« Le Centre électoral Bosolo – la vérité des urnes à visage découvert » est l’intitulé du film documentaire projeté ce lundi 25 mai par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), sous la direction de son président, Denis Kadima Kazadi, en présence des agents et cadres de l’institution, de la presse, ainsi que d’autres invités réunis à Kinshasa, capitale de la RDC.
Ce film, d’une vingtaine de minutes, plonge au cœur de ce centre ouvert en décembre 2023 dans le cadre de l’élection présidentielle, puis installé de manière permanente en décembre 2024 dans l’entrepôt central de la CENI situé à Kingabwa, dans la commune de Limete. Selon le récit du documentaire, conçu comme un pilier de la transparence électorale, Bosolo assure la centralisation, la sécurisation et la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote, en temps réel. Une innovation qui a renforcé la confiance citoyenne et la crédibilité des scrutins en garantissant la traçabilité des résultats territoire par territoire.
Une promesse de transparence tenue
Selon Denis Kadima, il fallait répondre à une exigence légale : publier les résultats bureau de vote par bureau de vote afin d’assurer davantage de transparence et de réduire les suspicions autour du processus électoral.
" La loi exige à la CENI de publier les résultats bureau de vote par bureau de vote sur son site web. C’était déjà prévu en 2018. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons décidé de concrétiser cela. Nos techniciens ont développé cette présentation sur notre site internet et, jusqu’à aujourd’hui, chacun peut consulter les résultats détaillés par bureau de vote ", a déclaré Dénis Kadima Kazadi, président de la CENI.
Inspiré du modèle sud-africain, a-t-il fait remarquer, le Centre électoral Bosolo concrétise la promesse de transparence électorale formulée par la CENI. Grâce à lui, les résultats ont été publiés en plein jour, sans contestation majeure, répondant ainsi aux critiques et corrigeant les failles constatées lors des scrutins précédents.
Cette expérience congolaise, désormais pérennisée pour les cycles électoraux à venir, suscite l’intérêt au-delà des frontières. Des délégations venues du Sénégal et du Tchad ont effectué une visite de travail à Kinshasa pour s’imprégner de ce modèle et envisager des réformes inspirées de l’exemple congolais.
" Parmi les problèmes pour lesquels on faisait des reproches à la CENI, c’était la question des résultats. Ceux-ci étaient publiés en gros, sans détail. Il fallait parfois attendre deux semaines avant de commencer à recevoir les résultats, ce qui alimentait beaucoup de spéculations sur leur qualité et leur véracité ", a-t-il rappelé dans son mot de circonstance.
Un espace ouvert aux médias
Le documentaire met également en lumière les commodités offertes par le Centre Bosolo, notamment un espace média spécialement aménagé. Les journalistes y disposent de conditions optimales pour assurer une couverture permanente et retransmettre en direct le processus électoral, renforçant ainsi l’accès direct à l’information et réduisant les doutes ou contestations.
En érigeant le Centre électoral Bosolo, la CENI a voulu inscrire la transparence au cœur du processus électoral congolais. Cette initiative, saluée comme une avancée majeure, ouvre la voie à une nouvelle ère où la confiance citoyenne et la crédibilité des scrutins deviennent des acquis durables, avec une projection pour la prochaine échéance électorale.
" Après les élections de 2018, durant tout un cycle électoral, les gens réclamaient “la vérité des urnes”. Cela nous a inspirés. C’est pourquoi nous parlons de Bosolo, qui signifie “la vérité”. Nous avons mis en place un système qui donne les résultats en détail, bureau de vote par bureau de vote. C’est un progrès majeur, mais malheureusement négligé ", a-t-il fait savoir dans son intervention.
Une révolution électorale en marche
Le patron de la CENI a également rappelé qu’en 2023, contrairement aux cycles électoraux précédents, aucune publication parallèle des résultats n’avait été observée. Il a insisté sur le fait que les opérations de compilation et de publication des résultats se déroulaient publiquement, en présence des partis politiques, des candidats, des journalistes, des observateurs ainsi que de la communauté internationale.
" Tout le monde attendait les résultats de la CENI, publiés graduellement au Centre Bosolo et sur notre site web. Pour moi, c’est un indicateur important de transparence. Ceux qui avaient l’habitude de publier des résultats pour mettre de l’huile sur le feu n’avaient plus de travail, parce que la CENI faisait déjà ce travail en toute transparence. Nous n’avons rien à cacher. Nous avons travaillé en pleine journée et invité toutes les parties prenantes afin que ce soit une occasion de célébrer les progrès réalisés ensemble ", a expliqué Denis Kadima.
Une évolution collective
Le président de la centrale électorale, Denis Kadima, a expliqué que, dans le cadre du plan stratégique de la CENI, plusieurs mécanismes ont été mis en place afin de garantir davantage de transparence. Il a toutefois regretté que cette avancée, qu’il qualifie de " majeure " et de "collective ", soit peu mise en avant dans le débat public.
Il a également souligné que ce documentaire vise à immortaliser cette expérience électorale jugée innovante pour la RDC.
" Quand les choses ne marchent pas, il faut le dire. Mais quand elles marchent, il faut aussi le souligner. J’ai remarqué que beaucoup de gens ont choisi de faire fi de ce développement majeur. Cette expérience devait être documentée dans un film. C’est important pour nous, Congolais, d’être fiers de ce que nous réalisons. Beaucoup de pays essaient de mettre en place ce modèle, mais très peu réussissent à le faire. Nous avons réussi et ce film célèbre notre évolution commune ", a soutenu Dénis Kadima Kazadi, président de la CENI.
Cette activité intervient dans un contexte où la feuille de route de la CENI pour le cycle électoral 2025-2029 accuse un retard critique dans sa mise en œuvre. Près d’une année après sa publication, plusieurs activités préliminaires essentielles à la préparation des scrutins de 2028 demeurent inachevées, principalement en raison de contraintes financières et du faible décaissement des fonds attendus du gouvernement.
En dépit de cette situation, les dirigeants de l’institution continuent d’afficher leur optimisme quant à l’exécution de cette feuille de route. Ils espèrent que le gouvernement finira par assumer pleinement sa responsabilité en dotant la CENI des moyens nécessaires à la préparation du prochain cycle électoral. À ce sujet, le deuxième vice-président de la CENI, Didi Manara, avait déclaré lors d’une activité organisée par l’Église du Christ au Congo (ECC) que le respect du délai constitutionnel, notamment la tenue des élections en 2028, restait possible à condition que le gouvernement joue pleinement son rôle.
Clément MUAMBA