Migrants expulsés vers Kinshasa : Sessanga dénonce une « mise sous tutelle » migratoire de la RDC par Washington

Delly Sesanga
Delly Sesanga, Président national du parti Envol.

L’opposant Delly Sessanga accuse le président de la République, Félix Tshisekedi, de transformer le pays en un « dépotoir » pour l’exécution de la politique migratoire et sécuritaire des États-Unis. Washington a en effet négocié un nouvel accord avec Kinshasa afin d’y transférer des migrants expulsés de son territoire.

Dans un message d’environ quatre minutes, le président du parti Envol estime que la RDC est un pays déjà sinistré. Il met en garde contre le risque de passer d’un simple accueil de migrants en situation irrégulière aux États-Unis à une éventuelle déportation, depuis Doha vers Kinshasa, d’Afghans ayant combattu aux côtés des forces américaines lors de la guerre en Afghanistan (2001-2021).

Delly Sessanga se montre également dubitatif quant à la capacité des services de sécurité et de renseignement congolais à gérer ces profils. Selon lui, il est paradoxal que les États-Unis, dotés d’agences puissantes comme le FBI et la CIA, refusent d’accueillir certains individus sur leur territoire pour des raisons de sécurité, tandis que la RDC, aux moyens limités, serait censée en assurer la gestion.

« Monsieur le Président de la République, d’où tirez-vous l’assurance, avec votre Première ministre et votre gouvernement, que des personnes jugées menaçantes pour la sécurité nationale des États-Unis pourraient être prises en charge sans risque par la RDC ? », s’interroge-t-il, évoquant notamment les capacités des FARDC, de la PNC, de l’ANR, de la DGM et du Conseil national de cybersécurité.

Dans la foulée, l’ancien candidat à la présidentielle de 2023 interpelle la cheffe du gouvernement : « La solidarité ne se décrète pas sur un plateau de télévision au détriment de la souveraineté et de l’indépendance nationales ». Il dénonce l’ajout d’une nouvelle source d’insécurité dans un pays déjà fragilisé sur l’ensemble de son territoire.

« Le Congo n’est ni à vendre ni une poubelle à louer au monde. Arrêtez cette politique, Monsieur Tshisekedi. Revenez au sens de votre serment en ne vous laissant guider que par l’intérêt général et en consacrant toutes vos forces à la préservation de l’indépendance nationale », conclut l’ancien député.

Par ailleurs, plus de 1 100 Afghans, hommes, femmes et enfants, ont rejeté depuis Doha le projet de l’administration américaine visant à les transférer en RDC. Ils affirment refuser d’être exposés à une nouvelle situation d’insécurité dans un pays où ils n’ont ni attaches familiales ni repères linguistiques. Ils appellent les États-Unis à respecter les engagements pris durant la guerre en Afghanistan, déclenchée après les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par Al-Qaïda, alors hébergée par les talibans.

La décision de Kinshasa d’accueillir des migrants en provenance de pays tiers s’inscrit dans le cadre d’un accord conclu avec Washington. Présenté comme temporaire et financé par les États-Unis, ce dispositif prévoit que la capitale congolaise serve de zone de transit. Les migrants, munis d’un titre de court séjour, sont ensuite censés regagner leurs pays d’origine.

De son côté, la Colombie, dénonçant un traitement jugé « ostracisant » à l’égard de ses ressortissants, a demandé le rapatriement immédiat des Colombiens arrivés à Kinshasa la semaine dernière.

Samyr LUKOMBO