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Du personnel médical vu à travers une vitre d'un centre de traitement d'Ebola / Droits tiers

 

Par l’intermédiaire du téléphone d’un agent  des Cliniques universitaires du Graben, ACTUALITE.CD a recueilli le témoignage d’Obed Nzanzu, membre de la commission « Recherches actives » de la coordination locale de lutte contre la maladie à virus Ebola.

 

D’après lui, ils étaient près de 25 agents présents à cette réunion d’évaluation journalière quand les miliciens ont fait leur irruption.   Depuis le lieu du drame, il nous a témoigné,  sous-émotion au téléphone, les dernières heures vécues avec son chef, le docteur camerounais Richard Mouzoko, lâchement abattu par des miliciens.

« C’était notre réunion d’évaluation journalière. Et c’est lui (le médecin assassiné, Ndlr) qui présidait la réunion comme d’habitude. [Brusquement] trois personnes se sont introduites dans la salle et nous ont demandé de nous coucher par terre. Nous l’avons fait. Ils nous ont dépouillé de nos téléphones et argent. Puis nous avons entendu deux ou trois coups de balle. Quand ils se sont retirés de la salle, il (le médecin assassiné) a crié au secours, et il a appelé nommément l’un de nous : je suis blessé. Nous sommes allés vers lui en rampant, puis qu’on n’était pas encore rassuré si la salle était déjà libéré ou pas. Nous avons vraiment constaté qu’il était blessé, son corps saignait abondamment puis qu’on l’a tiré. Il était blessé à la cage thoracique, et quand on dit cage thoracique, on voit directement le cœur. Nous avons tenté le dépêcher aux soins intensifs en attendant qu’on alerte la salle d’opération. C’est là où on s’est séparé de lui. Il faut signaler qu’ils (les miliciens, Ndlr) sont rentrés dans la salle pour la seconde fois, disant venir nous achever tous. L’un d’eux s’est interposé, disant que ces gens sont des innocents. C’est ainsi que nous avons été sauvés. Mais vous devriez ramasser au moins 20 cadavres dans la salle. Dieu aidant, nous avons été sauvés. Ça s’est passé entre 13h et 14 h.",

Les assaillants ont fait près de 5 minutes dans la salle et  s‘exprimaient en Swahili.

"Ils disaient qu’Ebola n’existe pas, et que nous (membres de la riposte, Ndlr), sommes en train de tuer leurs frères en leur trompant qu’Ebola existe. Ils sont repartis. A part cette mort, ils ont incendié un véhicule. Ceux qui étaient à l’extérieur nous ont dit avoir vu trois hommes, porteurs de deux armes à feu et une lance. Tout ce que je regrette, c’est de perdre mon chef!", explique Nzanzu.  

 

Plusieurs organisations et personnalités ont condamné  cette nouvelle attaque visant les agents de la riposte contre Ebola.  La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC) et cheffe de la MONUSCO , Leila Zerrougui , s’est déclarée "choquée" par l’attaque survenue.

 

L'Organisation Mondiale de la santé (OMS) et son directeur général,  Tedros Adhanom Ghebreyesus, se sont dits "scandalisés" par la mort d'un médecin camerounais. Le ministre de la santé , Oly Ilunga , a dénoncé  le  meurtre "cruel et lâche".  Il a estimé que l'unique meilleure façon d’honorer la mémoire de l'épidémiologiste tué  est de poursuivre les efforts jusqu’à la fin complète de cette épidémie d’Ebola.

 

Claude sengenya , à Butembo