Est de la RDC: à l’ONU, Kinshasa présente l’impact du conflit sur l’éducation et la mise à mal de la gratuité de l’enseignement de base dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23

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Illustration/Photo ACTUALITE.CD

L'importance de l'éducation en période de conflit était au centre de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies lundi 2 mars à New-York, marquant le début de la présidence américaine à la tête du Conseil de sécurité pour le mois de mars 2026. La séance était présidée par Melania Trump, épouse du président américain Donald Trump.

La République démocratique du Congo, l’un des pays les plus concernés au monde par cette problématique, par le biais de son représentant permanent à l'ONU, l’ambassadeur Zénon Ngay Mukongo, a alerté sur le caractère alarmant de l’impact du conflit sur le secteur de l’éducation. Selon le diplomate congolais, depuis plus de trois décennies, le pays connaît des cycles récurrents de violences et de conflits armés, particulièrement dans sa partie orientale.

D’après l’ambassadeur Zénon Ngay Mukongo, cette situation prive, depuis 30 ans, des millions d’enfants de la jouissance d’un droit pourtant fondamental : celui d’accéder à une éducation sûre, inclusive et de qualité. Il a souligné que garantir un accès effectif à l’éducation et aux technologies numériques pour les enfants en situation de conflit constitue, pour la République démocratique du Congo, une priorité essentielle.

"À titre d’exemple, rien que dans la province du Sud-Kivu, où opèrent impunément depuis le début de l’année 2025 le mouvement M23 et les forces de défense rwandaises RDF, en violation de nos lois nationales, de la Charte des Nations Unies, des principes élémentaires du droit international et du droit international humanitaire, l’impact du conflit sur l’éducation est alarmant. D’abord, la gratuité de l’enseignement est mise en mal, les troupes rwandaises et les rebelles du M23 ayant décidé d’imposer des frais de scolarité dans les écoles privées et publiques des territoires sous leur contrôle", a illustré l’ambassadeur Zénon Ngay Mukongo lors de son intervention.

Ensuite, le représentant permanent de la République démocratique du Congo au Conseil de sécurité de l’ONU a fait savoir que, selon les statistiques, sur 8 419 écoles recensées, 1 768 ne sont aujourd’hui plus fonctionnelles. Parmi celles-ci figurent 71 écoles maternelles, 1 022 écoles primaires et 675 écoles secondaires. Il a précisé que 167 écoles, accueillant 72 214 élèves dont 36 068 filles, sont, au moment où se tient cette réunion, occupées par des groupes armés.

"La République démocratique du Congo a fait de l’éducation un pilier central de sa politique de résilience et de développement. Fort de son capital humain essentiellement jeune, l’éducation constitue pour mon pays non seulement un droit fondamental, mais également un pilier majeur de sa stabilité. La politique de la gratuité de l’enseignement décrétée par le Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, depuis son avènement à la magistrature suprême en 2019, répond à cette vision d’améliorer l’accès à l’éducation et aux nouvelles technologies", a soutenu le représentant permanent de la République démocratique du Congo au Conseil de sécurité de l’ONU.

À cette politique, a-t-il poursuivi, s’ajoute l’adoption, en 2025, de la Stratégie de l’éducation et de la formation en situation d’urgence (2025-2029), visant à bâtir un système éducatif résilient, inclusif et protecteur, capable de garantir la continuité de l’apprentissage avant, pendant et après les crises.

"Cette stratégie susmentionnée s’accompagne d’un engagement résolu de la République démocratique du Congo à réduire la fracture numérique qui affecte particulièrement les zones touchées par les conflits", a martelé M. Mukongo.

Le secteur éducatif congolais est fortement touché par les effets de la guerre menée par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, contre les forces gouvernementales dans l’Est de la République démocratique du Congo. Dans ses différents rapports mensuels, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) ne cesse de mettre en lumière les impacts des affrontements sur le secteur de l’éducation dans les provinces de l’Est de la RDC, dont de vastes pans sont sous le contrôle de la rébellion. À cela s’ajoute le fait que la rentrée scolaire 2025-2026, dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23, a été particulièrement marquée par la levée de la mesure de gratuité de l’enseignement de base, qui n’est plus appliquée dans les zones occupées par les rebelles, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, dans l’est du pays.

Ayant permis à des millions d’enfants de reprendre le chemin de l’école depuis sa mise en œuvre en 2019, la gratuité de l’enseignement primaire public ne peut ni s’arrêter ni être suspendue, puisqu’il s’agit d’une disposition constitutionnelle. Telle était la position du gouvernement de la République face à l’arrêté du 30 août dernier du gouverneur du Nord-Kivu, proche de l’AFC/M23, portant fixation des frais de scolarité dans les écoles publiques et privées agréées. Selon ce document, les parents d’élèves sont redevables du paiement d’un montant dont le seuil minimal est fixé à 9 000 FC et le seuil maximal à 45 000 FC par trimestre et par élève.

L’éducation étant l’une des priorités du gouvernement, le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté entend consolider cette mesure tout au long de l’année scolaire 2025-2026. Lors d’un briefing presse tenu jeudi 4 septembre 2025, le gouvernement a appelé les dirigeants de l’AFC/M23 à revenir à la raison en retirant cet arrêté. Pour Raïssa Malu Dinanga et Patrick Muyaya, la gratuité de l’enseignement primaire public est un principe constitutionnel intangible, non négociable et irréversible.

Cette réunion, renseignent les Nations unies, n’a débouché sur aucune résolution. Elle aura néanmoins mis en lumière un contraste. D’un côté, l’ONU des chiffres, des normes juridiques et des mises en garde, décrivant des écoles fermées ou détruites ainsi que des financements en recul. De l’autre, une vision fondée sur la circulation mondiale du savoir et la promesse d’une humanité connectée.

Entre ces deux approches se trouvent les mêmes enfants, dont certains ont été séparés de leurs familles, ainsi que les 473 millions d’autres pris dans des conflits visibles ou oubliés.

Clément MUAMBA