À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement (JME) 2026, les experts appellent à une approche plus intégrée entre conservation de la biodiversité et lutte contre le changement climatique.
Face à l’accélération du changement climatique, les alertes scientifiques se multiplient. Mais pour les acteurs engagés sur le terrain en République démocratique du Congo (RDC), l’enjeu n’est plus d’identifier ces signaux : il est désormais d’y répondre de manière concrète.
Dans le bassin du Congo, deuxième plus grand massif forestier tropical au monde, les interactions entre faune, forêts et climat ne laissent guère de place au doute. La disparition progressive de certaines espèces animales affecte directement la capacité des forêts à se régénérer, avec des conséquences sur leur rôle de stockage du carbone.
« Lorsque la faune disparaît, la forêt perd sa capacité à se régénérer. Et lorsqu’elle s’affaiblit, c’est tout l’équilibre climatique qui est menacé », explique Antoine Tabu, coordonnateur pays de l’organisation African Wildlife Foundation (AWF).
Des écosystèmes fragilisés, mais encore résilients
Dans la réserve de Faune de Lomako-Yokokala, située à l’ouest de la RDC, les études récentes dressent un tableau contrasté.
Les derniers inventaires font état de la présence de plus de 8 000 bonobos, une espèce emblématique et endémique du pays. Au total, 34 espèces de grands et moyens mammifères ont été recensées dans cette aire protégée, confirmant la richesse biologique de la zone.
Ces données témoignent d’une certaine résilience des écosystèmes, malgré les pressions humaines persistantes. Mais elles soulignent également la nécessité de maintenir les efforts de conservation sur le long terme.
La criminalité faunique, un enjeu climatique sous-estimé
Traditionnellement perçue comme une menace pour les espèces animales, la criminalité faunique apparaît aujourd’hui comme un facteur ayant des répercussions plus larges.
Les grands mammifères, tels que les éléphants ou les bonobos, jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes forestiers. En participant à la dispersion des graines, ils contribuent à la régénération des forêts.
Leur disparition progressive entraîne une série d’effets en cascade : réduction de la diversité végétale, ralentissement de la croissance forestière, et affaiblissement de la capacité des forêts à absorber le dioxyde de carbone.
Dans ce contexte, la lutte contre le braconnage dépasse les enjeux de conservation classique et s’inscrit désormais dans une réponse globale à la crise climatique.
Vers un renforcement des mécanismes de justice environnementale
Face à ces enjeux, plusieurs initiatives visent à renforcer la lutte contre les infractions environnementales.
Dans certaines aires protégées, notamment à Lomako-Yokokala et dans la réserve communautaire des bonobos d’Iyondji, des actions sont menées pour améliorer les capacités des écogardes.
L’objectif est de mieux documenter les infractions, sécuriser les preuves et faciliter les poursuites judiciaires. Une approche jugée essentielle par les spécialistes de la conservation.
« Sans preuves, il n’y a pas de poursuites. Et sans poursuites, il n’y a pas de dissuasion », souligne Joe Kassongo, juriste spécialisé dans les questions environnementales.
Un enjeu national aux implications mondiales
Au-delà des enjeux locaux, la question de la protection de la faune s’inscrit dans un débat plus large sur le rôle de la RDC dans la lutte contre le changement climatique.
Avec ses vastes étendues forestières, le pays représente l’un des principaux réservoirs de carbone au monde. La préservation de ces écosystèmes est donc considérée comme essentielle à l’équilibre climatique global.
Dans ce contexte, plusieurs experts appellent à une approche plus intégrée, combinant conservation de la biodiversité, protection des forêts et renforcement de la gouvernance environnementale.
Une réponse nécessairement collective
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, le constat est largement partagé : la protection de la faune ne peut être dissociée des enjeux climatiques.
Pour les acteurs du secteur, la réponse devra être collective, impliquant institutions publiques, partenaires internationaux, organisations de terrain et communautés locales.
Dans un contexte marqué par l’urgence climatique, la capacité à protéger les écosystèmes du bassin du Congo apparaît désormais comme un enjeu stratégique, tant pour la RDC que pour l’ensemble de la planète.