RDC: Pour Kabund, les propos de Kagame réclamant des terres doivent interpeller l'AFC/M23 pour comprendre que la guerre qu'ils mènent a pour objectif la balkanisation

Jean Marc Kabund
Jean Marc Kabund

Bien qu’opposé à la gouvernance de l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, président du parti Alliance pour le changement (A.Ch), fait partie des leaders de l’opposition qui dénoncent l’agression rwandaise dont est victime la République démocratique du Congo, à travers la rébellion de l’AFC/M23, dans sa partie Est, en proie à l’instabilité depuis plus de trois décennies.

Cet ancien proche de Félix Tshisekedi estime que les récents propos de Paul Kagame, réclamant des terres à la RDC, doivent interpeller l’ensemble de la classe politique congolaise sur ses véritables intentions. Dans sa communication faite ce samedi 7 février 2026, l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale a affirmé que la guerre menée par la rébellion de l’AFC/M23 vise à balkaniser le pays.

"Les récentes déclarations du Président rwandais Paul KAGAME, affirmant que la RDC aurait indûment bénéficié de terres rwandaises lors de la Conférence de Berlin, devraient interpeller tout Congolais animé par un véritable esprit patriotique. Ces propos, que certains banalisent, constituent en réalité un pas dangereux vers la balkanisation de notre pays. Toute la classe politique congolaise doit les considérer comme une déclaration de guerre stratégique. Ceci devait plus interpeller ceux des congolais qui sont à l'AFC/M 23, ils doivent comprendre que la guerre qu'ils mènent a pour objectif la balkanisation de notre pays. Paul Kagame ne mène pas un combat conjoncturel contre un régime en place en RDC", a fait remarquer JM Kabund a Kabund, ancien cadre de l'UDPS/Tshisekedi

Pour lui, cette guerre s’inscrit, au contraire, avec l’appui de certaines multinationales, dans une stratégie de long terme, mûrie, structurée et planifiée, visant à arracher la partie Est de la RDC.

"Il a su exploiter le désordre institutionnel, l'anarchie étatique, la fragilité structurelle et la traîtrise des certains congolais en quête du positionnement personnel, qui caractérisent la RDC depuis la Deuxième République, pour installer le chaos dans l'Est de notre pays, tout en organisant le sien, en le présentant comme un État stable, organisé, avec un climat des affaires attractif. Ainsi, il a convaincu les multinationales qu'il est plus simple, plus rentable et plus sécurisé pour eux d'acheter les minerais du Congo au Rwanda, plutôt qu'en RDC, où elles se heurtent aux lourdeurs administratives, à l'insécurité juridique, à l'injustice et à la corruption systémique", a déclaré Jean-Marc Kabund a Kabund

De fil en aiguille, a-t-il poursuivi, ces multinationales, qui détiennent une part déterminante du pouvoir réel dans le monde, finissent par soutenir la cause rwandaise auprès des grandes puissances, malgré les multiples atrocités commises sur le sol congolais. Selon lui, comme le dit l’adage, l’argent n’aime pas le bruit.

"Pendant plus de trente ans, la classe politique congolaise n'a pris aucune mesure sérieuse et structurante pour faire face à la menace rwandaise. Nous avons plutôt assisté à l'émergence d'une classe politique divisée, affairiste, prédatrice, composée d'hommes et de femmes sans véritable culture de l'État, sans conscience de l'intérêt général, et sans vision stratégique nationale. Face à cela, notre réponse face au Rwanda ne peut être conjoncturelle, elle doit plutôt être structurelle; le fruit d'un système étatique pensé et planifié dans le temps", a souligné Jean-Marc Kabund a Kabund

Depuis la résurgence de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda et aujourd’hui gestionnaire de vastes pans du territoire national, la classe sociopolitique congolaise reste divisée. Du côté du régime, il est estimé que la crise actuelle que traverse le pays est essentiellement sécuritaire, résultant de l’agression rwandaise, et qu’il n’existe ni crise de légitimité ni crise politique. Dans cette optique, le pouvoir en place ne considère pas le dialogue national inclusif comme une priorité, préférant privilégier les processus de Washington et de Doha comme réponses à la crise.

De l’autre côté, une frange importante des partis politiques de l’opposition estime que la crise actuelle découle de la mauvaise gouvernance du président Félix Tshisekedi ainsi que de ses choix politiques et diplomatiques jugés inefficaces, lesquels auraient conduit à la dégradation de la situation sécuritaire, sans toutefois toujours faire explicitement mention du Rwanda comme principal soutien de la rébellion de l’AFC/M23. Ces partis considèrent le dialogue national inclusif comme l’unique alternative face aux " insuffisances " des initiatives diplomatiques internationales. D’autres acteurs politiques, à l’instar de Martin Fayulu, reconnaissent l’agression rwandaise tout en militant pour la tenue d’un dialogue national inclusif.

Les médiateurs CENCO-ECC, qui font l’unanimité au sein de l’opposition pour conduire ce dialogue, sont en revanche contestés par le régime de Félix Tshisekedi, lequel les accuse de manquer de neutralité et de ne pas reconnaître clairement l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23.

Clément MUAMBA