Le gouvernement provincial du Sud-Kivu dénonce des actes de pillage systématique, de spoliation des biens et de violations graves du droit international humanitaire perpétrés par la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, dans la ville et le territoire d’Uvira. Dans une communication rendue publique vendredi 16 janvier 2026, le gouvernement dirigé par le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki qualifie ces faits d’une extrême gravité.
Il estime qu’ils sont révélateurs de l’absence totale de bonne foi dans les déclarations et la correspondance adressées récemment au Secrétaire général des Nations unies par l’AFC/M23. Contrairement aux engagements et à la rhétorique contenus dans ladite correspondance datée du 15 janvier 2026, le gouvernement provincial du Sud-Kivu affirme qu’il est établi qu’à la date même de sa signature, l’AFC/M23 organisait et exécutait des opérations coordonnées de pillage systématique dans la ville d’Uvira et ses environs. Ces agissements démontrent, selon l’exécutif provincial, un mépris manifeste des principes du droit international humanitaire et des droits humains.
"Le Gouvernement Provincial du Sud-Kivu ondamne avec la plus grande fermeté ces actes criminels; Appelle la Communauté internationale, les Nations Unies, l'Union Africaine, la Cour pénale internationale et les organisations de défense des droits humains à documenter ces faits et à engager sans délai, des poursuites contre les auteurs, co-auteurs et complices; Réaffirme la volonté et l'engagement du Président de la République, Chef de l'Etat, Son Excellence Felix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO à protéger les populations civiles et à défendre l'intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo; Enfin, le Gouvernement Provincial du Sud-Kivu rappelle que le silence, l'inaction et la complaisance face à de tels crimes constituent une responsabilité morale et juridique grave", dénonce le gouvernement provincial du Sud-Kivu par le biais de son porte-parole.
Pour le gouvernement provincial du Sud-Kivu, ces actes constituent des violations graves, notamment de l’article 33 de la IVᵉ Convention de Genève, qui interdit le pillage ; de l’article 52 du Protocole additionnel I, qui protège les biens à caractère civil ; ainsi que de l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), lequel qualifie le pillage de crime de guerre. Ils violent également les instruments internationaux relatifs à la protection du droit de propriété et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
Dans la même communication, le gouvernement provincial précise que ces actes criminels aggravent délibérément la crise alimentaire déjà sévèrement ressentie dans la ville et le territoire d’Uvira, ainsi que le coût de la vie, dans une zone désormais coupée de ses circuits normaux d’approvisionnement en denrées de première nécessité et en produits manufacturés. Ils accentuent en outre la vulnérabilité d’une population vivant essentiellement de l’agriculture et de l’élevage, aujourd’hui empêchée d’accéder à ses champs et privée de son cheptel. Bref, il s’agit d’une punition collective, strictement interdite par le droit international humanitaire.
"Le Gouvernement Provincial du Sud-Kivu considère que la destruction systématique des moyens de subsistance, le pillage massif, la spoliation économique et l'asphyxie alimentaire volontaire constituent une stratégie criminelle planifiée, susceptible de qualification en crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Ces actes s'inscrivent dans une logique de destruction indirecte des populations civiles, ce qui conduit sérieusement vers un processus de génocide préparé sous d'autres formes, à travers la famine, la paupérisation extrême et la dépossession généralisée", dénonce une fois de plus le gouvernement provincial du Sud-Kivu.
Par ce communiqué, le gouvernement provincial du Sud-Kivu confirme notamment que 49 camions de marque Wowo et 113 camions Ben de 6 m³ ont quitté la ville de Bukavu sous le faux prétexte de transporter des militaires retirés de la ville d’Uvira vers la plaine de la Ruzizi. En réalité, ces convois ont servi au transport illicite de biens appartenant à l’État congolais et à des particuliers, acheminés directement vers la République du Rwanda.
Dans la nuit du 15 janvier 2026, alors que le Président de la République, Félix Tshisekedi, avait engagé des efforts de reconstruction des infrastructures routières, des matériaux de construction entreposés dans la ville d’Uvira ont été chargés de force dans des camions appartenant aux rebelles de l’AFC/M23. 34 camions de marque Wowo, chargés de goudron, ont été transportés en direction du Rwanda. D’autres camions ont emporté des tricycles appartenant à des particuliers, moyens essentiels de transport public et de subsistance économique.
Selon le gouvernement provincial, le reste des biens et matériels stockés dans les entrepôts a été évacué via la frontière de Kamanyola. Des vaches et du petit bétail, regroupés dans les hauts et moyens plateaux, ont été conduits vers Bwegera, pour une destination inconnue, privant ainsi les populations de leurs moyens de subsistance.
Les rebelles de l’AFC/M23 sont toujours présents ce vendredi 16 janvier dans la ville d’Uvira, malgré l’annonce faite la veille de leur retrait de cette entité stratégique. Il s’agit de la deuxième annonce de retrait, après celle du 15 décembre dernier. Malgré ce retrait annoncé, plusieurs sources locales confirment à ACTUALITE.CD un renforcement des forces rebelles en hommes et en matériel au niveau du front de Kigongo, à 5 kilomètres de la ville en direction de Makobola.
Dans une correspondance adressée jeudi 15 janvier 2026 au Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le coordonnateur politique de la rébellion, Corneille Nangaa, a annoncé avoir placé la ville stratégique d’Uvira sous la responsabilité de la communauté internationale. La rébellion précise que cette décision fait suite au retrait annoncé dès le 15 décembre 2025, récemment réitéré, tout en invoquant son attachement au cessez-le-feu. Ce mouvement armé, appuyé par le Rwanda, annonce par ailleurs le désengagement immédiat de son “unité d’observation et de monitoring”, déclinant toute responsabilité future quant à la sécurisation de cette importante agglomération du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA