ACTUALITE SOIR — Vendredi 13 mars: « une humanitaire tuée, Paris saisit la justice, 18 ex-combattants du M23 arrivent à Pinga »

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Le fait du jour

Une humanitaire française tuée à Goma - Paris ouvre une enquête pour crime de guerre

Karine Buisset, spécialiste de programme à l'UNICEF chargée de la protection contre l'exploitation et les abus sexuels, est morte mercredi matin à Goma après qu'une frappe de drone a touché l'immeuble résidentiel où elle vivait, dans la zone de Himbi. Le parquet national antiterroriste français (PNAT) a ouvert ce vendredi une enquête pour crime de guerre afin d'établir les circonstances de sa mort et déterminer les responsabilités.

La directrice générale de l'UNICEF, Catherine Russell, s'est dite « dévastée et outrée ». La commissaire européenne chargée de la gestion des crises, Hadja Lahbib, a dénoncé un « crime et un acte abject ». Le gouvernement congolais a exprimé sa tristesse et présenté ses condoléances, indiquant que des enquêtes sont en cours pour déterminer les circonstances exactes des explosions. L'AFC/M23 attribue ces frappes à Kinshasa. Le gouvernement congolais n'a pas répondu à cette accusation.

Selon un bilan provisoire de la rébellion, trois morts ont été enregistrés au total. Le Forum des ONG internationales (FONGI) en RDC a condamné l'attaque et rappelé que 13 humanitaires ont été tués dans l'est du pays en 2025, contre 9 en 2024, et que 626 incidents sécuritaires visant des humanitaires ont été recensés l'année dernière, contre 428 en 2024.

Sur le terrain

Kashuga : calme précaire après des affrontements entre AFC/M23 et wazalendo

Un calme fragile régnait ce vendredi à Kashuga, dans le groupement Bashali Mokoto au territoire de Masisi, au lendemain de violents combats. Jeudi vers 13 heures, des wazalendo ont attaqué les positions de l'AFC/M23 à Ibuga. Les échanges de tirs, avec armes lourdes et légères, ont duré plusieurs heures jusque tard dans la soirée. Des morts et des blessés sont évoqués dans les deux camps par des sources concordantes, sans chiffres précis. Les wazalendo se seraient finalement retirés, laissant les positions sous contrôle rebelle. Le risque de reprise des combats reste élevé.

Walikale : 18 ex-combattants de l'AFC/M23 arrivent à Pinga

Dix-huit combattants qui s'étaient rendus aux wazalendo à Chanjikiro, dans le groupement Kisimba, sont arrivés mardi à Pinga. Ils évoquent la pression militaire des FARDC et des wazalendo, ainsi que les conditions de vie difficiles au sein de la rébellion. Ils sont actuellement cantonnés en attendant les dispositions des autorités compétentes.

Rutshuru : l'hôpital général relève ses tarifs après le départ de l'Union européenne

L'hôpital général de référence de Rutshuru a revu à la hausse ses tarifs depuis le lundi 9 mars. La direction explique que l'appui de l'Union européenne, qui prenait en charge une partie des frais de soins, a pris fin le 30 novembre 2025. Le médecin directeur, le Dr Claude Bakunzi, précise que l'hôpital a accumulé des dettes pharmaceutiques et que la majoration vise à maintenir la qualité des soins. Des habitants redoutent une baisse d'accès aux soins. MSF continue de couvrir les frais dans certains services.

Diplomatie

CICR et Kinshasa discutent de l'échange des détenus de guerre

Le vice-Premier ministre de la Défense et François Moreillon, chef de délégation du CICR en RDC, se sont rencontrés jeudi à Kinshasa pour évoquer la libération des détenus de guerre dans l'est du pays. Le chef du CICR a précisé que cette visite s'inscrit dans le cadre du processus de Doha, dans le rôle d'intermédiaire neutre que joue son organisation.

La semaine dernière, l'AFC/M23 avait annoncé la remise au CICR de plus de 5 000 éléments des FARDC capturés, lors d'une cérémonie tenue au camp de Rumangabo le 2 mars. Le CICR s'est dit prêt à accompagner leur transfert vers Kinshasa, sous réserve de l'accord de toutes les parties. En mai 2025, le CICR avait déjà facilité le transfert de plus de 1 300 militaires désarmés de Goma vers Kinshasa. La rébellion reproche toutefois à Kinshasa de refuser de libérer ses propres détenus et de poursuivre des violations du cessez-le-feu.

Kinshasa rejette le rapport de Human Rights Watch sur les disparitions forcées

Le gouvernement congolais a rejeté vendredi les conclusions d'un rapport de HRW faisant état de disparitions forcées à Kinshasa impliquant des services de sécurité, dont le Conseil national de cyberdéfense. Le ministère de la Communication affirme que plusieurs personnes mentionnées ont été identifiées, certaines libérées, d'autres présentées devant les juridictions. Kinshasa invoque le contexte de l'agression rwandaise et des tentatives de déstabilisation via des vecteurs numériques pour justifier les mesures prises, et réaffirme son attachement à l'État de droit.

Kabund appelle à la désescalade et à l'isolement du Rwanda

Au lendemain de la frappe sur Goma, l'ancien vice-président de l'Assemblée nationale et président de l'Alliance pour le Changement, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, a appelé jeudi sur X à un cessez-le-feu immédiat et à un dialogue national inclusif entre Congolais. Il a estimé que l'option militaire n'est pas une solution et a appelé à l'isolement du Rwanda, qu'il désigne comme agresseur.

Ils ont dit

Catherine Russell, directrice générale de l'UNICEF : « Les civils, y compris les travailleurs humanitaires, ne doivent jamais être pris pour cible. »

François Moreillon, chef du CICR en RDC : « La visite du jour est liée à nos activités en tant qu'intermédiaire neutre dans le cadre du processus de Doha. »

Jean-Marc Kabund-a-Kabund : « Combien de fois faudra-t-il encore rappeler que la solution à cette guerre est avant tout politique ? »

Dr Claude Bakunzi, médecin directeur de l'hôpital de Rutshuru : « Nous avons décidé de majorer légèrement certains tarifs afin de maintenir la qualité des soins, tout en tenant compte de la réalité du terrain. »

lls témoignent

Jackson Mbula, habitant de Kiwanja, territoire de Rutshuru : « La pauvreté touche aujourd'hui la majorité des familles du territoire de Rutshuru. Beaucoup de malades pourraient hésiter à se faire soigner faute de moyens. Cela risque aussi d'entraîner des cas d'évasion des malades après les soins et d'augmenter les dettes de l'hôpital. »

À surveiller demain

Le sort du journaliste Serge Sindani, directeur de kis24.info, libéré ce vendredi après dix jours de détention à l'ANR. Il avait été arrêté le 3 mars, suspecté de liens avec des partisans du M23 via un groupe WhatsApp inactif. Il commence ce soir ses soins de prévention. Sa libération intervient dans un contexte de pression croissante sur les médias à l'Est. À suivre également : les suites de l'enquête du PNAT sur la mort de Karine Buisset, et l'évolution de la situation sécuritaire à Kashuga.

 

Ce soir, on retient

Une humanitaire française meurt à Goma. Paris ouvre une enquête pour crime de guerre. L'est du Congo brûle encore — et ce soir, les travailleurs humanitaires en sont une nouvelle fois les victimes.

 

ACTUALITE.CD - La rédaction