Guerre de l’AFC/M23 : "une balle a percé mes deux jambes", la vie d'un soldat congolais a basculé en une journée à Fizi

Un soldat blessé au front à Fizi
Un soldat blessé au front à Fizi

Loin de sa province d'origine, l'ancienne grande Équateur, Mitterrand Pamwanza Ubingo, jeune soldat de 24 ans, a reçu une balle la journée du 27 janvier sur la première ligne de front de l'armée congolaise qui combat Twirweneho, un groupe armé allié aux rebelles de l’AFC/M23 aux environs de Fizi, dans la province du Sud-Kivu. Il a parcouru, à bord d'une moto, plus de 50 kilomètres, blessé et épuisé à la recherche d'une prise en charge médicale adéquate. 

Visage serein, allongé sur son lit de malade avant l'intervention chirurgicale, il se rappelle qu'il avait son arme AK47 “en pleine patrouille de reconnaissance”, avant les affrontements qui ont éclaté. Le jeune soldat de deuxième classe se désole d'avoir abandonné la ligne du front au  moment crucial mais reste tout de même rassurant de l’accomplissement de la mission par ses compagnons d'armes. 

"Nous étions dans les montagnes surplombant le village de Kichula en pleine patrouille de reconnaissance. Du coup, nous avons été attaqués par des miliciens alliés à l’AFC/M23. Au moment de la réplique, j'ai reçu une balle qui a traversé de ma jambe droite à la jambe gauche. Amené auprès des soignants militaires, l'unique solution était mon évacuation vers l'hôpital général de Fizi. En cours de route, j'ai enduré des douleurs à cause des secousses. Avoir des difficultés pour poser mes deux pieds sur terre et marcher, c'est l'inquiétude qui me perce le cœur", a-t-il dit à ACTUALITE.CD. 

Sous une tente implantée pour des blessés par balle, Mitterrand a perdu son sourire mais pas son courage. Réconforté par son jeune compagnon d’arme qui assure la garde malade, il plaide pour un appui du gouvernement aux soldats engagés à la première ligne de front qui, contre vents et marées, militent pour défendre l'intégrité du territoire national. 

"Je ne sais pas ce qui m'attend après le diagnostic des médecins, mais ma vie a basculé et je suis sûr de rejoindre mes compagnons d'armes après cette étape douloureuse. Que le gouvernement nous aide sur les lignes de front. Nous avons la force et le mental pour défendre le pays, mais nous faisons face à des défis", a-t-il souligné, allongé sur son lit de malade.

Un jour après l'interview, Mitterrand Ubingo passe par la salle d'opération. C'est le Dr. Richard Luanza qui se charge du débridement pour retirer les tissus morts de plaies. Quelques minutes avant l'intervention chirurgicale, il s'exprime succinctement:

"Depuis son admission, il s'est constaté qu'une balle a percé ses jambes. Son cas fait partie de cas fréquents. Nous recevons beaucoup de patients touchés à la cuisse et d'autres membres. Lors de cette opération, nous verrons s'il y a des artères qui saignent, on tentera d'arrêter les saignements", a confié le médecin.

Après une chirurgie réussie, Mitterrand Ubingo s'ajoute à des dizaines d'autres blessés par balle pris totalement en charge par le Comité International de la Croix Rouge (CICR ). Au-delà des soins de santé, il recevra un accompagnement psychosocial tout au long de son hospitalisation. 

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Dieubon Mughenze, envoyé spécial à Fizi