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ITW avec le chef de mission de MSF en RDC

Frappée par l'épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola, la République Démocratique du Congo traverse un sombre épisode sanitaire, ces derniers mois. Le pays est également touché par une épidémie de rougeole qui a déjà, officiellement, fait plus de 1 500 morts depuis le début de l'année. La maladie a atteint 23 des 26 provinces que compte le pays. Face à la nouvelle flambée, le ministre de la Santé et les organisations non gouvernementales préparent une riposte. Parmi les premiers acteurs au front : Médecins sans Frontières (MSF). Cette Organisation affirme avoir ajouté des moyens supplémentaires pour riposter à l'épidémie.

Le chef de mission de MSF, Karel Janssens, est revenu pour ACTUALITE.CD sur cette épidémie qui, selon lui, est d'une ampleur jamais vue depuis des années.

 

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation dramatique ?

 

"C’est une épidémie qui a atteint la grande majorité des provinces en RDC, de Kinshasa jusqu’à Ituri, du Nord-Ubangi jusqu’aux provinces de l’ex-Katanga. Une épidémie qui fait d'énormes dégâts, il y a plus de 1 500 morts depuis le début de l’année. Cela nous inquiète beaucoup, nous avons des équipes qui travaillent pour vacciner et faire la prise en charge médicale des patients dans plusieurs provinces. Mais, il faut qu’il y ait un engagement de plus des acteurs, de plus de ressources et des vaccins pour combattre cette épidémie actuelle."

 

1 500 morts en 5 mois, c'est quand même trop. Quel est le risque actuellement sur le terrain ?

"Chaque décès est un de trop. Aujourd’hui, c’est une approche pour réduire l’impact sur le taux de mortalité. Comme l’épidémie est dans la grande majorité des provinces, il faut se concentrer là où les besoins sont les plus grands. C’est être flexible et suivre de très proche comment cette épidémie évolue, être pragmatique aussi et mettre les ressources là où il y a plus d’impact. En tant que MSF, on a ajouté des équipements de plus pour aider à se battre contre cette épidémie."  

 

Actuellement , quelle est votre plus grande stratégie de riposte contre la rougeole ?

"Cette riposte doit être en collaboration avec le ministère de la Santé. On est en train de finir une campagne de vaccination avec Dekesha en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et les autres acteurs qui s’engagent dans cette épidémie, à commencer à vacciner là où il n'y avait pas encore de vaccination, à faire la prise en charge correcte médicale des enfants qui viennent aux structures de santé."  

 

Avez-vous des moyens nécessaires pour ces opérations ?

En tant que MSF, nous avons notre propre financement. Pour le moment, notre grand souci est d‘un côté l’accès aux vaccins parce qu'on est presque épuisé pour continuer nos campagnes de vaccination. Et aussi la gratuité des soins pour ces enfants qui se présentent parce que nous voulons éviter qu’il y ait une barrière financière pour les parents qui cherchent à faire soigner leurs enfants de rougeole. Cela aidera aussi à éviter le taux élevé de mortalité."

 

La rougeole est aussi déclarée dans des zones déjà frappées par Ebola. La rougeole ne vient-elle pas aggraver davantage Ebola ?

 

"Il y a des collègues qui ont vacciné dans les zones de santé de Walikale. Effectivement, il y a la rougeole dans ces zones aussi touchées par Ebola. Pour le moment, le ministère de la Santé et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont demandé de ne pas vacciner contre la rougeole dans ces zones de santé touchées par Ebola. Aujourd’hui, on veut vraiment mettre de la lumière sur l’épidémie rougeole. 1500 morts depuis le début de l’année, c’est une épidémie de rougeole qui a une ampleur qu’on n'a pas vue depuis des années. Pour Ebola, il y a beaucoup de moyens, des ressources investis à juste titre. Mais, à ce jour, la rougeole fait énormément de dégâts partout dans le pays. Il y a nécessité d’avoir plus de ressources, de moyens qui s’engagent dans cette épidémie."

 

Combien de mois pour en finir avec cette épidémie dont la flambée est soudaine et brutale ?

 

Pour l’épidémie de rougeole, on suit chaque jour l’évolution avec les collègues du ministère de la Santé et l’OMS. On doit rester flexible et pragmatique. C’est très difficile à dire aujourd’hui, combien de temps cette épidémie va durer. On prévoit quand même que cela va prendre encore des mois. C’est clair que cette épidémie est le résultat d’une couverture vaccinale très basse, liée à plusieurs facteurs : les moyens pour maintenir une vaccination, les systèmes de surveillance un peu faibles, les déplacements, les conflits.

 

Rougeole, Ebola, Chikungunya, Choléra, etc. Peut-on en déduire que la RDC est un drame sanitaire ?

"On va mettre la lumière sur la rougeole. C'est clair que cette épidémie est le résultat d'une couverture vaccinale très basse, liée à plusieurs facteurs. Les moyens pour maintenir une vaccination de routine, le système de surveillance un peu faible, les déplacements et les poches des conflits. Tout cela ajoute une couverture vaccinale basse qui a provoqué cette épidémie de rougeole aujourd'hui".