Massacre de Kaniola : Les témoignages bouleversants des victimes, 14 ans après !

Photo d'illustration/ACTUALITE.CD

Ce 10 octobre, c’est le 14ème anniversaire de massacre de plus de 500 personnes dans les villages de Kaniola et Nindja, dans le territoire de Walungu (Sud-Kivu), par les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).

Plus d'une décennie plus tard, les victimes vivent toujours le traumatisme de ces exactions. Ce samedi, elles ont commémoré ces événements malheureux et ont décidé de raconter leur calvaire.

" Je suis rescapé du massacre de Kaniola de 2006. J'étais capturé par les FDLR(Interahamwe) c'était plus précisément le 9 octobre 2006 quand ils nous ont pris, nous étions 187 personnes, mais je suis le seul rescapé. Nous étions liés par une corde comme des esclaves, la première personne qu'ils ont tuée c'était une femme. Ils nous ont dit que votre vie c'est la souffrance et la peine. Ils ont éventré cette dame qui était enceinte de 8 mois, j'ai vu de mes propres yeux comme on l'a éventré mais peu avant on a coupé ses parties intimes,  et puis ils nous avaient fait manger sa chair avec la pâte. Nous sommes arrivés jusqu'à Shabunda, tous nus, hommes et femmes, et ils nous ont retenus dans la forêt, une seule corde était au milieu de nous. Ils ont tué tour à tour tous les autres. Dans ma captivité, j'étais fouetté 450 coups par jour durant 5 mois et on ne me donnait qu'une seule banane par semaine jusqu'à ce que l'un d'entre eux me sauva. Il m'a transporté deux mois sur le dos jusqu'à Kafukiro. J'ai été pris en charge dans un centre de santé de Ihembe Nindja et puis à Bukavu où j'ai passé 4 ans et 8 mois, j'ai consommé 780 sérums  mais une année et 8 mois dans les soins. Nous demandons à la justice de chercher ses bourreaux et qu'ils soient punis conformément aux lois du pays et qu'ils soient arrêtés", témoigne  Mushagalusa Guillaume, père de 3 enfants aujourd'hui.

Pour sa part, Iragi Mudekereza Diane, aujourd'hui mère de 5 enfants, après des mois passés dans la forêt, elle a été relâchée faute de son état de santé mais sa famille sera tuée un mois après. Elle même violée et sa maison incendiée.

" Moi, j'ai été victime de kidnapping des bandes armées en 2006 à Kaniola et j'ai fait 9 mois avec eux dans la forêt. Après 9 mois, j'ai avorté voyant mon état de santé, ils ont accepté de me laisser partir pour les soins. Nous étions déjà en 2007. Un mois après, les rescapés sont revenus chez nous, et ont tué mon père, ma mère, ma grand-mère et ont laissé les uns à demi morts et d'autres sont mortes ce jour-là. Nous réclamons justice", ajoute, en sanglotant, Iragi Mudekereza Diane.

Et à M'Kalumunaautre, une autre survivante, d'ajouter : 

" J'étais chez moi, ils m'ont prise de force, m'ont violée, ils nous frappés tous les jours. Ils nous imposaient des jeunes. Nous étions nombreux. Ils ont même mis une casserole chaude sur la tête d'un homme avec qui nous étions, après l'avoir crucifié, ils l'ont fusillé".

Situé à 51 kilomètres de la ville de Bukavu, Kaniola et plusieurs autres villages dans la zone ont connu des crimes graves. Plusieurs fosses communes ont été découverts.

Les massacres de Kaniola et Nindja figurent dans le rapport mapping de l’ONU qui rapporte plus de 600 crimes imprescriptibles commis entre 1993 et 2003. Aucune des recommandations dudit rapport n’a été mise en application 10 ans après sa publication. Des voix s’élèvent de plus en plus pour exiger la mise en place d’un tribunal spécial pour juger les auteurs de ces divers crimes. Le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege est le principal porteur de plaidoyer en faveur d’un tribunal spécial pour le Congo.

Justin Mwamba