Près de deux ans après la signature du contrat minier renégocié avec le Groupement des entreprises chinoises (GEC), ouvrant la voie à un cinquième avenant de la convention de collaboration conclue en avril 2008, relative au développement d’un projet minier et d’un projet d’infrastructures en République démocratique du Congo (RDC), ce dossier continue d’occuper une place de choix dans le débat public. C’est dans ce contexte que la question a été abordée lors des panels de la première édition du Forum médias Chine–RDC, organisée le 18 et le 19 mars à Kinshasa, capitale de la RDC.
À cette occasion, l’inspecteur général et chef de service honoraire de l’IGF, Jules Alingete Key, est intervenu en tant que panéliste. Dans un contexte marqué par des critiques persistantes, en dépit de la renégociation initiée à la suite du rapport d’enquête de l’Inspection générale des finances (IGF), il a présenté le bien-fondé de cette démarche. Il a, par ailleurs, déploré le fait que certains acteurs politiques et personnalités préfèrent jeter l’opprobre sur cette renégociation, pourtant voulue par la plus haute autorité du pays, laquelle avait en même temps validé le travail réalisé par les délégués de la RDC lors de ces discussions.
"Je voudrais sincèrement dire aux Congolaises et aux Congolais de ne pas prêter oreille aux vendeurs d’illusions et aux politiciens qui, par manque de discours, ils viennent chercher à jeter de l'opprobre sur une revisitation qui est une grande réussite pour notre pays, n'oubliez pas que cette revisitation a été faite sous l'égide de son excellence Monsieur le Président de la République, chef de l'État qui a validé avec tout son cabinet les résultats la revisitation. Je vais vous dire ceci les infrastructures dont bénéficie la République démocratique du Congo c'est en contrepartie des exonérations au projet, ces exonérations sont évaluées aujourd'hui à 350 millions USD principalement composés de l'impôt sur les bénéfices et des droits de douane à l'importation des matières premières", a fait savoir Jules Alingete devant la presse à l'issue de son intervention comme panéliste.
Pour Jules Alingete, ce projet, après sa revisitation, peut être considéré comme un partenariat gagnant-gagnant. Selon lui, cette révision a permis d’élaguer les mauvaises pratiques qui ont entouré sa mise en œuvre depuis sa signature entre les parties congolaise et chinoise.
"La République Démocratique du Congo par la revisitation a voulu rendre le partenariat gagnant gagnant et aussi extirper tout ce qu'il y avait comme incongruités en termes de corruption, des mauvaises pratiques dans le projet, voilà pourquoi nous sommes allés en renégociation. Aujourd'hui, ce projet doit être considéré comme un modèle de partenariat gagnant gagnant entre les deux parties. À mon point de vue, je pense que la revisitation était une très bonne chose pour notre pays, la revisitation a permis aux deux parties de regarder dans la même direction, la revisitation a permis à la RDC de neutraliser ses propres incohérences pour des faits de corruption apportés dans le projet par la partie congolaise elle même, la revisitation a été l'occasion de délivrer le projet SICOMINES de la corruption qui avait élu domicile par le fait de la participation de nos propres concitoyens, parce-que je peux vous dire que près de 80% des travaux d'infrastructures en cours dans le pays aujourd'hui est financé par le projet Sicomines", a souligné Jules Alingete.
Abordant le chapitre des avantages obtenus dans le cadre de la renégociation, Jules Alingete Key a indiqué que, sur les 900 millions de dollars de bénéfices annuels générés par le projet Sicomines, le gouvernement congolais perçoit en priorité 324 millions de dollars destinés au financement des infrastructures. Le solde, soit environ 576 millions de dollars, est ensuite partagé entre la Gécamines et la partie chinoise, les deux associés de Sicomines.
Sur cette part, la Gécamines perçoit au moins 150 millions de dollars, en fonction de sa participation, tandis que la partie chinoise récupère le reste, soit environ 400 millions de dollars. Somme toute, a-t-il expliqué, dans cette répartition, la République démocratique du Congo gagne 324 millions de dollars au titre des infrastructures et environ 150 millions de dollars en dividendes versés à la Gécamines, soit près de 470 millions de dollars par an sur les 900 millions générés par le projet, la partie chinoise percevant la différence, estimée à environ 400 millions de dollars.
Selon le chef de service honoraire de l’IGF, depuis la révision du projet en 2024, qui prévoit 324 millions de dollars par an pour les infrastructures sur une projection de 20 ans, le pays devrait bénéficier d’environ 7 milliards de dollars. À ce jour, les projets effectivement financés depuis 2024 s’élèvent à près de 700 millions de dollars. Il a également appelé à ne pas prêter attention aux « vendeurs d’illusions » qui critiquent la renégociation, notamment l’avenant 5.
À titre illustratif des projets financés dans le cadre de ce programme, il a notamment cité la construction des rocades de Kinshasa (145 millions de dollars déjà décaissés pour un coût total prévu de 383 millions), la route Mbuji-Mayi – Mwene-Ditu – Kasese – Nguba, longue de 850 kilomètres, déjà financée à hauteur de 325 millions de dollars, la route Kananga–Kalambambuji, financée à ce jour à hauteur de 88 millions de dollars, ainsi que la route Nkamba (8 kilomètres), également financée par le projet. Enfin, il a évoqué la route Bukavu–Kamanyola, pour laquelle 78 millions de dollars ont déjà été décaissés par Sicomines, mais dont l’exécution accuse un retard en raison de la guerre d’agression dans cette partie du pays.
"Si vous prenez tous les projets en cours, financés par Sicomines, nous sommes autour de plus de 650 millions USD en deux ans et avant la révisitation, en 15 ans, la RDC n’avait bénéficié que de 800 millions de dollars pour les infrastructures, soit 50 millions par an. Aujourd’hui, nous sommes à la hauteur de 350 millions par an,Est-ce qu'on a gagné ou on a perdu ? Retenez, le ministère des Infrastructures et Travaux Publics peut vous confirmer près de 70% des travaux des infrastructures en cours dans le pays aujourd'hui est financé par le projet Sicomines", a fait remarquer le chef de service honoraire de l'IGF Jules Alingete.
Pour appuyer son argumentaire sur les avantages de la renégociation, Jules Alingete Key a révélé que, même pour faire avancer les préparatifs de la Conférence des gouverneurs, le gouvernement a dû recourir à l’appui et à l’accompagnement de son partenaire Sicomines afin d’accélérer les travaux dans cette partie du pays, confrontée à un déficit d’infrastructures et à de nombreux besoins des populations.
"Dans le Bandundu province de certaines personnes qui font des bruits parce qu'il n'ya rien là-bas, il fallait appeler le projet Sicomines pour arranger les routes, arranger les ponts, faire le minimum pour que la Conférence des gouverneurs puisse avoir lieu donc c'est encore le projet Sicomines qui est intervenu dans le Grand Bandundu pour arranger les routes, les ponts pour que la Conférence des gouverneurs se tienne là-bas, vous pouvez aller au ministère des Infrastructures et travaux, à l'Agence de pilotage et de suivi des Conventions, vous pouvez aller à l'ACGT vous aurez ces chiffres que je vous dis, le projet SICOMINES en deux ans, il a déjà décaissé plus de 650 millions USD en terme d'infrastructures en deux ans", a souligné Jules Alingete, chef de service honoraire de l'IGF.
Ce débat sur la dernière revisitation du contrat intervient dans un contexte où Freddy Yodi Shembo, directeur général de l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration entre la RDC et les partenaires privés (APCSC), a annoncé le lancement d’un audit technique et financier du projet SICOMINES (Convention sino-congolaise des mines, un accord de partenariat signé en 2008 entre la RDC et un consortium d’entreprises chinoises), ainsi que la certification intégrale des ressources minières allouées au projet. Cette initiative semble avoir été bien accueillie dans l’environnement socio-économique congolais.
Selon Freddy Yodi Shembo, ce processus sera mené par des firmes internationales, avec pour objectif de permettre au pays de connaître « la vérité des chiffres » dans la mise en œuvre de ce projet. D’après l’APCSC, l’audit du programme SICOMINES portera sur 17 années d’exécution, couvrant les périodes allant du régime Kabila à celui de Tshisekedi. Le directeur général de l’APCSC a précisé, lors d’une conférence de presse, qu’il n’existe aucune volonté de mener une chasse aux responsables de l’ancien régime ou aux anciens collaborateurs pro-Tshisekedi.
Pour Freddy Yodi Shembo, ce processus devrait ouvrir la voie à de nouvelles négociations en vue de la signature d’un sixième avenant au contrat liant la RDC au groupement d’entreprises chinoises.
Clément MUAMBA