Évariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi, a dressé un tableau sombre de la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, en particulier en République démocratique du Congo (RDC), marquée par la poursuite de violents combats entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda. Ces affrontements ont entraîné d’importants dégâts humains et matériels, ainsi que la poursuite des conquêtes territoriales par le mouvement rebelle.
Dans son message prononcé jeudi 14 janvier 2026, à l’occasion de la cérémonie d’échange de vœux avec le corps diplomatique et consulaire accrédité au Burundi, le chef de l’État burundais a déploré la dégradation continue de la situation, en dépit des initiatives diplomatiques engagées au niveau international avec l’accompagnement de l’Union africaine. Selon lui, le Burundi figure parmi les pays qui paient un lourd tribut à cette guerre.
"Ici, à côté en République Démocratique du Congo, l’année 2025 a également été marquée par une situation grave liée à cette guerre. Cette guerre a entraîné la conquête et l’occupation de territoires congolais à l’Est, la destruction des infrastructures, le massacre de citoyens congolais innocents avec une violence d’un autre âge, l’anéantissement des activités économiques, ainsi que l’afflux massif de réfugiés dans mon pays, avec un lourd tribut humain. Malgré les initiatives de paix prises, les résolutions adoptées notamment par le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil des droits de l’homme, malgré les accords de Washington et de Doha, ainsi que les initiatives de l’Union africaine, de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la SADC, la situation à l’Est de la RDC demeure plus préoccupante", a fait remarquer dans son discours le chef de l’État burundais Evariste Ndayishimiye.
Face à cette situation, le futur président de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a interpellé les États-Unis d’Amérique, garants des accords de Washington signés entre Kinshasa et Kigali, afin qu’ils accentuent la pression sur les parties en vue du respect des différents engagements pris. Conscient de l'absence de confiance entre les parties concernées, le chef de l’État burundais a ainsi sollicité une implication accrue des États-Unis d’Amérique.
"Lorsque nous étions à Washington pour assister à la signature de l’accord de Washington, tout le monde nourrissait de l’espoir. Mais malheureusement, cet espoir n’a duré que quelques secondes. Les gens ont demandé puisque nous avons déjà remarqué qu'il n'ya pas de confiance à cet accord et ensuite Qu'est-ce que nous allons faire ? Souvent, on me pose cette question, car beaucoup savent que le Burundi connaît bien la situation à l’Est de la RDC. Je leur ai répondu maintenant que nous avions trouvé que les parties n'ont pas confiance en ce qu'ils ont signé, il faut, puisque L'accord est là, il faut que le garant s'active, il faut que les États-Unis qui ont garanti cet accord s'activent pour que toutes les parties respectent les accords signés", a lancé Evariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi.
Cette interpellation intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique a favorisé la poursuite de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur dans la crise congolaise, l’Angola opère actuellement un retour progressif et discret dans le dossier. Luanda a relancé des consultations élargies, multipliant les contacts avec la quasi-totalité des parties prenantes impliquées dans la crise. En dehors de l'Angola, le Togo prévoit d’organiser, ce samedi 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs.
Clément MUAMBA