RDC : les ADF étendent leurs attaques à la Tshopo, plus de 260 morts signalés par l’ONU

Un milicien dans l'est de la RDC / Ph. Droits tiers

Les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé actif au Nord-Kivu et en Ituri et considéré comme une organisation terroriste, viennent d’élargir leur influence en opérant désormais dans la province de la Tshopo. C’est ce qu’a indiqué Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme, lors de la session consacrée à la situation actualisée des droits de l’homme en RDC.

Dans son exposé présenté  mercredi 25 mars 2026 à Genève en Suisse dans le cadre des activités de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, la diplomate a révélé que depuis octobre ce groupe terroriste a tué plus de 200 personnes et provoqué le déplacement de milliers d’autres dans l’Est de la RDC.

"Depuis octobre, les Forces démocratiques alliées (ADF)bont étendu leurs opérations à travers l'Ituri, le Nord-Kivu et le Tshopo, tuant plus de 260 personnes, déplaçant des milliers d'autres et soumettant des femmes et des filles à l'esclavage sexuel, ce qui a entraîné des dizaines de grossesses", a déclaré Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme lors de son intervention.

Depuis le dernier rapport du Haut-Commissaire en septembre, Nada Al-Nashif a indiqué que le suivi réalisé par son organisation révèle une détérioration de la situation des droits humains et de la sécurité dans l’est du pays. Selon elle, les civils sont la cible d’attaques perpétrées par de nombreux groupes armés, notamment le M23, soutenu par le Rwanda, les Forces démocratiques alliées (ADF) et la CODECO.

Dans la province de la Tshopo, les récentes attaques armées menées par l'ADF à Mambasa (Ituri) inquiètent la population de Bafwasende, d’après la société civile locale qui a alerté. Bafwasende et Mambasa sont deux territoires voisins qui se partagent les flux économique et agronomique. Le 12 mars, des ADF ont atrocement tué 17 personnes dans deux sites miniers à Muchacha, à environ 100 kilomètres de Bafwasende. Selon la société civile, certains habitants de Bafwasende, commerçants de leur état, figurent parmi les victimes de cette attaque. Ils mènent régulièrement leurs activités commerciales et l'exploitation minière à Badengaido.

La double attaque des ADF dans le territoire de Mambasa, en Ituri, a provoqué un déplacement massif des populations vers Bafwasende et Kisangani dans la Tshopo. Le jeudi 19 mars, la société civile forces vives de Bafwasende a enregistré plus de 7 mille personnes en provenance de Badengaido et ses villages voisins. 

La RDC reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans, et la violence ne faiblit pas en dépit des opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise menées depuis mai 2021.

Cette problématique était au cœur de la rentrée parlementaire lundi 16 mars 2026 à Kinshasa. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, a demandé au gouvernement d’accorder plus d’attention au phénomène ADF et d’en faire l’objet de démarches internationales, comme c’est le cas pour la crise liée à la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

M. Boji suggère même que la problématique des ADF soit portée auprès des États-Unis, garants des accords de Washington, alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo et l’armée ougandaise mènent des opérations conjointes contre cette menace dans la région. La poursuite des massacres dans cette partie du pays relance le débat sur l’efficacité de ces opérations conjointes, menées depuis près de cinq ans sans impact réel sur le terrain, en dépit du satisfecit des autorités congolaises et ougandaises.

Selon les données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), en 2025, les membres des ADF ont été responsables de 465 atteintes ayant fait 1 749 victimes, dont 344 femmes et 129 enfants, dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et de la Tshopo. Les exécutions sommaires représentent 46,45 % des atteintes (216 cas), suivies des atteintes à l’intégrité physique, 24 % (111 cas), et des atteintes au droit à la propriété, 15 % (71 cas).

Clément MUAMBA