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Kinshasa : parcours d'une jeune  pompiste à Bandal

 Fraîchement diplômée de l’Institut Supérieur de Commerce (ISC), elle a dû se faire à l’évidence ne trouvant pas de métier. Très vite, Amélie (nom d'emprunt) décide d’embrasser un métier jadis réservé aux hommes. Voici son histoire.

Une paire de bottines, une chemise rouge et un pantalon bleu, enthousiasme et sourire, c’est quasi les éléments complets de la “boîte à outils” de Amélie qui travaille à la station-service de Bandalungwa. La jeune femme a fait des études en sciences commerciales avant d'être contactée par un ami pour combler un poste vacant dans cette station. 

Je venais de décrocher un diplôme de graduat à l’Institut supérieur de commerce de la Gombe (ISC). J’étais en quête d’emploi, j’ai chômé pendant quelques mois. Un jour, contre toute attente, un ami m’a contacté pour me parler de ce travail. Je savais que je pouvais m’y adapter facilement et j’ai accepté. C’est ainsi qu’en 2016, quand la station a démarré ses activités, j’ai intégré l’équipe en tant que pompiste”, raconte Amélie tout sourire.

De Ndjili, une commune du district de la Tshangu, à Kinshasa, Amélie travaille 7 heures d’affilée. “Je fais tout pour atteindre mon lieu de travail au plus tard à 6 heures du matin et à 13 heures, je m'apprête déjà à partir. Je passe le relais à me collègues.” 

Par ses économies et la ristourne, Amélie loue une maison pour elle et ses deux frères dont l’un est actuellement à l’université. “Je prends en charge mes deux frères. Je ne suis pas encore mariée et nos parents sont décédés. Grâce à mes économies, le plus grand a décroché son diplôme d’Etat, l’année dernière, et il s’est inscrit à l’université.”           

Avec ce métier qui se féminise de plus en plus, certaines femmes se renseignent régulièrement auprès d'Amélie. “Je suis la seule femme pompiste de cette station-service. Je reçois chaque jour des jeunes filles qui me demandent quelle procédure il faut suivre pour être engagé. Celles qui savent que j’ai été contactée pour travailler à cet endroit n’hésitent pas de demander l’identité de la personne qui m’a contacté. Beaucoup de femmes apprécient ce métier”, confie-t-elle.

Tenir la pompe à essence, supporter l’odeur nauséabonde du carburant, gérer les clients parfois arrogants et nerveux, Amélie fait tout pour être à la hauteur des difficultés. “Nous avons des consignes de sécurité qui nous obligent au strict respect. Une négligence, aussi minime soit-elle, peut occasionner un incendie. De plus, nous sommes tenus de porter des bottines pour éviter le contact avec le carburant. Mais en ce qui concerne les clients, il faut juste savoir les gérer. Certains clients nous laissent parfois des pourboires tandis que d’autres paraissent moins compréhensifs. Comme je l’ai dit, il faut juste savoir les gérer.” 

Chaque jour, la jeune femme verse à la caisse environ 4.000.000 de francs congolais. “Lorsque la vente est assez bonne, j’encaisse 3.500.000 francs congolais ou plus par jour. Si la vente est en baisse, j'atteins la barre de 1.500.000 francs congolais. Cependant, en cas de manque ou perte, les responsables de la station retirent la somme manquante dans mon salaire.” 

Hormis le salaire à la fin du mois, Amélie et ses collègues (hommes) pompistes ne reçoivent pas de frais de transport et n’ont pas de pause. Les pourboires et le change du dollar sont les seuls moyens qui les aident à combler ce vide. 

Prisca Lokale

 

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