La stabilisation de l’Est de la RDC, une priorité " absolue " pour l’UE : " Aucune agression ni violation de l’intégrité territoriale ne peut être tolérée ni banalisée, où que ce soit"

Photo d'illustration
Photo d'illustration

La Journée de l’Europe 2026, marquant le 76ᵉ anniversaire de la Déclaration Schuman, qui a jeté les bases de l’Union européenne et ouvert la voie à une ère inédite de prospérité, de paix, de démocratie, de solidarité et de coopération en Europe, a été célébrée, comme à l’accoutumée, le 9 mai. À cette occasion, de nombreux événements ont été organisés dans les États membres de l’Union européenne ainsi qu’à travers le monde, réunissant citoyens et officiels de différents pays partenaires.

À Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, cette célébration organisée samedi 9 mai 2026 à la résidence de l’Union européenne a permis d’aborder plusieurs questions liées aux investissements, aux défis mondiaux et aux différents leviers de coopération entre les deux parties. Prenant la parole à cette occasion, le Chargé d’affaires a.i. de l’Union européenne en RDC, Fabrice Basile, a affirmé que la stabilisation de l’Est de la RDC demeure une priorité absolue pour l’Union européenne, soulignant qu’" il ne peut y avoir de développement sans paix durable".

La priorité de la paix et de la souveraineté

"Il ne peut y avoir de développement sans paix durable. Comme l’a rappelé le dialogue de partenariat stratégique tenu récemment à Kinshasa, la stabilisation de l’Est de la République Démocratique du Congo est une priorité absolue pour l’Union européenne. L’UE réaffirme son engagement constant en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC. Nous soutenons activement les efforts diplomatiques et de dialogue pour mettre fin aux souffrances des populations civiles du Nord et du Sud-Kivu", a déclaré le Chargé d’affaires a.i. de l’Union européenne en RDC, Fabrice Basile. 

Pour appuyer son argumentaire, Fabrice Basile a indiqué que l’Europe, dans un élan de solidarité et d’engagement fort, soutient la réforme du secteur de la sécurité en République démocratique du Congo à hauteur de plus de 60 millions d’euros. Il a également souligné que plusieurs États membres de l’Union européenne expriment leur engagement en partageant leur savoir-faire en appui aux Forces armées de la République démocratique du Congo. À l’en croire, l’Union européenne se réjouit également de la prochaine présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies par la RDC et exprime l’espoir d’une contribution forte et globale du pays sur les grands enjeux multilatéraux.

Ukraine – RDC : même principe, même détermination

Dans ce contexte, le diplomate européen a également évoqué le soutien de l’Union européenne à l’Ukraine, où "la guerre frappe à nouveau aux portes de l’Europe de la paix ". Face à cette situation, a-t-il affirmé, l’Union européenne a fait le choix clair de défendre, avec constance et sans ambiguïté, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, tout comme elle défend celles de la République démocratique du Congo.

"Là-bas comme ici, en Ukraine comme en République démocratique du Congo, nous défendons le même principe fondamental: il ne peut y avoir de paix durable sans respect des frontières reconnues et du droit international. Dans un monde où la force tente trop souvent de s’ériger en loi, en Europe comme en Afrique, l’Union européenne reste fermement attachée au refus des politiques de fait accompli, au respect des frontières internationalement reconnues et au règlement pacifique des différends. C’est le même principe qui guide notre action ici, aux côtés du peuple congolais :  aucune agression, aucune violation de l’intégrité territoriale ne peut être tolérée ni  banalisée, où que ce soit. En défendant l’Ukraine, l’Union européenne défend un principe qui vaut pour tous : la sécurité de chacun dépend du respect du droit de tous"a martelé le diplomate de l'Union Européenne lors de son intervention. 

Et de poursuivre :

"Dans ce contexte international incertain et parfois brutal, l’Union européenne tient à se présenter clairement comme un partenaire fiable, prévisible et respectueux de ses engagements : nos engagements envers la République Démocratique du Congo, comme envers l’Ukraine, ne dépendent pas des fluctuations de l’actualité, mais s’inscrivent dans la durée, dans le cadre d’un multilatéralisme fondé sur des règles et sur des engagements mutuels. Dans cet esprit, « Unis dans la diversité », dans le respect des règles internationales et des engagements réciproques, l’Europe reste engagée à défendre avec la République Démocratique du Congo le principe des règles, d’un multilatéralisme respectueux et épris d’engagements mutuels et du respect de la parole donnée".

En dépit des avancées enregistrées sur le papier dans les processus de Washington, qui prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali  marqué par l’entérinement des accords par Félix Tshisekedi et Paul Kagame  ainsi que celui de Doha, caractérisé par la signature de l’accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23 et des récents engagements pris à Montreux en Suisse, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Elle demeure marquée par la poursuite de l’escalade et par des accusations mutuelles de non-respect des engagements entre les différentes parties au conflit.

 

Consécutivement à l’entrée en jeu des États-Unis, qui prennent en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’au rôle de l’État du Qatar, impliqué dans la gestion du conflit opposant le gouvernement congolais à la rébellion de l’AFC/M23, l’Union européenne semble, selon plusieurs observateurs, prendre du recul concernant la crise dans la région des Grands Lacs alors que l’année dernière, au lendemain de l’occupation des villes de Goma et Bukavu par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, l’Union européenne avait joué un rôle majeur pour faire pression sur Kigali et sur le mouvement rebelle, dans l’objectif d’aboutir à la résolution de la crise en cours.

C’est dans ce cadre que les sanctions individuelles de l’Union européenne contre des responsables rwandais ont été adoptées le lundi 17 mars 2025. Depuis lors, l'attitude de l'Union européenne est perçue par certains comme une spectatrice alors que pour de nombreux observateurs, la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs, et plus particulièrement dans l’est de la RDC, nécessite une pression accrue et coordonnée de l’ensemble de la communauté internationale afin de contraindre les parties à honorer leurs engagements.

Clément MUAMBA