Le ton est monté ce vendredi 15 mai à l’Assemblée nationale. Le député national John Mbonda a lancé un véritable cri d’alarme contre ce qu’il qualifie d’« intimidations » visant certains députés nationaux issus des provinces placées sous état de siège, notamment en Ituri et au Nord-Kivu.
Face au bureau de la Chambre basse du Parlement, l’élu de Kipushi a dénoncé avec fermeté les pressions exercées, selon lui, par les gouverneurs militaires contre des parlementaires qui osent critiquer leur gestion sécuritaire et administrative. Au centre de son intervention, le cas du député national Crispin Mbindule, récemment visé par des accusations et des démarches engagées par le gouverneur militaire.
Dans son intervention, John Mbonda a estimé que les députés ne peuvent être réduits au silence pour avoir exercé leur mission constitutionnelle de contrôle et de dénonciation.
« Donc c'est un cri d'alarme. Un cri d'alarme pourquoi ? Parce que nos collègues de l'Ituri et du Nord-Kivu, chaque fois qu'ils prennent la parole pour dénoncer la gestion des gouverneurs militaires, souvent ils sont objets des attaques de ces gouverneurs. Alors, nous avons voulu seulement rappeler qu'un député, son rôle c'est de dénoncer ce qui ne marche pas. C'est de dénoncer la manière dont on gère. Alors ce n'est pas que ça devient une infraction ou un crime que quelqu'un a commis, non. Donc c'est dans leur rôle de dénoncer. C'est pourquoi nous avons alerté qu'ils ne doivent pas être les objets des intimidations », a déclaré John Mbonda.
Visiblement indigné par la situation de Crispin Mbindule, le député du Haut-Katanga a également fustigé l’attitude des autorités militaires qu’il accuse de vouloir glisser sur le terrain politique au lieu de se concentrer sur leur mission sécuritaire.
« Dans le cas du collègue Mbindule, comme vous le savez, vous les suivez tous dans les réseaux sociaux, il y a eu une lettre du gouverneur militaire qui a demandé des enquêtes, qui instruit les services de sécurité. Et nous avons tous suivi, il y a une plainte qu'il a déposée. Alors la question que nous nous demandons, est-ce qu'ils sont gouverneurs militaires ? Ils deviennent des politiciens. S'ils deviennent des politiciens, qu'ils viennent alors sur le plateau des télévisions et ouvrir des débats. Et s'ils sont là pour gérer, qu'ils se concentrent dans les tâches de gérer et non pas entrer dans le terrain politique », a-t-il martelé.
En réaction à cette alerte, le bureau de l’Assemblée nationale, par la voix du deuxième vice-président Christophe Mboso, a exhorté les élus nationaux à poursuivre leur mission de défense du peuple sans céder aux intimidations.
Cette sortie de John Mbonda remet brutalement sur la table le débat sur les limites du pouvoir des autorités militaires dans les provinces sous état de siège. Derrière le cas Crispin Mbindule, c’est désormais la question de la liberté de parole des députés et du respect du contre-pouvoir parlementaire qui se retrouve au cœur des tensions politiques et sécuritaires dans l’Est de la RDC.