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Kinshasa : Rabi Beya, ancien enfant de la rue, futur ingénieur en construction

Samedi 20 avril 2019 - 14:03
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Figure 2 Les enfants déjeunent au centre LIKEMO (Ph Auguy Mudiayi ACTUALITE.CD)

Sorti de la rue de Kinshasa après une année, Rabi Beya suit un programme de réinsertion sociale pour reprendre son destin en main et devenir ingénieur en construction.

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Figure 1 centre LIKEMO dans la commune de Bandalungwa (Crédit photo : Auguy Mudiayi ACTUALITE.CD)

A travers la grille blanche en fer, transparaît un grand tableau sur lequel on peut lire «  LIKEMO: Libota, Kelasi, Mosala », entendez par là « famille, école, travail.»

De l’extérieur, on peut entendre les bruits du film nigerian que suivent 5 enfants à la télévision, sous le regard protecteur des deux assistantes sociales. Nous sommes au centre LIKEMO, une branche du réseau du  Comité d’Appui des Travailleurs Sociaux des Rues, CATSR en sigle. Situé dans l’enceinte de l’école primaire ANGO ANGO, dans la commune de BANDALUGWA, en ville-province de Kinshasa, ce centre prépare les enfants de la rue à une réinsertion dans la vie familiale, scolaire et professionnelle.

L’un de ces jeunes a une tête rasée et porte deux T-shirts. Rabi Beya, 13 ans, vit ici depuis le début de ce programme il y a une année. Né 2e d’une famille de 4 enfants, la vie de Rabi a basculé après la mort de sa mère en 2015 de suite d'une courte maladie. Son père, militaire de son état, s’est remarié avec une autre femme.

« Il nous a complètement oublié » se souvient Rabi, visage triste. « Manger  est devenu quelque chose de rare et de très difficile pour mes trois frères et moi », explique-t-il.

La seule option qui reste à Rabi et ses frères est d’aménager chez leur grand-mère dans la commune de Mont-Ngafula. Même là, le poids de l’âge empêche celle-ci de travailler assez dur pour prendre soin de ses petits-enfants. Ceux-ci ne tardent pas à commencer à mendier de la nourriture auprès des membres de la famille élargie. Malheureusement pour eux, les choses n’ont pas marché comme prévue.

«Je ne pouvais plus continuer à voir des membres de ma propre famille nous insulter au lieu de nous donner à manger. C’était insupportable ! », raconte Rabi.

C’est là qu’il décide de fuir de la maison de sa grand-mère et se retrouve dans les rues des communes de Kintambo et puis celles de Bandalungwa. Quant à son grand frère de 18 ans, il est parti habiter avec ses amis pendant que ses petites sœurs sont allées dans la famille de leur défunte mère. Voler était impératif pour que Rabi se nourrisse dans la rue.

« Il y a des aînés qui sont dans la rue depuis des années et se sont habitué à voler. Je mangeais grâce à eux », se souvient Rabi en insistant sur le contraste avec la maison de sa grand-mère où le repas était irrégulier.

Selon un rapport du Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF, environs 35 000 enfants sont dans les rues congolaises dont 44% des filles. Ce rapport note également la présence d’enfants âgés de quatre ans dans la rue. Un chiffre que l’UNICEF explique par la dévaluation monétaire suivi de la crise économique que connaît la RDC depuis quelques années.

Sur le budget de l’Etat d’environs 4 milliards de dollars américains, seulement 2% est consacré à "tout le secteur social" sans préciser le montant exact attribué à la protection sociale de l'enfant, indique le même rapport. De ce fait, la prise en charge des enfants de la rue repose uniquement sur des particuliers de bonne volonté et des organisations non gouvernementales comme le centre LIEKMO.

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Figure 3 Un enfant de 4 ans prenant son thé au centre LIKEMO  (Crédit photo : Auguy Mudiayi ACTUALITE.CD)

Heureusement pour Rabi, les travailleurs sociaux du centre LIKEMO en pleine séance de sensibilisation croisent son chemin pendant qu'il mendiait dans les rues de Bandalungwa. Il accepte de les suivre au centre pour le programme de réinsertion sociale.

Le centre LIKEMO existe depuis une année et est une branche de réseau Comité d’Appui des Travailleurs Sociales des rues. Son programme de réinsertion sociale a reçu un financement de l’ONG Belge DYNAMO international pour fonctionner pendant quatre ans. Cependant, le directeur du centre LIKEMO a des inquiétudes.

« Notre peur est grande. Nous ne savons pas si les belges iront jusqu’au bout de leur engagement. Dans le cas contraire, nous allons continuer avec nos moyens propres », confie Roger Katembwe à Actualite.CD.

Pour l’instant, Rabi se dit déterminé à finir le programme de réinsertion social du centre LIKEMO et en tirer le maximum de bénéfice.

« Après mes études, je vais travailler comme ingénieur en construction pour aider mes petites sœurs et d’autres enfants qui sont encore dans la rue »

Thérèse Ntumba