RDC : « nous attendons une réaction de la CPI », des femmes réagissent aux propos de Paul Kagame
Photo. Droits tiers

Lors d'un entretien accordé à France 24 et RFI ce mardi 17 mai, le président rwandais Paul Kagame a abordé les massacres à l'Est de la RDC, l'état de siège ainsi que le rôle et la mission de la Monusco. Ces propos ne sont pas passés inaperçus et suscitent une vague de réaction. Julienne Lusenge, Rose Kahambu et Tatiana Mukanire, ont appelé la CPI à réagir, l’Etat congolais à faire respecter son territoire et son peuple, avant d’assurer leur soutien au prix Nobel de la paix qui a lui aussi fait l'objet de vives critiques lors de cette entrevue. 

« Je pense à ce que Paul Kagame et tous les Rwandais peuvent ressentir lorsqu’on essaye de nier le génocide de Kigali. C’est ce même sentiment que les Congolais ont eu à l’égard des propos tenus par Kagame. Il ne peut pas continuer à cracher sur les os des cadavres congolais qui l’ont enrichi, qui ont enrichi le Rwanda. En tant qu’être humain, il faut à un moment arrêter de se moquer des morts. Les Rwandais veulent à ce que les meurtres commis à Kigali en 1994 soient reconnus. Les Congolais ont le plein droit de réclamer la même chose. Ses propos sont un mépris total de l’être humain », fait savoir Julienne Lusenge, présidente de la SOFEPADI et du Fonds pour les femmes congolaises (FFC)

« Ces propos démontrent clairement qu'il est le grand et le principal auteur intellectuel de tous les crimes qui se passent à l'Est. Il est anormal que le président d'un pays voisin puisse banaliser à ce niveau, la question des massacres, des conflits, des crimes qui se commettent à l'Est de la RDC » s'offusque Rose Kahambu Tuombeane, Coordonnatrice de la Dynamique des femmes pour la bonne gouvernance (Dyfegou) et à la tête d’une délégation en quête de la paix à l’Est.   

« Les propos du président Paul Kagame sont des propos insultants la mémoire des milliers de morts en RDC et toutes ces femmes dont les corps ont été utilisés comme armes de guerre tout comme moi. Ce ne sont pas des propos qui méritent d’être tenus.  Comment on peut cracher sur 5.000.000 de morts cités dans le rapport de Mapping ? » interroge pour sa part Tatiana Mukanire, présidente du Mouvement des survivantes des violences sexuelles. 

Ces propos devraient attirer l’attention de la CPI

« Je pense que, étant donné qu'il s'est exprimé dans les médias internationaux, la Cour pénale internationale devrait se saisir de Paul Kagame. Les Nations Unies ont produit un rapport (Mapping) qui identifie plusieurs crimes commis en RDC, et le président d'un pays voisin à la RDC, de surcroit qui partage ses frontières avec la partie Est de la RDC où sont commis ces massacres, qui les banalise, je pense vraiment qu'il devrait être interpellé par la CPI. Nous attendons cette réaction de la part de la Cour Pénale Internationale. Au cas où cela ne se fait pas, nous allons dénoncer la passivité de la Communauté internationale. Son interpellation aidera ou éclairera la justice internationale à pouvoir réunir les éléments nécessaires pour que la vérité éclate », propose Rose Kahambu

Etat de siège : Kagame n’a pas de leçon à donner au président de la RDC

« Nul n’a le droit de porter un jugement sur l’action du Chef de l’Etat. Kagame n’a pas de leçon à donner au président de la RDC. Il peut planifier ses actions dans son pays et laisser la RDC agir. Il ne doit pas se moquer des gens. Je sais que les Congolais sont déterminés à accompagner cette action, les populations veulent aussi que cette action réussisse parce que c’est l’un des nos derniers remparts pour restaurer la paix à l’Est. Kagame sait que si la paix est rétablie à l’Est, il ne pourra plus construire Kigali » observe Julienne Lusenge

« L’Etat de siège est impliqué dans la situation sécuritaire à l’Est de notre pays. Il n’a pas le droit d’en parler parce que le Congo est un pays indépendant. Je pense que les FARDC font leur travail et nous sommes tous derrière les Forces armées pour que cette insécurité qui a détruit notre communauté cesse. Nous devons nous entraider pour qu’il y ait un tribunal international de la RDC. L’Etat devrait avoir la force de se faire respecter pour tous les crimes subit par sa population » conseille Tatiana Mukanire 

Par rapport au docteur Mukwege, « je pense qu'il tente de menacer, d'intimider le grand défenseur des droits de l'homme en RDC pour que les autres qui l'accompagnent dans cette lutte se découragent. Mais cela ne va pas atteindre les cœurs et les esprits pourtant révoltés. Ce sont des racontars. Un auteur ne peut pas trouver une solution. Il mérite la prison, l'attention de la justice internationale. Nous n'avons pas besoin du soutien des criminels », a dit Rose Kahambu

A Tatiana Mukanire d’ajouter, « le  Docteur Denis Mukwege est au front, dans les hôpitaux, dans les salles d’opération, pour redonner la vie aux personnes comme moi, qui ont vécu des atrocités dans leurs corps. Paul Kagame ne devrait pas parler de lui ! »

Ces propos de Paul Kagame ont été tenus alors que la RDC a décrété l’Etat de siège, le 04 mai dernier en réponse aux conflits armés dans la partie Est du pays.

Prisca Lokale

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