Repenser l’information en temps de crise : l’IA et l’éducation numérique au cœur des débats au 1er sommet Eleza Fact

Ukweli Summit 2026
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Kinshasa a abrité les 30 et 31 mars le premier sommet Eleza Fact, placé sous le thème : « Repenser l’information en temps de crise, l’intelligence artificielle et l’éducation numérique pour les 5 prochaines années ». Chercheurs, journalistes, responsables institutionnels et acteurs de la société civile ont croisé leurs regards sur les défis brûlants de l’information en Afrique centrale.

Dès l’ouverture, les discussions ont mis en lumière les fragilités du journalisme dans la région. Des panélistes, dont Laurent Bigot, directeur de l’École supérieure de journalisme de Tours, ont partagé leur expérience et insisté sur l’urgence de renforcer la qualité et l’indépendance des médias.

Un autre moment fort fut le panel avec Patrick Muyaya, ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, qui a rappelé l’importance d’une réponse collective face à la désinformation : « la meilleure manière de combattre la désinformation est de se mettre en coalition : gouvernement, professionnels des médias et société civile. »

Il a également souligné le rôle de chaque citoyen : « chacun doit instaurer un doute méthodique face à toute information qu’il reçoit, car cela permet de briser la chaîne de désinformation. »

Innovations locales et résilience

Une table ronde a été consacrée aux innovations locales pour valoriser les initiatives locales de vérification des faits adaptées aux contextes linguistiques en Afrique centrale. Ce panel était animé par les représentés de Lokuta Mabe, un programme de vérification des faits de Kinshasa News Lab ; du Studio Hirondelle ainsi que de Soma Lab. 

Claudine Ndaya (UNESCO), Bilal Tairou (Code for Africa) et Bavon Tangunza (OMS) ont insisté sur la nécessité de bâtir une architecture informationnelle durable, où la vérification des faits devient un pilier du développement humain.

Patrick Maki, rédacteur en chef d’ACTUALITE.CD, a rappelé que la viabilité économique des médias est une condition essentielle : «  est un organe de presse capable de produire de manière durable un journalisme indépendant, factuel et de qualité, tout en assurant sa pérennité économique. Cela implique une diversification des revenus, une gouvernance éthique et une forte adéquation avec les besoins de son audience, essentielle à la démocratie. »

Désinformation et santé publique

Les ateliers ont exploré les ravages de la désinformation dans le domaine de la santé, avec des exemples du Cameroun et les réponses de l’OMS face aux épidémies en RDC.

Un panel animé par Patient Ligodi (RFI) a donné la parole à des femmes journalistes et activistes, telles que Nicole Bahati et Rose Mathe, qui ont dénoncé la désinformation genrée et le cyberharcèlement. Leur message était clair : protéger les voix féminines est essentiel pour une société plus juste et résiliente.

Vers une information durable

Au fil des panels et ateliers, les participants ont découvert de nouveaux outils de fact-checking, dont celui développé par Eleza Fact, conçu pour renforcer la lutte contre la désinformation.

Ce premier sommet a montré que l’avenir de l’information en Afrique centrale repose sur trois leviers : l’éducation numérique, l’innovation locale et la protection des journalistes. Dans un contexte de crises multiples, l’intelligence artificielle et la coopération régionale apparaissent comme des outils incontournables pour bâtir une information fiable et durable.

La rencontre s’est conclue par un plaidoyer collectif, appelant à renforcer les stratégies de lutte contre la désinformation en période de crise.