Depuis plus de trois décennies, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est confronté à une dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire, conséquence de l’activisme des groupes armés locaux et étrangers. Cette situation s’est encore aggravée avec la résurgence de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui occupe de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Déplorant cette situation lors de la cérémonie d’échange de vœux avec le corps diplomatique et consulaire accrédité au Burundi, jeudi 14 janvier 2026, Évariste Ndayishimiye, président du Burundi, a appelé à une implication renforcée des Nations unies, en particulier par un renforcement du mandat de la MONUSCO. Selon lui, la force onusienne devrait être positionnée comme force d’interposition afin d’assurer la sécurité des frontières entre la RDC et le Rwanda.
"Je pense également que si les Nations unies s’impliquent davantage, nous disposons déjà d’un instrument, qui semble être passif la MONUSCO. Si on activait la Monusco pour assurer la force d'interposition réelle, une force neutre d'interposition qui va entre la frontière du Rwanda et celle du Congo, comme ça le Rwanda aura la garantie de ne pas être attaqué, et le Congo pourrait retrouver la paix et entamer un processus de paix intérieur. Il n'est pas possible que le Congo entame le processus de paix tant qu'il n'ya pas de cessez-le-feu, tant qu'il n'ya pas de séparation des forces de désengagement, tant que les combattants ne sont pas cantonnés pour entamer le processus DDR pour que celà soit une réalité, il faut renforcer la force de la MONUSCO pour la rendre plus active comme ça toutes les parties pourront respectées les engagements pris" a plaidé Évariste Ndayishimiye, président du Burundi dans son discours.
Dans son intervention axée sur les initiatives diplomatiques en cours pour la crise dans l’Est de la RDC, Évariste Ndayishimiye a rappelé la nécessité et l’urgence de mettre en œuvre les différentes décisions et résolutions déjà adoptées concernant cette crise. Il a exprimé le vœu que cette situation ne finisse pas par embraser l’ensemble de la région des Grands Lacs.
"Le Burundi appelle également à la concrétisation des décisions issues des sommets des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la SADC, des accords de Washington et de Doha, ainsi que des décisions et recommandations pertinentes de l’Union africaine concernant la situation en RDC, en particulier dans la région des Grands Lacs. Nous prions Dieu pour que cette guerre n’embrase pas toute la région, mais le Burundi en paie déjà le prix. C’est pourquoi le Burundi réitère son appel à la mise en œuvre effective des résolutions déjà adoptées, notamment la résolution 2773 des Nations unies et celle du Conseil des droits de l’homme", a plaidé le président de la République du Burundi.
Cette démarche intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique a favorisé la poursuite de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur dans la crise congolaise, l’Angola opère actuellement un retour progressif et discret dans le dossier. Luanda a relancé des consultations élargies, multipliant les contacts avec la quasi-totalité des parties prenantes impliquées dans la crise. En dehors de l'Angola, le Togo prévoit d’organiser, ce samedi 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs.
Clément MUAMBA