L’ECC réitère sa demande de mise en œuvre du pacte social pour la paix et la construction de consensus entre acteurs socio-politiques 

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Alors qu’il peine toujours à faire l’unanimité dans l’environnement sociopolitique, notamment du côté du pouvoir en place représenté par l’administration de Félix Tshisekedi, le Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans la région des Grands Lacs continue de bénéficier du soutien de ses initiateurs. L’initiative a une nouvelle fois reçu l’appui de l’Église du Christ au Congo (ECC) à l’issue de la 65ᵉ session ordinaire du Comité exécutif national de l’Église, tenue du 11 au 15 mars 2026 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

Cette initiative, portée conjointement par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), vise à instaurer une paix durable, à renforcer la cohésion nationale et régionale et à promouvoir le bien-vivre ensemble dans la région des Grands Lacs, marquée par des décennies de conflits. Appelant à l’humilité, à la solidarité et à un sursaut collectif dans un contexte marqué par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23 et d’autres formes de crises, l’ECC plaide pour la construction d’une paix durable en RDC.

"Prenons conscience que depuis 1960, notre Nation peine toujours à bâtir une paix durable et à mettre en place des systèmes efficaces et capables de nous faire parvenir à notre bonheur collectif; Sachons que seule notre conscience collective éclairée nous sauvera de l'obscurité de ce siècle; Réitérons notre soutien indéfectible à l'initiative du Pacte social pour la paix et le bien-vivre-ensemble en RDC et dans la région des Grands-Lacs; Disons-le d'une seule et même voix: « Nous voulons la Paix et la Paix la plus durable ». Ce pays, reçu du Seigneur, est notre unique héritage. Gardons-nous d'en être les fossoyeurs par un suicide collectif", lit-on dans la déclaration finale.

Au cours de cette rencontre, le Comité exécutif national de l’Église du Christ au Congo a dressé un tableau sombre du paysage socio-politique, socioéconomique et sécuritaire du pays. Abordant le point lié au contexte sécuritaire et sociopolitique, l’Église du Christ au Congo (ECC) rappelle que la situation sécuritaire et humanitaire demeure préoccupante dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo.

L’Église souligne que l’occupation des villes de Goma et Bukavu, ainsi que de plusieurs localités par les forces de l’AFC/M23 soutenues par l’armée rwandaise, continue d’alimenter une grave instabilité dans l’Est de la République démocratique du Congo. Selon l'ECC, cette situation est aggravée par les crimes de masse perpétrés par les ADF, la CODECO et d'autres milices armées, augmentant ainsi la souffrance des populations des provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. 

Plus encore, l'église indique que les exactions des milices Mobondo continuent à sévir dans les Provinces du Kwilu, du Kwango et du Mai-Ndombe, sans oublier les attaques récurrentes des coupeurs de route qui sèment la terreur dans la Province du Kongo-Central. A cela s'ajoutent les tensions liées à la présence des groupes Mbororo dans les Provinces du Haut et Bas-Uele, ainsi que diverses autres formes de tensions communautaires observées dans plusieurs régions du pays. 

"La situation politique interne, caractérisée par la fragilisation de la cohésion sociale, compromet les efforts de la construction d'une paix durable et d'un vivre-ensemble harmonieux. Cela souligne l'urgence et la pertinence de mettre en œuvre des initiatives pastorales axées sur la transformation des conflits, la construction des consensus raisonnables entre acteurs sociopolitiques et le renforcement de la résilience des populations affectées", insiste l'ECC dans sa déclaration finale.

Si pour Kinshasa, la tenue d’un dialogue national inclusif ne semble pas constituer une urgence, privilégiant plutôt les initiatives internationales, notamment les processus de Washington et de Doha, des partenaires traditionnels de la RDC continuent d’insister sur la nécessité d’un dialogue entre Congolais afin d’accompagner les initiatives en cours menées par les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar, avec l’appui de l’Union africaine.

La dernière interpellation était du Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs (ICG). S’exprimant ce jeudi 5 mars sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, la Belgique, le Danemark, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique, membres de ce groupe, ont salué les consultations annoncées par l’Angola.

La République d’Angola avait officiellement reçu le mandat d’engager des consultations avec les différentes parties congolaises en vue de préparer un dialogue intercongolais. Il s’agissait de l’une des résolutions issues de la rencontre de Luanda, qui a réuni le président angolais João Lourenço, à l'époque président en exercice de l’Union africaine (UA), son homologue congolais Félix Tshisekedi, le chef de l’État togolais Faure Essozimna Gnassingbé, médiateur de l’UA dans la crise congolaise, ainsi qu’Olusegun Obasanjo, représentant les cinq anciens Chefs d’État désignés comme facilitateurs du processus de paix en RDC.

Dans une communication faite  mercredi 11 février 2026, la Présidence angolaise a fait le point sur cette recommandation. Luanda a promis de révéler, en temps voulu, le lancement de la phase préparatoire de ce dialogue tant attendu dans l’environnement sociopolitique congolais, en vue d’appuyer les processus de Washington ainsi que celui de Doha. Depuis cette annonce, il se constate que le processus reste au point mort sans un réel avancement du dossier

Les positions des acteurs politiques congolais divergent fortement. Le pouvoir défend un dialogue encadré, piloté par les institutions de la République, excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel et toute forme d’impunité. À l’inverse, le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi rejette un dialogue conduit par le pouvoir et estime qu’il ne peut être crédible que sous l’égide du tandem formé par la CENCO et l’ECC, à l’origine d’une feuille de route commune pour un dialogue national. Cette formation qualifie le schéma présidentiel de « simulacre de dialogue ». C’est aussi la position de Martin Fayulu qui insiste sur le rôle des églises.

Les confessions religieuses, en particulier la CENCO et l’ECC, défendent une approche inclusive du dialogue, tout en affirmant que l’inclusivité ne signifie pas l’impunité. Elles évoquent la possibilité de mécanismes de justice transitionnelle et appellent à un dialogue rapide afin d’éviter l’enracinement des groupes armés dans les zones occupées. D’autres acteurs de la société civile soulignent, à l’instar de responsables associatifs, que le dialogue « n’est pas une blanchisserie », tout en reconnaissant la nécessité d’un cadre de discussion pour sortir de l’impasse.

À ce stade, le dialogue national n’est toujours pas convoqué. Les initiatives diplomatiques parallèles, notamment les processus de Washington et de Doha, progressent sur le plan politique, mais sans résultats tangibles sur le terrain, où la situation sécuritaire demeure dégradée dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le mandat confié à l’Angola apparaît ainsi comme la principale séquence opérationnelle en cours, dans un contexte de méfiance persistante et de divergences profondes entre les acteurs congolais.

Clément MUAMBA