Eléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, attendue à Kinshasa : la RDC va-t-elle exprimer son ambition de briguer le secrétariat général de l’OIF ?

Francophonie

Le Sommet de la Francophonie, prévu au Cambodge les 15 et 16 novembre 2026, constitue une opportunité pour les États et gouvernements membres de désigner la personne appelée à diriger l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). L'ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, actuellement en poste, est candidate pour un troisième mandat, conformément à l'option levée par le gouvernement rwandais, selon Olivier Ndungihire, ministre rwandais des Affaires étrangères, lors d’un entretien avec Jeune Afrique.

Au lendemain de l’officialisation de la candidature de l’ancienne cheffe de la diplomatie rwandaise pour un troisième mandat, le ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, chargé de la Francophonie et de la Diaspora, M. Crispin Mbadu Phanzu, s’est entretenu, jeudi 15 janvier 2026 à Kinshasa, avec Rémi Maréchaux, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française en République démocratique du Congo.

Sur son compte X, M. Mbadu Phanzu a précisé que cette rencontre s’inscrivait dans le cadre normal du renforcement des relations diplomatiques et portait essentiellement sur des sujets d’intérêt commun, notamment : la confirmation de la visite prochaine à Kinshasa de son homologue française, Madame Eléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, prévue pour le 1er février 2026, ainsi que sur les questions relatives à la Francophonie dans toutes ses dimensions, notamment sa gestion, ses perspectives et l’élection prochaine du secrétaire général de l’OIF.

"Je suis venu informer le ministre de la prochaine visite de son homologue française, la ministre déléguée à la Francophonie, qui se rendra ici au mois de février afin d’échanger sur les prochaines grandes échéances de notre organisation commune", a déclaré à l'issue de l'entretien le diplomate français Rémi Maréchaux.

Cette nouvelle élection, prévue pour le mois de novembre, s'annonce dans un contexte de tensions croissantes entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Kinshasa reproche à Kigali son soutien à la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe actuellement de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. De son côté, Kigali accuse Kinshasa de collaborer avec les FDLR, considérées comme des forces génocidaires et une menace pour sa sécurité. En dépit de la signature des accords du Washington sous les auspices de l'administration Trump, des tensions persistent. 

Se référant aux déclarations du ministre délégué congolais Crispin Mbadu, évoquant ses échanges avec le diplomate français sur les questions relatives à la Francophonie dans toutes ses dimensions, de nombreux observateurs y voient une volonté affichée par Kinshasa de tenter de bloquer le troisième mandat de Louise Mushikiwabo, en préparant éventuellement la présentation d’une candidature pour le compte de la RDC.

Même si officiellement cette question n’est pas encore évoquée par le gouvernement congolais, beaucoup s’interrogent : le séjour à Kinshasa de Madame Eléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, pourrait-il être l’occasion pour Kinshasa d’exprimer à la France son désir de concourir à ce poste ? Ce poste, souvent méconnu du grand public, occupe pourtant une place centrale dans l’équilibre politique et diplomatique de l’espace francophone, au regard du poids démographique de la RDC au sein de la Francophonie.

Déjà, dans une tribune publiée en juillet de l’année dernière sur ACTUALITE.CD, Mabiala Ma-Umba, expert-consultant indépendant et ancien directeur de l’éducation et de la jeunesse à l’OIF, révélait que la RDC a toutes les chances de produire le prochain Secrétaire général de la Francophonie, à condition de présenter la candidature d’une personne jouissant d’une crédibilité et d’un rayonnement indéniables, tant sur le plan international que dans le monde francophone et au-delà.

Selon lui, le Secrétaire général de la Francophonie a rang de chef d’État. Aujourd’hui, les États membres recherchent un Secrétaire général capable de redonner à l’organisation ses lettres de noblesse, à l’instar du Président Abdou Diouf. Ce n’est pas nécessairement un ancien chef d’État, mais une personnalité inspirante, reconnue mondialement pour son engagement en faveur de l’humanité, de la paix, de la démocratie, des droits de l’homme et de la bonne gouvernance, respectée à la fois par les chefs d’État et par les citoyens

Mabiala Ma-Umba rappelle également que le Secrétaire général est la clef de voûte des institutions de la Francophonie. Il remplit ses fonctions de manière indépendante, au service de l’ensemble des États membres. En tant qu’organisation multilatérale, l’OIF est un lieu de confrontation d’intérêts divers, à l’image des Nations unies, et chaque État membre y défend ses positions. Le Secrétaire général joue alors un rôle de « facilitateur », aidant les États membres à parvenir à un consensus sur des questions d’intérêt commun. Les décisions de l’OIF se prennent habituellement, et de préférence, par consensus.

Dans un contexte où Kinshasa a enregistré plusieurs succès diplomatiques sur la scène internationale  notamment son élection comme membre du Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour le mandat 2025-2027 avec 172 voix sur 190 votants, son élection comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour le mandat 2026-2027, ainsi que l’exercice d’autres responsabilités, comme la vice-présidence de la dernière Assemblée générale de l’ONU , ces succès pourraient-ils constituer une motivation supplémentaire pour la RDC afin de tenter sa chance au secrétariat général de l’OIF et de bloquer un troisième mandat de la Rwandaise Louise Mushikiwabo ?Seul l’avenir nous le dira, le moment venu.

La Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, communément appelée « Sommet de la Francophonie », est l’instance suprême de la Francophonie. Le Sommet fait partie des trois instances consacrées par la Charte de la Francophonie (article 2), avec la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) et le Conseil permanent de la Francophonie (CPF).

Le Sommet se réunit tous les deux ans et est présidé par le chef d’État ou de gouvernement du pays hôte jusqu’au Sommet suivant. Il statue sur l’admission de nouveaux membres de plein droit, de membres associés et de membres observateurs à l’OIF.

Il définit les orientations de la Francophonie dans un cadre stratégique décennal afin d’assurer son rayonnement dans le monde. Le Sommet adopte toute résolution qu’il juge nécessaire au bon fonctionnement de l’organisation et à la réalisation de ses objectifs. Il élit également le ou la Secrétaire général(e) de la Francophonie.

Clément MUAMBA