Y a-t-il eu négligence dans les alertes lancées en lien avec la nouvelle résurgence de l’épidémie de maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri ? C’était l’une des principales interrogations au sein de l’opinion publique congolaise, d’autant plus que le cas supposé index de la maladie, un infirmier décédé au Centre médical évangélique (CME) de Bunia, remonterait au 24 avril 2026 dans la zone de santé de Rwampara.
Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale a tenu à fixer l’opinion sur ce que de nombreux acteurs du débat socio-politique congolais ont qualifié de négligences du gouvernement de la République. Selon ce membre du gouvernement Suminwa, il ne s’agirait ni d’une négligence, ni d’une défaillance, encore moins de failles du système.
Au cours d’une conférence de presse tenue ce samedi 16 mai 2026, il a rejeté les accusations faisant état d’une supposée lenteur ou défaillance du système de surveillance sanitaire dans la gestion des alertes de la nouvelle épidémie de maladie à virus Ebola en Ituri.
"Vous avez dit quelque chose qui m’étonne. Vous dites : “Qu’est-ce qui n’a pas marché, l’épidémie est là depuis un mois et vous n’avez pas réagi.” Je vous rappelle qu’il y a eu un malade, un infirmier, qui est décédé à Bunia d’une maladie qui n’était pas encore notifiée. J’ai donné la date : le 24 avril ", a expliqué le ministre, précisant que le corps avait ensuite été transféré à Mungwalu, où des pratiques funéraires traditionnelles avaient favorisé la propagation.
"C’est lors des cérémonies funéraires que les gens pleurent, pensant qu’il s’agissait d’une maladie mystique, ont touché le corps et multiplié les contacts. C’est là que les cas ont commencé à apparaître" a-t-il ajouté lors de son intervention.
Le ministre de tutelle a indiqué que le premier signalement officiel est intervenu le 5 mai "Ce premier signalement était social, via les réseaux sociaux" a-t-il précisé, tout en soulignant que les équipes sanitaires sont intervenues rapidement par la suite.
"Trois jours plus tard, nos équipes avaient déjà effectué le signalement officiel. Les échantillons ont été prélevés", a-t-il poursuivi dans son intervention.
Selon lui, les analyses initiales n’avaient pas permis d’identifier la souche attendue.
"Nous avons d’abord recherché la souche Zaïre, mais les résultats étaient négatifs" a-t-il fait remarquer.
Les échantillons ont ensuite été envoyés à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa pour des analyses complémentaires.
« Et c’est avant-hier que nous avons obtenu la confirmation d'une autre souche. Donc,je ne sais pas pourquoi vous dites Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné" a-t-il indiqué.
Dans le même registre, le ministre a invoqué les standards internationaux de réponse.
"Il existe une règle appelée “7-1-7” : être alerté dans les sept jours, intervenir immédiatement et poser le diagnostic rapidement. Et c’est ce qui a été fait"a affirmé le ministre Samuel Roger Kamba. Il assure enfin que les mesures de riposte sont déjà en cours, notamment le déploiement de moyens logistiques et aériens. " Entre le 8 mai et demain le 17 mai, des avions sont déjà déployés. Cela représente moins de neuf jours", a-t-il fait savoir estimant que "ce n’est pas le système qui pose problème".
Un jour avant la communication officielle du gouvernement, le Dr Jean Kaseya, directeur général des Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa CDC), avait alerté sur le risque élevé de propagation régionale de l’épidémie. Face à cette situation, une réunion régionale d’urgence de haut niveau a été annoncée avec les autorités sanitaires de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud, ainsi qu’avec plusieurs partenaires internationaux, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’UNICEF.
Selon le docteur congolais Jean Kaseya et responsable de l’agence sanitaire de l’Union africaine, les efforts porteront notamment sur le renforcement de la surveillance épidémiologique, des capacités de laboratoire, du contrôle des infections, de l’engagement communautaire ainsi que de la coordination transfrontalière.
Cette épidémie de maladie à virus Ebola survient dans une zone marquée par de graves violences contre les populations civiles, attribuées notamment aux rebelles des ADF, qui continuent de semer la désolation malgré les opérations militaires conjointes menées par les FARDC et les forces ougandaises. À cela s’ajoute l’activisme de plusieurs groupes armés locaux, notamment la CODECO, le groupe Zaïre, la CRP et d’autres milices. Cette situation fragilise davantage le contexte humanitaire dans cette partie de la RDC et provoque des déplacements massifs de populations.
Cette nouvelle flambée épidémique dans la province de l’Ituri intervient près de six mois après l’annonce, le 1er décembre 2025, de la fin de la 16e épidémie de maladie à virus Ebola dans la province du Kasaï. Les autorités sanitaires avaient alors indiqué qu’aucun nouveau cas n’avait été enregistré durant les 42 jours ayant suivi la guérison du dernier patient, le 19 octobre 2025.