Accès aux soins de santé reproductive à Kinshasa : témoignages de femmes et filles en situation de rue

Photo/Actualite.cd
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Dans les rues et quartiers de Kinshasa, de nombreuses femmes et filles, souvent vulnérables et marginalisées, mènent une lutte acharnée pour survivre dans des conditions précaires. Parmi les défis quotidiens auxquels elles sont confrontées, l'accès aux soins de santé reproductive de qualité se distingue comme l'un des plus cruciaux. 


Sophie Mutwale, une jeune fille de 17 ans, vit dans la rue depuis plus d'un an. Elle partage son expérience : « Je suis tombée enceinte il y a quelques mois, mais je n’ai pas osé aller voir un médecin. J'ai peur qu'ils ne me croient pas ou qu'ils me parlent mal », confie-t-elle.
Cette crainte de jugement et de rejet est partagée par plusieurs autres femmes rencontrées dans la rue. Daphrose, 24 ans, évoque une situation similaire : « Je n'ose pas demander de l'aide dans les hôpitaux. J’ai l’impression qu’ils ne vont me considérer que comme une personne sans valeur, juste une femme de la rue. Et j’ai peur de ce qu'ils pourraient me dire. »

En plus de cette peur du jugement, l'ignorance en matière de santé reproductive constitue un autre obstacle considérable. De nombreuses femmes et filles vivant dans la rue ignorent leurs droits en matière de santé, ainsi que les services qui leur sont accessibles. Ce manque de connaissances entraîne des décisions dangereuses, comme des avortements clandestins dans des conditions non sécurisées ou des infections sexuellement transmissibles non traitées. Aline, 21 ans, témoigne : « Je ne savais même pas qu’il y avait des médicaments pour m'aider à réguler mes règles. J'ai appris tout ça par une amie de la rue. »

Cécile, 29 ans, vit depuis plusieurs années dans la rue après avoir fui une situation familiale difficile. Elle confie : « Parfois, même si j'ai envie d’aller dans une clinique, je n’ai pas l’argent pour payer. Si je ne trouve pas un donateur ou un bienfaiteur, je reste sans soins. »

Malgré tout, des mécanismes de solidarité existent. Léa, 26 ans, raconte : « Moi, quand j’ai un problème de santé, je vais voir une autre fille dans la rue, une sœur qui a un peu plus d’expérience, et parfois, elle me donne des conseils. Mais ce n'est pas suffisant. Il nous faut des professionnels et des structures accessibles, pas seulement des conseils entre nous. »

Ces témoignages révèlent non seulement les difficultés d'accès aux soins pour les femmes et filles en situation de rue, mais aussi le besoin urgent d’une prise en charge plus inclusive et respectueuse de leurs droits. Il est impératif de garantir à toutes, sans distinction, le droit à des soins de santé reproductive de qualité et sans stigmatisation. La voix des femmes de la rue, souvent ignorées ou invisibilisées, doit être entendue et prise en compte dans la construction d'un système de santé plus juste et plus accessible pour tous.

Nancy Clémence Tshimueneka