Les femmes et les défis de la mobilité urbaine à Kinshasa : entre insécurité, coûts et accessibilité

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Les infrastructures de transport à Kinshasa ont du mal à satisfaire les besoins croissants des habitants. La mobilité urbaine est devenue un enjeu crucial pour l'autonomisation des femmes, mais elle se heurte à de nombreux obstacles. Insécurité des trajets, inaccessibilité des transports publics, coût élevé de certains moyens de transport… Les défis sont multiples. 

Dans les rues de Kinshasa, le constat est sans appel : la sécurité des femmes dans les transports en commun demeure un défi majeur. "Déjà, trouver un taxi ou un bus pendant les heures de pointe à Kinshasa est un véritable casse-tête. Et une fois que je le trouve, ce sont soit les embouteillages interminables qui m’incommodent, soit ma propre sécurité qui me contraint à être constamment sur mes gardes", raconte Mireille Nkemba, 34 ans, enseignante et mère de deux enfants. "Les femmes sont fréquemment victimes de harcèlement, que ce soit par des regards insistants ou, pire, par des attouchements. On ne peut pas faire une simple course sans se sentir vulnérable."

Les agressions verbales et physiques dans les transports en commun sont courantes. Les zones mal éclairées, les véhicules bondés et le manque de surveillance renforcent le sentiment d’insécurité. Ce phénomène ne se limite pas aux taxis ou bus traditionnels, mais concerne également les motos-taxis (appelées wewa), un moyen de transport très utilisé à Kinshasa, mais souvent perçu comme risqué pour les femmes, notamment dans les quartiers populaires.
Cynthia Basa, jeune entrepreneure dans le secteur des produits cosmétiques, partage son expérience : "J’ai dû renoncer à certains déplacements à cause de la peur. Parfois, je préfère payer un taxi privé, même si c’est plus cher, juste pour être tranquille."

Les femmes dépendant des transports en commun à Kinshasa se heurtent également à des problèmes d'accessibilité. Les infrastructures vieillissantes rendent la circulation souvent impraticable, surtout pour celles ayant des enfants ou des handicaps. Les arrêts de bus et stations de taxis sont mal situés, ce qui complique encore plus la mobilité.
Aminata Welo, mère célibataire de trois enfants et commerçante, témoigne : "Quand je dois aller au marché ou accompagner mes enfants à l'école, je suis souvent obligée de marcher des kilomètres pour trouver un taxi ou un bus, surtout pendant la saison des pluies. C’est épuisant, et au fil du temps, cela me coûte cher."

L’accessibilité est également liée à un autre enjeu majeur : la surcharge des transports. Les véhicules en mauvais état et le manque de fréquence des trajets rendent les déplacements longs et pénibles. Les femmes se retrouvent souvent à voyager dans des conditions déplorables : debout, à l’étroit, sans aucune possibilité de confort.
Le coût des transports est un autre facteur limitant pour de nombreuses femmes. Bien que les prix des taxis et des minibus soient relativement abordables pour certains, la réalité quotidienne pour beaucoup reste un fardeau. Pour celles qui doivent se rendre à des rendez-vous professionnels, faire des courses ou accompagner leurs enfants à l’école, le transport devient vite un poste de dépense majeur.
"La mobilité est un luxe dans cette ville", déclare Joyce Mwanza, une jeune fonctionnaire. "Je suis souvent obligée de choisir entre prendre un bus à bas prix, avec toutes les nuisances qu’il comporte, ou bien un taxi plus confortable, mais à un coût bien plus élevé."

Les défis auxquels les femmes sont confrontées dans la mobilité urbaine à Kinshasa sont nombreux et complexes. Entre insécurité, difficultés d’accès et coûts élevés, la situation reste préoccupante. "Si des efforts soutenus sont entrepris pour améliorer la sécurité, l'accessibilité et la tarification des transports en commun, Kinshasa pourrait devenir une ville où les femmes se sentent véritablement libres de se déplacer, d'entreprendre et de participer pleinement à la vie économique et sociale", conclut Joyce Mwanza.

Nancy Clémence Tshimueneka