La crise des violences sexuelles en République démocratique du Congo ne peut être dissociée des choix politiques internationaux qui façonnent, soutiennent, ou fragilisent les réponses humanitaires. Dans son rapport du 12 janvier, Human Rights Watch rappelle que l’ampleur des violences dans l’Est de la RDC s’inscrit aussi dans un contexte de désengagement progressif des bailleurs, aux conséquences directes pour les survivantes.
En 2025, l’arrêt brutal du financement américain via l’USAID a provoqué une rupture massive de services essentiels. Du jour au lendemain, des milliers de femmes ont perdu l’accès aux soins médicaux d’urgence, aux traitements post-exposition au VIH, au soutien psychosocial, ainsi qu’aux programmes de réinsertion économique et sociale.
Les chiffres sont sans appel : 116 000 kits de prophylaxie post-exposition (PEP), pourtant commandés, n’ont jamais été livrés. Sur le terrain, des centres de santé se sont retrouvés démunis, contraints de refuser des survivantes ou de leur fournir des soins incomplets, alors même que les besoins explosent avec l’intensification des combats et des déplacements.
Pour les femmes violées, ces ruptures ne sont pas abstraites. Elles signifient un risque accru d’infection au VIH, des grossesses non désirées, des traumatismes psychologiques non pris en charge et, dans certains cas, la mort.
Cette situation soulève une question fondamentale : quelle est la responsabilité des bailleurs internationaux lorsque leur retrait met directement des vies en danger ?
Comme le souligne Human Rights Watch, les violences sexuelles ne diminuent pas lorsque les financements cessent. Elles ne disparaissent pas. Elles deviennent simplement plus silencieuses, plus destructrices, plus mortelles.
Relancer, sécuriser et pérenniser les financements dédiés à la prise en charge des survivantes n’est pas un acte de charité. C’est une obligation morale, politique et juridique envers des femmes prises au piège d’un conflit qu’elles n’ont ni provoqué ni choisi et qui paient, une fois encore, le prix des décisions prises loin des lignes de front.
Nancy Clémence Tshimueneka