La tenue, le 5 février, de la première réunion du Comité de pilotage conjoint entre la RDC et les États-Unis constitue une étape importante dans la mise en œuvre du partenariat stratégique signé entre les deux pays.
Au-delà de l’annonce et de la communication officielle, l’enjeu est désormais de comprendre ce que cette réunion change réellement pour la RDC.
Le fait
Les travaux du Comité de pilotage conjoint ont permis d’examiner la première liste des actifs stratégiques présentée par la partie congolaise, connue sous l’appellation de Strategic Asset Reserve. Cette liste doit servir de base à un rapport conjoint destiné à informer le secteur privé américain des opportunités d’investissement identifiées en RDC.
La réunion a également confirmé que les projets soutenus par la U.S. International Development Finance Corporation seront considérés comme prioritaires dans le cadre du partenariat. Une assistance technique américaine est prévue, avec le déploiement d’équipes sur le terrain afin d’identifier, en coordination avec les autorités congolaises, les besoins d’appui spécifiques.
Surtout, cette première réunion acte l’activation formelle du Comité de pilotage conjoint comme organe central de mise en œuvre de l’accord, avec un calendrier précis et des rendez-vous réguliers.
Ce que ça change politiquement
Sur le plan politique, le partenariat entre la RDC et les États-Unis entre dans une phase plus institutionnelle et moins déclarative. La relation ne repose plus uniquement sur des engagements généraux ou des annonces ponctuelles, mais sur un mécanisme technique permanent impliquant plusieurs ministères congolais et différentes agences américaines.
Le Comité de pilotage conjoint devient ainsi un espace de coordination structuré, appelé à se réunir de manière régulière et à assurer un suivi continu des engagements pris. Cette formalisation réduit la dépendance aux dynamiques politiques conjoncturelles et inscrit le partenariat dans une logique de gouvernance plus stable et plus prévisible.
Ce que ça change économiquement
D’un point de vue économique, la principale évolution réside dans la structuration de l’offre congolaise à destination des investisseurs américains. La logique n’est plus de promouvoir le pays de manière générale, mais de présenter des actifs et des projets clairement identifiés, accompagnés d’un cadre de suivi et d’un appui financier et technique.
Le rôle attribué à la DFC, ainsi que la mise en place d’une assistance technique sur le terrain, traduisent une volonté de passer d’une logique d’intention à une logique d’exécution. Le fait que les projets qui ne susciteraient pas d’intérêt fassent l’objet d’un réexamen après dix-huit mois montre également une approche pragmatique, attentive aux réalités du marché.
Ce que ça change pour la gouvernance des secteurs stratégiques
Le partenariat introduit par ailleurs des mécanismes de dialogue régulier sur des sujets sensibles de la politique économique congolaise. La RDC devra notamment fournir des briefings périodiques à l’ambassade des États-Unis à Kinshasa sur les quotas d’exportation de cobalt, la logique des décisions prises et leur calendrier d’application.
Cette exigence de transparence et de justification renforce la pression en faveur d’une meilleure coordination interne et d’une plus grande lisibilité des politiques publiques. Elle peut contribuer à améliorer la crédibilité du cadre économique congolais, à condition que ces échanges s’accompagnent d’une réelle cohérence dans l’action gouvernementale.
Le cas du projet Grand Inga
La création d’un comité conjoint spécifiquement dédié au projet hydroélectrique du Grand Inga constitue un autre signal important. Même en l’absence d’un calendrier formel, l’existence d’un mécanisme de coordination sur la gouvernance et la mobilisation des investissements traduit la reconnaissance du caractère stratégique de ce projet à long terme.
Ce cadre pourrait faciliter, à terme, la structuration financière et institutionnelle d’un projet souvent annoncé mais rarement opérationnalisé.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Les effets réels de ce partenariat ne dépendront pas uniquement du respect du calendrier formel prévu par l’accord. Ils reposeront surtout sur la capacité des institutions congolaises à parler d’une seule voix, à proposer des projets bancables et à traduire les recommandations conjointes en décisions réglementaires et fiscales concrètes.
Le partenariat met en place une architecture. Son impact dépendra de la manière dont cette architecture sera utilisée.
Cette première réunion du Comité de pilotage conjoint ne transforme pas immédiatement le paysage économique congolais. Elle marque toutefois un changement de méthode significatif dans la relation entre la RDC et les États-Unis, en instaurant un cadre régulier, technique et orienté vers l’exécution. C’est dans cette normalisation de la coopération, plus que dans les annonces, que se joue l’enjeu réel du partenariat stratégique.