Conduite par son président Tshivis Tshivuadi, une délégation de l’ONG Journaliste en danger (JED) a été par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe dans son cabinet de travail. Il était question pour cette organisation de défense des droits des journalistes en RDC, de lui présenter son rapport annuel édition 2025 ainsi que les conclusions de la mission effectuée en Suède, où a été décerné le Prix de la liberté de la presse à l’organisation JED à Stockholm en Suède.
À l'issue de l'entretien, Tshivis Tshivuadi a tenu à clarifier les données contenues dans le document. Il dit avoir relevé une interprétation biaisée de ce rapport par certaines personnes. Pour le numéro un de JED, 80% d'abus et maux dénoncés dans ce rapport sont plus à l'Est de la RDC dans les zones sous contrôle de la rébellion de l'AFC/M23 soutenue par le Rwanda.
"Je pense que c’est une mauvaise lecture qui est faite, d’ailleurs intentionnellement. Il suffit simplement de lire l’intitulé de notre rapport. Il se focalise sur l’Est du pays, où nous pensons qu’il y a eu des crimes de guerre graves qui ont été commis contre la presse, et où nous dénonçons toutes les attaques, les destructions massives, les assassinats qui ont été commis. Aujourd’hui, dans notre rapport, il est très clair que 80 % des attaques, 80 % des atteintes que nous avons enregistrées, se font à l’Est du pays, l’Est qui est sous contrôle des rebelles que nous connaissons, et avec les appuis que nous connaissons", a déclaré le président de l'ONG JED à l'issue de l'audience mercredi 26 novembre 2025
Et de poursuivre :
"Donc nous n’avons fait aucune comparaison quelconque. Nous avons compilé les statistiques qui établissent par exemple qu’aujourd’hui, en ce qui concerne les assassinats de journalistes, 80 % des cas d’assassinat se font à l’Est du pays, sous le contrôle des rebelles. C’est donc une lecture tout à fait biaisée de notre rapport, et nous pensons que le plus grand défi aujourd’hui pour la paix et pour la sécurité des journalistes, c’est à l’Est. C’est l’insécurité qui règne à l’Est du pays, pour laquelle nous devons tous nous mobiliser afin que les journalistes puissent travailler dans un environnement qui puisse les sécuriser"
Revenant sur le Prix de la liberté de la presse 2025 décerné par Reporter sans frontières (RSF) en Suède, Tshivis Tshivuadi a insisté sur la portée de cette distinction internationale. Selon lui, ce prix est également celui du ministre de tutelle dans le cadre de son accompagnement.
"Nous avons pensé qu’il était important de venir aujourd’hui pour lui faire cette restitution de notre mission en Suède, parce que nous considérons que ce prix, qui consacre le travail fait par JED depuis plusieurs années, est aussi le fruit des appuis et des soutiens dont nous avons bénéficié de plusieurs partenaires. Et parmi ces partenaires, il y a le ministre, avec qui nous travaillons depuis plusieurs années, qui nous accompagne dans plusieurs projets communs pour les médias. Et nous pensons aujourd’hui que ce prix, il est aussi le sien. Ce n’est pas un prix d’honneur qui mettrait fin au travail de JED, mais un prix de reconnaissance et surtout d’encouragement, pour que JED puisse continuer ce travail", a indiqué Tshivis Tshivuadi
Au cours des échanges, JED s’est félicité de la disponibilité exprimée par le ministre à soutenir les initiatives visant à renforcer la presse congolaise dans un contexte national marqué par une dynamique de normalisation. Selon Tshivis Tshivuadi, la presse congolaise entend jouer un rôle majeur dans les initiatives diplomatiques en cours pour le retour de la paix
"Le travail qui s’intensifie parce que les défis sont encore nombreux. Et pour affronter tous ces défis du futur, nous aurons encore besoin de l’appui et de l’accompagnement du ministre. Nous avons été heureux d’entendre du ministre qu’il était tout à fait disposé à pouvoir nous accompagner dans cette nouvelle dynamique qui va commencer dans notre pays : les dynamiques de la paix, pour lesquelles on aura besoin de l’accompagnement des médias, médias qui doivent accompagner les dynamiques en cours pour permettre que le processus de normalisation de notre pays, le processus de paix et de restauration de la sécurité et de l’autorité de l’État puisse être effectif" a déclaré Tshivis Tshivuadi
Et d'ajouter :
"Et pour cela, on aura besoin des médias non seulement comme gendarmes des engagements qui seront pris dans ces accords, mais aussi comme acteurs de paix, par la diffusion d’informations qui puissent rassembler, ne pas diviser, des informations qui puissent apaiser, ne pas attiser les tensions. Et pour cela, je pense qu’il va falloir accompagner les médias, et nous aurons effectivement besoin de l’accompagnement du ministre"
À cette occasion, un appel à la reconnaissance et au soutien national a été lancé. Tshivis Tshivuadi a rappelé la résilience de JED malgré la rareté des ressources.
" Les contraintes sont multiples, je pense que nous avons survécu pendant 27 ans, ce qui n'était pas donné pour les organisations de défense de la liberté de la presse et des droits de l'homme dont la majorité ou l'essentiel des financements provient de l’extérieur. Aujourd'hui, on a des moins en moins des moyens pour pouvoir faire ce travail mais nous avons pu résister, je pense qu'aujourd'hui ce n'est pas le premier prix que JED reçoit mais c'est le prix qui vient de l'extérieur, c'est important qu'au niveau intérieur cette reconnaissance du travail que nous sommes entrain de faire, c'est un travail que nous faisons pour le Congo et les journalistes congolais soit aussi reconnu si non soutenu par le gouvernement congolais", a plaidé le président de JED.
Dans son rapport 2025, l’ONG Journaliste en Danger (JED)a tiré la sonnette d’alarme sur la situation catastrophique de la liberté de la presse en République démocratique du Congo. Selon les données du rapport, les chiffres sont glaçants : 2.670 violations graves enregistrées contre les professionnels des médias depuis les années Kabila jusqu’à l’ère Félix Tshisekedi.
Le rapport a évoqué des journalistes tués, portés disparus, emprisonnés, agressés, médias détruits. Alors que la situation est préoccupante dans les zones gérées par les autorités gouvernementales avec plusieurs menaces du CSAC et dirigeants politiques, c’est dans l’Est du pays que la presse vit désormais l’enfer. Des zones en proie aux conflits armés et à l'activisme de la rébellion de l'AFC/M23, JED parle de “crimes de guerre commis contre la presse”.
La publication de ce rapport intervient en marge de la 12ᵉ Journée internationale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes, instaurée par la résolution de l’ONU adoptée le 2 décembre 2013, en hommage aux journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Verlon, assassinés le 2 novembre 2013 à Kidal, au Mali.
Clément MUAMBA