Kinshasa : « l’Expo Histoire de la RDC » revisite l’héritage patriotique de Lumumba et rend hommage aux héros nationaux 

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Expo Lumumba au MACM

À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’assassinat de Patrice Émery Lumumba, héros national et premier Premier ministre de la République démocratique du Congo, le Musée d’art contemporain et multimédia (MACM) a organisé, ce samedi 17 janvier, une série d’activités culturelles, artistiques et mémorielles à la tour de l’échangeur de Limete, site emblématique de la mémoire nationale où se dresse la statue à son effigie.

Articulé autour du vernissage de l’Expo Histoire de la RDC, l’événement a rendu hommage à Patrice Émery Lumumba, acteur clé de l’accession du pays à l’indépendance, ainsi qu’aux grandes personnalités ayant marqué le long parcours historique de la République démocratique du Congo.

Organisée par le Musée d’art contemporain et multimédia de l’Échangeur (MACM), en partenariat avec le festival Blue Rock Rumba Reggae et le CRASA, cette exposition s’inscrit dans une démarche à la fois artistique, pédagogique et mémorielle.

Elle se donne pour ambition de retracer l’histoire du pays, des racines précoloniales à l’époque contemporaine, tout en mettant en lumière les luttes, les sacrifices et les idéaux portés par celles et ceux qui ont contribué à la construction de la nation congolaise, au premier rang desquels Patrice Émery Lumumba, figure majeure du combat pour l’indépendance.

« Une journée d’éveil de conscience »

S’exprimant à l’occasion de cette exposition mémorielle, le directeur du Musée d’art contemporain et multimédia de l’échangeur de Limete, Joël Kenda, a qualifié l’événement de « véritable journée d’éveil de conscience ». Selon lui, l’initiative vise avant tout à sensibiliser la jeunesse et l’ensemble de la population à l’importance du patriotisme, à travers la culture et les arts.

À ses yeux, l’exposition se veut un outil pédagogique et citoyen, rappelant que la culture constitue le socle de l’identité et de l’avenir d’un peuple. « Un peuple sans culture est un peuple sans avenir », a-t-il souligné, estimant qu’une société qui renie ses références culturelles est vouée à perdre son âme et, à terme, à disparaître. Pour Joël Kenda, il est inconcevable de penser le devenir d’une nation sans se référer à sa culture, laquelle demeure un instrument essentiel du développement harmonieux et intégré.

Poursuivant son propos, le directeur du musée a établi un parallèle avec le combat de Patrice Émery Lumumba, farouchement opposé à la balkanisation du Congo. À travers les œuvres exposées et les expressions artistiques présentées, il a insisté sur la capacité de la culture à transcender les clivages tribaux et ethniques, rappelant que l’art n’a pas de frontières. « Toutes nos cultures doivent nous rassembler pour bâtir un Congo uni, fort et prospère », a-t-il conclu.

Prenant à son tour la parole, le directeur de cabinet adjoint au ministère de la Culture, Théodore Nganzi, a rappelé la portée intemporelle de l’héritage de Patrice Lumumba.

« En ces circonstances, nous n’honorons pas seulement la mémoire de Patrice Lumumba, mais également son héritage inestimable, qui continue d’inspirer les générations présentes et futures », a-t-il déclaré ; rappelant que Lumumba fut un ardent défenseur de la dignité humaine, en particulier celle de l’homme noir, à travers des paroles fortes et un engagement sans faille.

Représentant de la ministre de la Culture, Théodore Nganzi a ensuite procédé à la coupure symbolique du ruban pour lancer officiellement l’Expo histoire de la RDC, programmée pour une durée de deux mois.

Le Blue Rock Festival Lumumba, une mémoire panafricaine vivante

Cette initiative s’inscrit également dans le cadre du Blue Rock Festival Lumumba, porté par le militant panafricaniste belge Philip Buyck, plus connu sous le nom de "Lumumba". Fondateur de la Librairie Lumumba en Belgique, il revendique plus de vingt ans d’engagement mémoriel en faveur de la reconnaissance du héros congolais.

« Nous avons milité pour une place Lumumba, pour le Lumumba Square et pour la restitution de la dent de Lumumba », rappelle-t-il. Selon lui, ce festival est né de l’idée de relier symboliquement la Jamaïque et le Congo, à travers deux figures emblématiques du panafricanisme : Bob Marley et Patrice Lumumba. Un moyen, dit-il, de sensibiliser la jeunesse à l’unité nationale, pilier central de la pensée politique lumumbiste.

L’un des temps forts de la cérémonie a été la représentation du spectacle « Épopée Lumumba », porté par le Théâtre national en collaboration avec le Crasa. Cette œuvre dramatique retrace les moments clés de l’indépendance du pays.

La programmation artistique s’est poursuivie avec une prestation des Léopards de la SAPE, alliant élégance vestimentaire et performance scénique. S’en est suivie la performance « Bala bala » du groupe Shegue de Jacques Banayanga, réalisée avec des enfants de la rue.

La soirée s’est ensuite prolongée par une visite guidée de l’Expo Histoire de la RDC. Le public a ainsi découvert différents supports retraçant les grandes étapes de l’histoire nationale. La lecture du célèbre discours de Patrice Émery Lumumba, prononcé lors de l’accession du pays à l’indépendance le 30 juin 1960, a constitué l’un des moments les plus marquants de cette séquence mémorielle.

La cérémonie s’est achevée dans une ambiance festive avec un concert réunissant plusieurs formations musicales, notamment Bakolo Music, Yotshi ou encore le Coq Chante.

Entre mémoire, art et engagement citoyen, cette soirée a rappelé que l’héritage de Lumumba demeure une source vivante d’inspiration, invitant les générations actuelles à se réapproprier l’histoire pour mieux construire l’avenir

James Mutuba