Trois jours après la dispersion violente du sit-in organisé par la coalition C64 devant le Palais du Peuple à Kinshasa, les voix réclamant des comptes au pouvoir se multiplient. L'Association Africaine de Défense des Droits de l'Homme (ASADHO) et la Coalition Article 64 pour la Défense de l'Ordre Constitutionnel ont toutes deux publié, lundi 15 juin 2026, des communiqués dénonçant des violations graves des droits fondamentaux et exigeant l'ouverture d'une enquête indépendante.
Le 12 juin, alors que des militants de l'opposition convergeaient vers l'esplanade du Palais du Peuple pour protester contre l'adoption par l'Assemblée nationale de la loi référendaire, susceptible d'ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi via une nouvelle constitution, la Police nationale congolaise est intervenue pour les disperser par balles réelles, gaz lacrymogènes et armes blanches.
Selon les deux organisations, les forces de l'ordre ont agi de concert avec des membres présumés de la Force du Progrès, une organisation liée à l'UDPS, parti présidentiel, qui s'en sont pris aux manifestants et aux sièges de partis d'opposition sans qu'aucune interpellation ne soit enregistrée.
Parmi les blessés graves figurent plusieurs leaders de l'opposition : Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi. Des morts seraient également à déplorer, leur nombre demeurant indéterminé. Des membres de mouvements citoyens, dont Gauthier Kasongo et Best Mulamba, ont par ailleurs été arrêtés arbitrairement.
Face à ces événements, la C64, dont le communiqué est cosigné par Fayulu (ECIDé), Kabund (A.Ch), Moïse Katumbi (Ensemble), Augustin Matata (LGD) et Sesanga (Envol), a exigé une enquête internationale indépendante, impartiale et crédible, ainsi que la restitution des corps soustraits des voies publiques par les forces de sécurité.
La coalition a également mis en garde le Sénat contre toute participation au processus de révision constitutionnelle, le qualifiant d'atteinte aux limites matérielles et circonstancielles fixées par la Constitution. Elle a par ailleurs annoncé une réunion d'évaluation le 16 juin, à l'issue de laquelle devait être rendu public le calendrier de ses prochaines actions.
De son côté, l'ASADHO juge insuffisante l'enquête promise par le gouvernement, estimant qu'elle ne saurait être ni impartiale ni transparente. L'organisation pointe également une rupture d'égalité de traitement : en mai et juin 2026, des marches organisées par des partis proches du pouvoir et par des églises de réveil favorables au changement de constitution s'étaient tenues aux abords du même Palais du Peuple sans aucune intervention des forces de l'ordre.
Le Secrétaire général de l'UDPS, Augustin Kabuya, a pour sa part nié, lors d'un meeting tenu dimanche 14 juin au siège de son parti, toute implication de la Force du Progrès dans les incidents, une dénégation que l'ASADHO juge précisément de nature à rendre urgente une investigation indépendante. L'organisation appelle en outre la communauté internationale à envisager des sanctions ciblées contre les responsables impliqués dans le rétrécissement de l'espace civique en RDC.