Conformément aux dispositions de l’article 115 de la Constitution, qui prévoit que lorsque le 15 mars ou le 15 septembre est férié ou tombe un dimanche, l’ouverture de la session a lieu le premier jour ouvrable suivant, et étant donné que le 15 mars 2026 tombe un dimanche, la session de mars s’ouvre ce lundi 16 mars 2026 dans les deux chambres du Parlement, à savoir l’Assemblée nationale et le Sénat, au Palais du Peuple, à Kinshasa.
Situation sécuritaire en ligne de mire
Au regard des enjeux actuels et des défis auxquels la République démocratique du Congo est confrontée, cette session parlementaire s’ouvre dans un contexte politique, économique et sécuritaire tendu. Après trois mois de vacances parlementaires, députés et sénateurs devront examiner plusieurs dossiers au cours des trois prochains mois.
Parmi les sujets prioritaires figure notamment la situation sécuritaire dans l’Est du pays, marquée par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 et l’occupation de vastes portions des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Cette situation est aggravée par les crimes de masse perpétrés par les ADF-NALU, la CODECO et d’autres milices armées, accentuant la souffrance des populations du Nord-Kivu et de l’Ituri, malgré l’état de siège en vigueur et les opérations militaires conjointes menées avec l’armée ougandaise.
Par ailleurs, les exactions des milices Mobondo continuent de sévir dans les provinces du Kwilu, du Kwango et du Mai-Ndombe. À cela s’ajoutent les attaques récurrentes des coupeurs de route qui sèment la terreur dans la province du Kongo-Central.
S’ajoutent également les tensions liées à la présence des groupes Mbororo dans les provinces du Haut-Uele, du Bas-Uele et du Nord-Ubangi, ainsi que diverses tensions communautaires observées dans plusieurs régions du pays. L’ensemble de ces facteurs entraîne des déplacements massifs de populations et contribue à l’aggravation significative des besoins humanitaires.
Dans le même registre, la situation sécuritaire demeure également préoccupante dans les grands centres urbains, notamment à Kinshasa, où le banditisme urbain constitue une source persistante d’insécurité pour la population. Malgré l’intensification de l’opération Ndobo menée par le gouvernement à travers le ministère de l’Intérieur et le satisfecit affiché par le ministre sur le terrain, la réalité reste préoccupante et la situation continue de se détériorer, nécessitant l’implication active des élus et une pression accrue des parlementaires sur le gouvernement de la République.
Accords de Washington enfin à l’ordre du jour
Autre dossier inscrit à l’ordre du jour : l’examen des projets de ratification, notamment l’Accord de partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis, ainsi que l’accord de paix signé sous les auspices des États-Unis avec le Rwanda.
Ces textes, portant sur les partenariats stratégiques et attendus depuis plusieurs mois au Parlement, concernent notamment les minerais stratégiques, les investissements et le développement des chaînes de valeur.
Ils suscitent une attention particulière des deux chambres du Parlement, qui entendent en évaluer les implications économiques et souveraines pour le pays. C’est dans ce cadre que le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, a exprimé le vœu d’harmoniser les initiatives diplomatiques entre le gouvernement et son institution.
Retard de paiement des salaires des fonctionnaires
Cette session s’ouvre également dans un contexte où les fonctionnaires de l’État congolais font face, depuis plusieurs mois, à des retards récurrents dans le paiement de leurs salaires. Les causes de ces retards sont analysées de différentes manières dans l’environnement sociopolitique et économique du pays.
Pour le député national et professeur à la Faculté des sciences économiques, Gode Mpoy, le problème serait plus profond que ce que certains semblent penser. Lors de récents passages dans des médias locaux, il a expliqué que la question du taux de change serait au cœur du problème.
Selon lui, la masse salariale aurait été calculée sur la base d’un dollar américain équivalant à environ 2 850 francs congolais. Avec l’appréciation du franc congolais, les recettes perçues en dollars, une fois converties en monnaie locale, rapporteraient moins que prévu. Ce décalage créerait ainsi un manque à gagner, compliquant le paiement régulier des agents.
Ces affirmations ont longtemps été rejetées par le gouvernement, avant que ce dernier ne reconnaisse finalement les difficultés rencontrées dans le paiement des fonctionnaires. L’exécutif justifie cette situation par des problèmes de trésorerie dans un contexte de dépenses croissantes, notamment celles liées à la sécurité et à la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est du pays.
Cette session offre donc aux élus l’occasion d’évaluer l’exécution budgétaire du premier trimestre de l’année, tant au niveau des recettes que des dépenses publiques.
Légiférer et exercer le contrôle parlementaire
Par ailleurs, l’examen des projets et propositions de lois figurera également à l’ordre du jour de cette session.
Le contrôle parlementaire sera au cœur des débats. Les membres du gouvernement ainsi que les gestionnaires des entreprises et établissements publics seront appelés à répondre aux préoccupations des députés nationaux et des sénateurs à travers des questions orales, écrites ou des interpellations portant sur la gestion des affaires publiques.
Vers un dépôt de la pétition contre Bahati Lukwebo ?
Autre dossier sensible de cette session : la pétition réclamant le départ de Modeste Bahati Lukwebo du bureau du Sénat de la République démocratique du Congo.
Quelle suite sera réservée à cette démarche ? Selon son initiateur, plusieurs sénateurs ont déjà apposé leur signature sur ce document visant le deuxième vice-président de la chambre haute et attendent l’ouverture de la session pour le déposer, en dépit des excuses présentées par l’intéressé.
À l’origine de cette initiative se trouve le sénateur Dany Kabongo. Ce dernier reproche à Modeste Bahati Lukwebo d’avoir tenu des propos jugés « incorrects » et « empreints d’un manque de respect » envers le président de la République, Félix Tshisekedi.
La controverse fait suite aux déclarations de Bahati Lukwebo, dans lesquelles il exprimait son opposition à un changement ou à une révision de la Constitution, un sujet qui alimente actuellement le débat politique à l’occasion du 20ᵉ anniversaire de son entrée en vigueur, célébré en février 2026.
Rapports des institutions d’appui à la démocratie
D’autres dossiers, tels que les catastrophes naturelles, la situation humanitaire des Congolais déplacés internes et externes, ainsi que les rapports d’activités des institutions d’appui à la démocratie, figureront également à l’ordre du jour de cette session de mars.
Aimé Boji Sangara, qui a succédé à Vital Kamerhe, est particulièrement attendu sur la manière dont il conduira les travaux de l’Assemblée nationale, ainsi que sur la gestion des différents dossiers qui seront examinés au cours de cette session dans les deux chambres du Parlement.
Rappelons que la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, était revenue sur le suivi des recommandations parlementaires et la coordination de l’agenda législatif du gouvernement en perspective de la session ordinaire de mars 2026.
Elle avait lancé cet appel lors de son intervention à la réunion du Conseil des ministres tenue le vendredi 20 février 2026 à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa.
À cette occasion, la cheffe de l’exécutif central avait attiré l’attention des membres du gouvernement sur deux exigences majeures : la redevabilité institutionnelle et la nécessaire coordination de l’action gouvernementale avec le Parlement, à l’approche de la session principalement consacrée au contrôle parlementaire.
Selon Judith Suminwa, des recommandations ont été transmises aux ministères sectoriels en vue de leur prise en charge et de l’élaboration de réponses appropriées.
Dans cette perspective, elle a insisté sur la nécessité de transmettre en temps utile les différentes initiatives législatives portées par les membres du gouvernement afin qu’elles soient inscrites à l’agenda législatif.
Dans le même registre, la Première ministre a appelé, dans sa communication devant les membres du gouvernement central, à l’engagement et à la diligence de chacun afin de garantir une coordination efficace avec le Parlement, tant avec l’Assemblée nationale qu’avec le Sénat.
La reprise des activités parlementaires mettra également fin aux effets de la loi d’habilitation adoptée par les deux chambres du Parlement et promulguée par le chef de l’État en décembre dernier. Cette loi avait pour objet de permettre au gouvernement de légiférer par ordonnances-lois pendant la période des vacances parlementaires, conformément aux dispositions de l’article 129 de la Constitution.
Clément MUAMBA