification des clients du système financier.

Face à l’absence évoquée d’un registre national d’identité et aux risques de fraude liés aux identités multiples, André Wameso annonce que la Banque centrale travaille à la création d’un « identifiant client unique ».

Le dispositif doit répondre notamment aux exigences de conformité et de KYC, « Know Your Customer ».

Le gouverneur indique qu’un financement de la Banque africaine de développement a déjà été obtenu dans ce cadre et que la BCC participe également au financement, aux côtés d’autres organes de l’État.

L’enjeu devient d’autant plus important, selon lui, avec les réformes prévues en 2027 et la nécessité d’identifier correctement les utilisateurs des systèmes de paiement.

Conformité : des faiblesses relevées dans les banques

André Wameso est également revenu sur les contrôles menés dans le secteur financier dans le cadre des travaux liés à la sortie de la RDC de la liste grise du GAFI.

Selon lui, la BCC a évalué non seulement les banques, mais également les institutions de microfinance et les coopératives.

Cette évaluation a été menée de manière « rigoureuse et sans concession », affirme-t-il.

Le gouverneur indique que les banques commerciales ont toutes reçu des remarques concernant « la faiblesse de leur dispositif en matière de conformité ».

Il assure par ailleurs qu’une grille de pénalités, connue des acteurs du secteur, s’applique aux institutions qui ne respectent pas la réglementation et les règles prudentielles. Le contrôle, ajoute-t-il, est permanent.

La BCC prépare un comparateur des frais bancaires

Autre annonce : la Banque centrale veut rendre les frais bancaires plus transparents.

André Wameso reconnaît que les banques disposent d’une liberté dans la fixation de leurs tarifs, mais annonce que la BCC entend accroître sa surveillance et surtout favoriser la concurrence.

Elle prépare pour cela un système permettant de comparer les frais entre banques.

L’objectif est que les clients puissent identifier les établissements dans lesquels un même service est proposé à un prix inférieur.

« En cette matière-là, c’est la concurrence qui est l’outil le plus efficace », estime le gouverneur.

Concernant les services financiers proposés par les opérateurs de télécommunications, il rappelle que les branches concernées doivent obtenir un agrément et travaillent sous la supervision de la Banque centrale.

Fonds de pension et crédit immobilier

Sur le financement du logement, André Wameso défend une réforme plus structurelle.

Il plaide pour la mise en place de fonds de pension par capitalisation, ouverts non seulement aux salariés, mais également aux entrepreneurs et aux professions libérales.

L’objectif serait de constituer des ressources financières de très long terme. Une personne commençant à travailler à 25 ans pourrait, explique-t-il, alimenter des placements ayant des maturités pouvant atteindre plusieurs décennies.

Ces ressources pourraient ensuite être transformées en crédits hypothécaires.

« J’ai toujours plaidé, et ce n’est pas un secret, pour la mise en place d’un système de fonds de pension par capitalisation », affirme André Wameso.

Il indique avoir déjà soumis cette approche au gouvernement, la Banque centrale jouant également un rôle de conseiller.

Le chantier devrait, selon lui, associer d’autres institutions, notamment l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances (ARCA), ainsi que les caisses de retraite.

Recrutements et autres réformes

Le gouverneur annonce par ailleurs le lancement d’avis de recrutement ouverts « à toutes et à tous » à la Banque centrale. Il promet un processus de sélection « rigoureux » devant conduire au recrutement des meilleurs candidats.

Il se dit également favorable à un accès plus direct des entreprises et de la population aux bons et obligations du Trésor afin que les particuliers puissent eux aussi bénéficier directement des revenus de ces titres.

Enfin, André Wameso explique que la nouvelle chanson consacrée au franc congolais s’inscrit dans une stratégie plus large de restauration de la confiance dans la monnaie nationale. Sa promotion active n’a pas encore commencé et devrait accompagner de prochaines réformes de la Banque centrale.

Le gouverneur a conclu près de cet axe qui a traversé une grande partie de son intervention : la confiance dans la monnaie nationale.

« Ayez confiance en votre monnaie. Vous n’avez qu’une seule monnaie qui vous caractérise et qui définit votre identité. C’est le franc congolais. »