À l’ouverture de la 62e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, en Suisse, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé, lundi 15 juin, un avertissement sévère sur la dégradation de la situation mondiale des droits humains et la transformation rapide des conflits armés sous l’effet des nouvelles technologies militaires.
Se disant "consterné par l’approche insouciante et débridée à l’égard de la vie humaine" observée dans certaines décisions prises à l’échelle internationale, le responsable onusien a dénoncé l’évolution préoccupante des méthodes de guerre. Selon lui, les drones et les systèmes d’armes de plus en plus autonomes transforment les conflits contemporains, avec des conséquences dramatiques pour les populations civiles.
Parmi les États concernés par l’usage croissant de nouvelles technologies militaires, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a cité la République démocratique du Congo, dans un contexte marqué par la poursuite des hostilités et des violences opposant les forces gouvernementales à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, selon Kinshasa. Au-delà des affrontements sur le terrain, les deux parties s’accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu conclu dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours sous l’égide des États-Unis, du Qatar et de l’Union africaine.
" Je suis consterné par l'approche insouciante et débridée de la vie humaine qui caractérise certaines décisions prises à l'échelle mondiale aujourd'hui. On assiste à une transformation mondiale des formes de guerre. Au Soudan, des drones à longue portée ont détruit des convois humanitaires et, comme j'ai pu le constater moi-même, des infrastructures énergétiques vitales. En Ukraine, des attaques incessantes de drones ont causé des pertes humaines massives et semé la terreur parmi les civils. En RDC, à Gaza, en Israël, au Liban et au Myanmar, la guerre par drones engendre un nouvel enfer. L'ONU met en garde depuis de nombreuses années contre le développement d'armes autonomes létales. Cette réalité est désormais une réalité ", a déclaré Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.
Dans sa mise à jour mondiale sur la situation des droits de l’homme, Volker Türk estime que les États doivent examiner d’urgence les questions morales et juridiques soulevées par l’usage de ces nouvelles technologies ; convenir d’une approche commune visant à protéger les vies civiles ; et réaffirmer leur engagement en faveur de la diplomatie et de la médiation. Selon lui, ils doivent également moderniser leurs cadres juridiques afin d’exiger un contrôle humain et de garantir l’obligation de rendre des comptes, soulignant que les armes autonomes ne peuvent pas devenir un permis pour commettre des atrocités.
" La perspective d'armes à un milliard de dollars, dotées d'intelligence artificielle, neutralisée par des boucliers défensifs à un milliard de dollars, également dotés d'intelligence artificielle, révèle l'horreur, le vide et la futilité de la guerre. Des experts en sécurité mettent en garde contre les opérations militaires débridées qui rasent des régions entières, alimentant les ressentiments et contribuant à l'émergence d'une nouvelle génération d'extrémistes. Elles ne pourront jamais instaurer une sécurité durable. Il nous faut accorder une bien plus grande attention aux facteurs financiers de ce nihilisme. À qui profite-t-il ? Nous devons remplacer les économies de guerre par des économies fondées sur les droits de l'homme"a fait savoir Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.
Poursuivant son intervention, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, qui a également dressé un état des lieux de la situation des droits humains en RDC, a précisé que l’insécurité et la poursuite des hostilités constituent des obstacles majeurs à la riposte contre la maladie à virus Ebola dans l’est du pays.
" La situation en matière de droits humains et de sécurité dans l'est de la RDC demeure extrêmement instable. Les affrontements entre les forces armées congolaises et les groupes armés du Nord et du Sud-Kivu compliquent la riposte à l'épidémie mortelle du virus Ebola. Nous fournirons plus de détails au Conseil sur ces trois situations ", a-t-il ajouté lors de son intervention.
Il ne s’agit pas de la première interpellation de l’ONU au sujet de l’usage des drones dans le conflit en cours dans l’est de la RDC. Le recours accru, par toutes les parties, aux drones, à l’artillerie et à d’autres engins explosifs dans les affrontements opposant les forces gouvernementales à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon Kinshasa, a été documenté par les Nations Unies. En mars 2026, lors d’une session de mise à jour sur la situation des droits de l’homme en RDC dans le cadre de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme à Genève, Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme de l’ONU, avait indiqué que 31 frappes de drones avaient été recensées au mois de février, constituant, selon elle, un record mensuel. L’ONU s’était également référée aux données de l’organisation de surveillance des conflits ACLED, qui avait recensé 31 frappes de drones et aériennes en RDC sur la même période.
Un mois plus tard, en avril 2026, Human Rights Watch (HRW) avait alerté sur l’intensification du conflit armé dans les hauts plateaux des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira, au Sud-Kivu, où la situation s’est particulièrement dégradée avec l’utilisation de drones et d’avions de chasse depuis novembre 2025. Selon l’organisation de défense des droits humains, qui suit l’évolution du conflit dans cette région, les frappes de drones ont considérablement augmenté, causant des pertes humaines et provoquant également d’importants dégâts matériels, notamment la destruction de cheptels dans plusieurs villages.
Sur le plan diplomatique, les initiatives en cours, notamment les processus de Washington et de Doha, soutenus par l’Union africaine, avancent sur le papier, mais peinent encore à produire des résultats concrets sur le terrain. Cette situation intervient dans un contexte marqué par la persistance des tensions entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.
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Clément MUAMBA