RDC : le BCNUDH recense plus de 500 individus détenus par les services de renseignements dont 320 à l’EMRM

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Dans son analyse de la situation des droits humains en République démocratique du Congo, couvrant la période du 1er janvier au 31 décembre 2025, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) pointe du doigt les services de renseignements civils et militaires comme des acteurs majeurs des violations des droits de l’homme.

Selon ce document, parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD, jeudi 12 mars, des civils et des militaires ont été arrêtés et détenus par l’ANR, le CNC et l’État-major des renseignements militaires (EMRM), sans supervision d’un juge, ni accès à un avocat, encore moins à leurs familles ou aux soins de santé. La branche des Nations unies en charge des droits de l’homme en RDC révèle également des cas de tortures physiques et psychologiques infligées aux détenus au cours de la période sous revue.

" Le BCNUDH dispose actuellement d'une liste de 503 individus détenus par ces services : 320 à l'EMRM, 33 à l'ANR et 150 au CNC. Certains d'entre eux sont privés de liberté depuis 2023  pour des raisons diverses, notamment des actions liées à l'espace civique, la dégradation de la situation sécuritaire dans les provinces de l'Est, ou encore pour des infractions présumées portant atteinte à l'autorité de l'État. Toutefois, de nombreuses personnes seraient détenues pour des motifs n'entrant pas dans le mandat légal de ces agences ", rapporte le BCNUDH. 

Bien que dépourvu de compétence légale explicite en matière d’arrestation et de détention, le rapport révèle que le Conseil national de cyberdéfense (CNC), service spécialisé rattaché à la Présidence de la République, a procédé à des interpellations et à des détentions de longue durée, sans contrôle judiciaire et sans que les détenus puissent consulter un avocat ou contacter leurs proches.

" Les entretiens menés par le BCNUDH auprès des familles de victimes et d’autres sources crédibles indiquent que les personnes appréhendées étaient soupçonnées d'affiliation avec l'ancien président Joseph Kabila ou l'ancien Premier ministre Matata Ponyo, d'avoir publiquement critiqué une mesure officielle, ou encore d’être impliqués dans des conflits fonciers ou différends financiers. Les détenus sont maintenus dans des lieux de détention non officiels à Kinshasa, sans accès à leur famille ni à un conseil juridique ", précise le document. 

D'après le rapport toujours, certains ont fait état d'actes de torture physique et de simulacres d'exécution durant leur captivité. Le BCNUDH poursuit son plaidoyer auprès des autorités compétentes pour que toutes les personnes détenues dans ces conditions, et dont le  nombre pourrait être plus élevé, soient transférées vers les autorités judiciaires compétentes et les affaires les concernant suivant la procédure légale prévue par la législation du pays.

Clément MUAMBA