L’actualité de la semaine vue par Faida Mwangilwa Fabiola

Photo/ Droits tiers
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De l'annonce de l'Union Européenne au sujet du retrait de sa mission d'observation électorale en République démocratique du Congo, au lancement de la campagne des 16 jours d'activisme de lutte contre les violences basées sur le genre, en passant par la COP28 à Dubaï, la semaine qui s'achève a été riche au niveau de l'actualité. Faida Mwangilwa Fabiola revient sur chacun de ces faits marquants.

Bonjour Madame Faida Mwangilwa Fabiola et merci de nous accorder de votre temps. Pouvez-vous nous parler de vos activités ?

Faida Mwangilwa : Je suis consultante Genre et Ministre honoraire chargée de la Condition Féminine et Famille.

L'Union Européenne a annoncé le 29 novembre l'annulation de sa mission d'observation électorale en République démocratique du Congo. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

Faida Mwangilwa : ce n'est pas encourageant et cela nous pousse, comme observatrice, à réaliser qu'il y a de sérieux problèmes à régler, surtout sur le plan sécuritaire. Les actes et messages de violence qui accompagnent notre période de campagne électorale peuvent conduire à ce genre de décision, mais les dirigeants doivent suivre très sérieusement la situation sur terrain et sanctionner en cas de déviation les acteurs et actrices qui véhiculent les discours de haine. 

Comment analysez-vous les différents discours des candidats sur le plan social en cette période de campagne électorale ?

Faida Mwangilwa : S'agissant des discours des candidats, je réalise que presque tous les candidats se lancent dans les discours de provocation les uns contre les autres. Au lieu de parler du social de la population, ils passent leur temps à s'injurier et à répondre aux attaques de leurs adversaires politiques. Contrairement à leurs adversaires, certains promettent de faire la différence pour améliorer le social de la population, notre population est devenue trop pessimiste.

Lors du sommet de l'EAC qui a eu lieu à Arusha vendredi dernier, la RDC a une fois de plus affirmé qu'elle ne prolongerait pas le mandat de la Force Régionale de la Communauté d'Afrique de l'Est (EACRF) au-delà du 8 décembre 2023, saluez-vous cette décision ?

Faida Mwangilwa : J'estime que c'est une décision complexe car sur le terrain, la situation sécuritaire est préoccupante et la RDC doit être très diplomatique avec ses voisins de la région des États d'Afrique de l'Est car elle aura toujours besoin d'eux. Bien qu'avec la présence de cette force, on n'observe pas de progrès sur le plan sécuritaire, il y a lieu de se parler. Les autres États peuvent aussi se retirer de leur propre gré.

Un militant d'Ensemble pour la République, parti de Moïse Katumbi, a été tué au Maniema. Quelles propositions faites-vous pour prévenir ce genre d'incident pendant la campagne électorale ?

Faida Mwangilwa C'est très regrettable de perdre un jeune en pleine manifestation politique. Je présente mes sincères condoléances à sa famille biologique, mais aussi à sa famille politique, Ensemble pour le changement. Cependant, il est important que toutes les parties prenantes aux élections sensibilisent leurs membres à privilégier la tolérance qui est une vertu. Les autorités politiques et militaires en fonction, à tous les niveaux, doivent faire très attention et agir en toute responsabilité.

Le Franc congolais connaît une dépréciation substantielle face au dollar américain. Pour un dollar américain, le taux de change s'établit à 2.641,63 CDF. Que pensez-vous de cette inflation ?

Faida Mwangilwa : la question d'inflation monétaire étonne tous les Congolais et les plonge dans un état de vulnérabilité totale. La vie devient intenable et ce n'est pas normal. Cependant, cela peut se justifier par les dépenses énormes du Trésor public pour couvrir les besoins liés à la tenue des élections, mais aussi les dépenses des candidats aux élections à tous les niveaux (présidentielles, nationales, provinciales, municipales et locales).

La RDC a lancé, depuis le 25 novembre 2023, les 16 jours d'activisme de lutte contre les violences basées sur le genre. Quelles sont vos attentes pour cette campagne de lutte contre les VBG ?

Faida Mwangilwa : Mes attentes sont énormes en termes de sensibilisation de la population en général et des dirigeants politiques en particulier pour travailler en faveur de la sécurisation des femmes candidates aux élections mais aussi les électrices à travers l'ensemble du territoire national et ce, avant, pendant et après les élections.

Au Kwilu, une centaine de personnes sont détenues au parquet d'Idiofa depuis des années sans jugement faute de magistrats. Quelles recommandations faites-vous pour l'amélioration de l'appareil judiciaire ?

Faida Mwangilwa Comment garder durant plusieurs années des prévenus sans jugement ? Il est vrai que la justice fait face aux problèmes des moyens pour rendre une vraie justice à la population, il y a aussi une carence des magistrats dans certains parquets. En effet, les conditions de vie des magistrats doivent absolument être améliorées. C'est ici aussi l'occasion de lancer un message aux jeunes magistrates qui refusent de regagner leurs postes d'affectation pour rester dans les grandes villes. Dans la vie, il faut aussi prendre courage et affronter certaines réalités du terrain pour acquérir de l'expérience.

Plus de 200 cas de choléra dont 13 décès ont été enregistrés dans la zone de santé de Fungurume dans la province du Lualaba en l'espace de deux mois. Quelles propositions faites-vous au gouvernement congolais en termes de sécurité sanitaire ?

Faida Mwangilwa : La pandémie de choléra fait rage à Fungurume, en province de Lualaba et même dans plusieurs zones de santé de l'Est de notre pays la RDC, ces zones sont reconnues comme endémiques. Notre système sanitaire est bien organisé, mais il manque de moyens suffisants pour prévenir les maladies endémiques. Une bonne politique sans moyens conséquents ne peut pas produire des résultats attendus. Il est souhaitable de travailler beaucoup plus sur la prévention et d'avoir des plans d'urgences.

Ouverture de la Conférence de Dubaï de 2023 sur les changements climatiques COP28. Quelles recommandations faites-vous pour la lutte contre le changement climatique en RDC ?

Faida Mwangilwa : Pour lutter contre le changement climatique en RDC, il faut absolument mettre d'abord l'ensemble de notre jeunesse congolaise à profit et exiger aux investisseurs de respecter leurs engagements en terme de paiement des redevances au profit des populations locales et surtout des générations futures. Ceci exige une gouvernance responsable de la part de nos dirigeants.

Le régime militaire au Niger a abrogé une loi votée en 2015 qui criminalisait le trafic illicite des migrants. Saluez-vous cette mesure ?

Faida Mwangilwa Je n'ai pas apprécié cette loi votée par le régime militaire au Niger qui vient d'abroger la loi de 2015 qui criminalisait le trafic illicite des migrants. Je considère que cela va pousser les jeunes à prendre encore beaucoup plus de risques pour immigrer. Nous devons en tant qu'Africains travailler pour éliminer les raisons qui poussent nos jeunes à immigrer et favoriser la fuite des cerveaux. L'Afrique reste le continent ayant plus d'opportunités pour émerger, mais ses fils et filles doivent s'assumer et relever les défis existants qui bloquent son développement.

Les médiateurs de plusieurs pays, notamment les États-Unis, accélèrent leurs efforts pour obtenir une nouvelle prolongation de quatre jours de la trêve entre Israël et le Hamas. Qu'est-ce que vous en dites ?

Faida Mwangilwa : J'encourage les médiateurs des différents pays à accélérer leurs efforts afin d'obtenir une nouvelle prolongation de 4 jours de trêve entre Israël et le Hamas. Les 4 jours de trêve ont permis la libération de 8 otages israéliens et le relâchement de 30 prisonniers palestiniens. Toutes les guerres, peu importe les forces des belligérants, finissent par le dialogue, grâce aux efforts des médiations. Le moment de trêve permet d'écouter les parties en conflit pour des solutions idoines. Toutefois, les attaques ont malheureusement repris encore ce vendredi.

Propos recueilli par Grace GUKA