Après près plus d’un mois de déplacements forcés suite aux affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda ayant conduit à l’occupation d’Uvira, les autorités locales ont commencé à regagner cette ville côtière du Sud-Kivu.
Le maire de la ville d’Uvira Kifara Kapenda Kiki qui est retourné jeudi s’est exprimé sur l’évolution de la situation sécuritaire, le retour de l’administration publique et la reprise progressive des activités.
Selon l’autorité urbaine, le retour à Uvira s’est effectué sans incident majeur malgré les violences armées ayant marqué les semaines précédentes.
« Cela fait à peu près quarante jours que nous avions fui la guerre à Uvira vers le Burundi voisin. Aujourd’hui nous revenons et il n’y a eu aucune explosion, ni attaque à notre arrivée », a déclaré le maire.
Il a affirmé que les troupes de l’AFC/M23 ont quitté Uvira, tout en soulignant que la situation demeure fragile.
« Ceux qui occupaient la ville ont décidé de quitter Uvira. Ils sont sortis mais ils ne sont pas loin, ils nous observent encore », a-t-il précisé.
Le maire a indiqué que sa présence dans la ville est un signal du rétablissement progressif de l’autorité publique.
« Ma présence à Uvira prouve que l’État est revenu dans la ville. Je suis revenu malgré une sécurité encore fragile parce que je réponds aux ordres et mon retour c’est pour préparer le terrain pour les nombreux déplacés qui sont au Burundi et qui vont rentrer ici », a-t-il expliqué.
Évoquant les exactions commises durant les affrontements, l’autorité urbaine a reconnu l’existence de dérives, tant au sein des forces régulières FARDC, que parmi les groupes d’autodéfense « wazalendo »
« Il y a de bons et de mauvais partout, dans les FARDC comme chez les wazalendo. Certains se font passer pour des militaires pour piller la population mais il y a ceux qui sont là pour nous protéger. Avec ce que nous avons vécu ici, je crois que nous avons tiré des leçons et nous allons nous améliorer », a-t-il indiqué, rappelant que des pillages avaient déjà été enregistrés lors de précédents épisodes d’insécurité dans la ville d’Uvira avec les unités guépards de l’armée.
Selon Kifara, les rebelles de l’AFC/M23 ayant occupé la ville ont systématiquement ciblé les symboles de l’État.
« En arrivant ici, les rebelles ont tout pillé et voulu tuer l’État pour qu’il n’existe plus. Quand je suis arrivé à l’état civil, j’ai failli pleurer, ils ont voulu nous effacer ».
Sur la situation humanitaire, il a confirmé l’ampleur des déplacements de la population, notamment vers le Burundi.
« Une très grande partie de la population avait fui Uvira, surtout vers le Burundi. Aujourd’hui la ville est encore timide mais nous sommes venus préparer le terrain pour que les activités reprennent normalement et que tout le monde rentre à la maison car le nombre des déplacés qui sont au Burundi est trois fois plus que ceux qui sont restés dans la ville d'Uvira », ajoute le maire.
Abordant la question des tensions communautaires, l’autorité urbaine a rejeté toute accusation de tribalisme, affirmant que certaines communautés n’ont pas été ciblées.
« Les familles banyamulenge sont ici à Uvira. Personne n’a été chassé. Ceux qui sont restés ont été protégés par leurs frères congolais », a-t-il soutenu, avant d’insister « Il n’y a pas de tribalisme à Uvira. Dire le contraire est faux. »
Le maire a enfin appelé les autorités locales et la population à tirer les leçons des événements récents, en reconnaissant les erreurs commises et en travaillant à la restauration durable de la stabilité dans la ville.
Yvonne Kapinga