Est de la RDC : déjà 69 morts en six semaines, ce que révèle la nouvelle vague d’attaques attribuées aux ADF

Une maison incendiée dans la localité de Ngite (Beni) au cours d'une attaque attribuée aux ADF
Une maison incendiée dans la localité de Ngite (Beni) au cours d'une attaque attribuée aux ADF

Entre le 1er janvier et le 9 février 2026, les attaques attribuées aux combattants des Forces démocratiques alliées (ADF) ont fait au moins 69 morts civils dans l’est de la République démocratique du Congo, selon les données compilées par la société civile et des sources locales contactées par ACTUALITE.CD. Derrière ce chiffre minimal, la répétition des violences, leur concentration géographique et leurs effets durables sur les populations civiles dessinent une séquence sécuritaire particulièrement dégradée.

La province du Nord-Kivu concentre l’essentiel du bilan. Dans les territoires de Lubero et de Beni, 63 civils ont été tués depuis le début de l’année, selon un rapport de la coordination provinciale de la société civile publié début février. Lubero apparaît comme l’épicentre des violences, avec 52 morts, loin devant Beni (10 morts). À ce bilan s’ajoutent six civils retrouvés morts dans la chefferie de Walese Vonkutu, au sud du territoire d’Irumu, dans la province voisine de l’Ituri, portant le total documenté à 69 victimes civiles.

Dans le territoire de Lubero, les attaques ont touché aussi bien le secteur des Bapere que la chefferie de Baswagha, notamment les villages de Musenge, Mavwe-Mavwe, Masoya ou encore Mambimbi-Isigo. Les modes opératoires décrits par les témoins et les autorités locales se répètent : incursions nocturnes ou en début de soirée, massacres de civils, incendies d’habitations et destruction d’infrastructures sociales. Fin janvier, à Musenge, au moins 25 civils ont été tués en une seule nuit, tandis que des dizaines de maisons, un centre de santé et une église catholique étaient incendiés. Dans le secteur des Bapere, les attaques du 1er janvier ont fait quinze morts, dont deux militaires, dans plusieurs villages autour de Manguredjipa.

Le territoire de Beni n’est pas épargné. Sur l’axe routier Oicha–Mamove, les embuscades se sont multipliées, culminant le 4 février avec dix civils tués en une seule journée lors de deux attaques successives. Là encore, les assaillants ont incendié des motos, ciblant un axe vital pour la mobilité et l’économie locale.

Au-delà du nombre de victimes, l’impact humanitaire est considérable. Les violences ont entraîné des déplacements massifs vers des zones jugées plus sûres, notamment la ville de Butembo et les centres de Masoya ou Mwenye. Dans le groupement Mwenye, cinq centres de santé et plusieurs postes de santé ont fermé leurs portes, faute de sécurité pour le personnel soignant. La paroisse catholique Saint Jean-Paul II de Masoya a suspendu toutes ses activités depuis fin janvier, prêtres et fidèles ayant quitté la zone. La fermeture des structures sanitaires et religieuses illustre l’effondrement progressif des services de base dans les zones les plus exposées.

Les données disponibles mettent en lumière plusieurs tendances lourdes : une concentration croissante des attaques à Lubero, une extension des violences vers l’Ituri, et une pression continue sur les civils et les infrastructures sociales. Malgré la présence des forces de sécurité et les opérations conjointes en cours, l’insécurité demeure suffisamment durable pour empêcher le retour des populations déplacées, installant certaines localités dans un statut de fait de « zones à haut risque ».

Ce bilan de 69 morts civils reste provisoire. Plusieurs villages sont restés inaccessibles après les attaques, retardant l’inhumation des victimes et la consolidation des chiffres. Mais, au fil des semaines, une constante s’impose : la violence attribuée aux ADF ne relève plus de faits isolés. Elle s’inscrit dans une dynamique répétitive et territorialisée, qui fragilise durablement le tissu social et l’autorité de l’État dans une partie de plus en plus large de l’est congolais.