Mme Stefanie Van Melis, conseillère politique assurant l’intérim de l’ambassadrice du Royaume de Belgique en République démocratique du Congo, actuellement en déplacement, a reçu ce vendredi 6 mars 2026 à Kinshasa une délégation du Conseil interreligieux congolais (CIC), conduite par son président, l’archevêque Dodo Israël Kamba, ouvrant ainsi la voie aux consultations avec une nouvelle catégorie d’acteurs, notamment les chancelleries accréditées en République démocratique du Congo.
Selon la cellule de communication du CIC, qui a annoncé cette rencontre, les échanges ont porté sur l’initiative des confessions religieuses visant la création d’une commission "Vérité, Réconciliation et Cohésion nationale", appelée à accompagner le dialogue national inclusif en gestation, avant, pendant et après son déroulement, en vue de régler les crises qui rongent le pays, notamment la crise sécuritaire à la base de l’occupation de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda.
À l’issue des échanges, l’archevêque Kamba a déclaré ce qui suit :
« L’ambassade voulait comprendre en profondeur ce que nous proposons et mesurer le bien-fondé de cette démarche. »
Il a également précisé que la discussion avait porté sur l’articulation de cette initiative avec le dialogue déjà annoncé au niveau national.
Par la même occasion, poursuit la cellule de communication du CIC, la délégation du Conseil interreligieux congolais a, au cours de cette rencontre, présenté plusieurs actions déjà entreprises, notamment sa contribution au pacte social porté par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC).
En réaction, ajoute la source citée, la diplomate belge a rappelé l’existence de divers processus internationaux engagés pour la paix dans l’est de la RDC, soulignant que toute nouvelle initiative devrait apporter une valeur ajoutée. L’ambassade de Belgique a indiqué qu’elle examinait les possibilités d’accompagnement de cette démarche.
Il convient de rappeler que, le jeudi 5 mars, soit un jour plus tôt, la délégation du CIC avait également été reçue par le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa. À cette occasion, les échanges ont porté sur la présentation du canevas élaboré par le CIC dans le cadre de son initiative intitulée : « Plaidoyer en faveur des mécanismes de justice, vérité et réconciliation, préalables à un dialogue inclusif ».
En prélude à un dialogue national en gestation, le Conseil interreligieux congolais (CIC), cadre de concertation interconfessionnelle et composante de la société civile soutenant cette initiative, estime que tout dialogue politique intégrant des personnes ayant pris les armes en dehors du cadre constitutionnel devrait être précédé de la mise en place d’une Commission vérité et réconciliation.
S’inspirant de l’expérience sud-africaine, le représentant légal des Communautés Unies du Réveil (CUR), Israël Dodo Kamba, affirme que cette démarche permettrait à la République démocratique du Congo d’éviter la création d’un précédent fâcheux, consistant à légitimer la voie des armes comme moyen acceptable de faire entendre ses revendications sur la scène politique nationale. Selon lui, le dialogue demeure la meilleure opportunité de fédérer les différentes opinions, et un tel mécanisme pourrait inciter les fautifs à reconnaître leurs torts, à demander pardon et à contribuer à l’instauration d’une paix durable.
Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques progressent sur le papier mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA