Ancien commandant de la Troisième Zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo, couvrant les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo, le lieutenant-général Philémon Yav Irung fait l’objet, selon l’auditeur général des FARDC, de plusieurs accusations graves ayant conduit à son arrestation il y a près de trois ans. Ces accusations portent notamment sur des faits de trahison, d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.
Selon l’organe poursuivant, le prévenu aurait posé des actes constitutifs de trahison en entretenant des intelligences avec une force étrangère, plus précisément le Rwanda.
Interrogé par la Haute Cour militaire lors de l’audience du mardi 20 janvier 2026, le lieutenant-général Philémon Yav Irung a rejeté l’ensemble des accusations portées par le ministère public. L’ancien commandant de la troisième zone de défense a toutefois reconnu avoir reçu un message dont le contenu serait différent de celui avancé par le ministère public. Selon lui, ce message provenait d’un numéro inconnu et non enregistré dans son répertoire. Il a précisé que ce même message a été envoyé au général-major Peter Cirimwami Nkuba, alors commandant du secteur opérationnel Sokola II, chargé de superviser les opérations de contre-insurrection au Nord et au Sud-Kivu.
"Je vois le message qui a été écrit et qui nous accuse de coopérer avec les militaires des FDLR pour déstabiliser le Rwanda. Nous terminons la réunion, Peter Cirimwami vient vers moi. Il vient avec le message, lui-même dit qu'il s'agit de la guerre psychologique, c'est le mot qu'il a utilisé. Moi, je viens vers vous pour vous dire ce que l’on est en train d’utiliser contre moi. On m’accuse d’utiliser les FDLR dans les opérations. Je réponds à Cirimwami effectivement pendant que nous étions en réunion, j’ai reçu un message comme ça sur mon téléphone que je ne connaissais pas. C’était un message dont je n’avais pas les contacts, un message inconnu sur mon téléphone", a réagi le général Yav Irung devant la Haute Cour.
Selon le général Yav Irung, c’est à l’audience de la Haute Cour qu’il a appris l’existence du message que l’organe poursuivant lui impute. À l'en croire, il n’a jamais reçu de message contenant un plan contre le pays provenant de l’entourage des officiels rwandais.
"Moi, je dis que c’est quelque chose que j’ai entendu pour la première fois. C’est ce message-là. Je voulais bien confirmer avoir reçu un message parlant d’une utilisation, provenant d’un inconnu, un message dont l’auteur était inconnu. Le message que le ministère public est en train de m'accuser faussement, je ne l’ai pas. Je ne l’ai jamais vu dans mon téléphone. Qu'il me prouve ici la véracité de ce message, mais moi, je faisais allusion à ma discussion avec mon subordonné sur le terrain. Il s’agissait des FDLR et non d'un plan quelconque avec James Kabarebe que je ne connais pas", a souligné le général Yav.
Bien avant cette nouvelle étape, la Haute Cour militaire a rendu sa décision concernant les moyens de forme soulevés par les avocats du Lieutenant-général Philémon Yav, ancien Commandant de la troisième zone de défense. Après examen du mémoire unique des avocats du prévenu, déposé devant la Haute Cour et dans lequel ils sollicitaient également la libération de leur client, la juridiction militaire a jugé la requête recevable mais non fondée et a ordonné la poursuite de l’instruction de l’affaire.
Lors de la précédente audience, les avocats du général Yav avaient relevé plusieurs irrégularités : l’incompétence de la haute cour militaire, la poursuite engagée sans autorisation du Président de la République, le caractère arbitraire de l’arrestation de leur client, l’atteinte à sa dignité, des procès-verbaux dressés en violation de la loi. Ils ont sollicité la mainlevée de la détention préventive, l’écartement des débats des prces-verbaux contestés et aussi que la juridiction militaire se déclare incompétente à juger leur client.
Le général Yav Irung est soupçonné d’être en contact avec l’entourage de James Kabarebe. Depuis 2020, il avait été réaffecté dans l’est de la RDC où il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Cette zone stratégique dans le système de défense congolais couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Ce procès s'ouvre près de trois ans après son arrestation en septembre 2022.
Le "Tigre " Philémon Yav est parmi les généraux de l'espace Grand Katanga que plusieurs personnalités politiques notamment Joseph Kabila, ancien Chef de l'État, ne cesse de citer pour démontrer la marginalisation des officiers de cet espace du pays sous le régime de Félix Tshisekedi. Ces allégations ont toujours été rejetées du côté de l'armée congolaise. Selon son porte-parole Sylvain Ekenge, lorsqu'on entre dans l'armée, il n'existe plus de tribu, affirmant que les interpellations et arrestations de certains officiers de l'armée se font dans la ligne droite de la législation militaire.
Clément MUAMBA