Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), Mgr Donatien Nsholé réaffirme la pertinence de la feuille de route élaborée avec la présidence et les confessions religieuses. Il défend une approche pastorale qui ne cède ni à l’injonction politicienne ni à l’exclusion, tout en appelant à ne pas confondre résolution pacifique du conflit et prime à la violence. Depuis Washington où il a participé au national breakfast, Donatien Nshole a accordé une interview à ACTUALITE.CD.
Alors que le président Félix Tshisekedi a posé des garde-fous clairs à tout dialogue – pas de relativisation de l’agression rwandaise, pas de participation des auteurs de crimes graves –, Mgr Donatien Nsholé s’exprime sur les divergences et les points de convergence. Il souligne la posture pastorale des Églises, indépendante des agendas politiques, et l’urgence d’un dialogue pour éviter l’enracinement des occupations. Interview.
ACTUALITE.CD : le président Tshisekedi a exclu un dialogue avec ceux qui ont commis des crimes contre les populations alors que votre initiative insiste sur l’inclusivité ?
Nshole : « Notre initiative n’a jamais considéré le dialogue comme un affront ou un projet de société, mais comme un moyen concret pour mettre fin à la guerre, unifier le pays et relancer les processus démocratiques. L’inclusivité ne signifie pas primer ceux qui ont fait couler le sang : il existe plusieurs façons de responsabiliser, à des degrés différents. Il peut y avoir des mécanismes de justice transitionnelle. L’essentiel est de trouver un consensus entre les parties, sans que le médiateur impose des conditions préalables rigides. Nous pensons qu’il serait plus efficace que tout le monde se retrouve autour de la même table. »
ACTUALITE.CD : On vous reproche parfois de ne pas nommer clairement l’agresseur, le Rwanda, et d’être trop critique envers le pouvoir en place.
Nshole: « C’est une diversion. Depuis des années, la CENCO et l’ECC ont dénoncé l’agression rwandaise dans des termes clairs, y compris dans des plaidoyers internationaux conjoints. Mais constater que les dénonciations seules n’ont pas suffi nous a poussés à proposer d’autres voies. Nous ne changeons pas d’attitude selon qui est au pouvoir : nous avons fait la même chose dans l’opposition et nous la ferions pour n’importe quel président. Notre objectif reste la souveraineté et la réunification du pays, que nous ne concevons pas sans un dialogue inclusif. »
ACTUALITE.CD : Si le dialogue exclut les groupes armés, ne risque-t-on pas de voir ces derniers s’enraciner sur les territoires occupés ?
Nshole: « Exactement. Une grande partie du pays échappe déjà au contrôle de l’État. Si on dialogue sans eux, pendant que le cessez-le-feu tient, ils consolident leurs positions. L’accord de Washington demande un recul du M23, mais sans accord global, le temps joue en leur faveur. C’est une distraction dangereuse que de l’ignorer. Le dialogue doit servir à réunifier concrètement le pays. »
ACTUALITE.CD : Quel rôle le président Lourenço peut-il jouer, après vos échanges à Luanda ?
Nshole : « Le président Lourenço nous a indiqué avoir discuté plusieurs fois avec le président Tshisekedi de la nécessité d’un dialogue national inclusif – y compris avec ceux qui ont pris les armes. Je ne sais pas comment il réagira aux conditions actuelles du chef de l’État. Mais son rôle d'accompagnateur, via l’Union africaine, pourrait aider à harmoniser les vues. »
ACTUALITE.CD : Y a-t-il un délai pour organiser ce dialogue, notamment avec les élections de 2028 en vue ?
Nshole : « C’est une extrême nécessité, le plus tôt possible. Un cessez-le-feu ne profite au peuple que s’il permet de résoudre les problèmes de fond : élections, CENI, réformes. Plus on retarde, plus les zones occupées s’enracinent et plus les échéances électorales deviennent compliquées. Notre initiative respecte pleinement l’ordre constitutionnel. »
ACTUALITE.CD : Votre position publique ne compromet-elle pas votre rôle de médiateur ?
Nshole: « non si on a affaire à des gens de bonne volonté. Nous parlons au nom de nos institutions – CENCO et ECC – et nous n’avons jamais été contredits par elles. Notre souci est pastoral : consolider la paix et le vivre-ensemble. Les pasteurs doivent avoir la latitude de proposer des voies nouvelles quand les précédentes tournent en rond. »
Interview réalisée par Stanis Bujakera Tshiamala