"Afrolampe" pour reclamer le disfonctionnement des energies en afrique

 Les oeuvres de Jean Katambayi Mukendi s'expose aux quatre coins de la planète. Originaire de Lubumbashi, cet artiste contemporain qui a commencé très tôt à questionner l'espace dans lequel il évolue a remporté, en 2010, le prix Découverte de la Fondation Blanchère. Riche de son parcours en mathématique, tout ce qui l'entoure est sujet à questionnement et réinvention. Enfant, on le surnommait "Monsieur Papier". Rencontre avec l'un des plus grands noms de l'art contemporain congolais.

"Chariot" oeuvre de Jean Katambayi

Jean Katambayi, merci de nous accorder cet entretien. Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis artiste contemporain. Je suis né et je travaille actuellement dans la ville de Lubumbashi. J’ai passé toute mon enfance dans la Cité Gécamines. En terme de parcours scolaire, j’ai suivi un cursus d’électricien dans une école d’Arts et métiers. A ceci j’ai ajouté des études en mathématiques. Mon but en faisant ces études, c’était de me donner les moyens de traverser la crise sociopolitique des années 1990 dans mon pays. Je rappelle ici que c’est cette crise qui, selon moi, a marqué les prémices de toutes les dégradations éthique de notre société.

Parlez nous de votre parcours professionnel. J’ai pu lire que vous avez commencé tôt à fabriquer des objets en carton. Depuis votre tendre enfance. Pouvez-vous revenir sur cette époque ?

Vous savez, j’ai eu plusieurs vies. J’ai été enseignant, vendeur, j’ai été technicien de maintenance dans des bureaux et des hôtels, bref je vis de la débrouille. Et en parallèle de toutes les activités que je viens de citer, je bricole, je fabrique, j’invente, j’émets de grandes pensées qui ont le but de susciter le débat et surtout la révolution au sein de l’opinion. Étant plus jeune, j’ai longtemps utilisé le papier dans ce qui allait devenir plus tard des créations. La maison familiale a été si je peux ainsi dire, mon premier atelier. Je me souviens que ma mère rapportait des fournitures de bureaux sur lesquelles je m’exercais, sans compter mon irrépressible envie de démonter des petites machines afin de les transformer et créer de nouveaux mécanismes. Tout petit, on m’appelait “Monsieur carton” parce que j’en déclinais l’usage dans tout ce que je pouvais trouver. Au fil des années, c’est devenu mon matériel de prédilection dans mes créations.

Dites nous sur quoi se base essentiellement votre travail ?

Mon travail se base essentiellement sur la transformation de la société. Après avoir médité sur un fait, sur un phénomène ou sur une projection, je passe par des algorithmes qui peuvent être théoriques ou mathématiques, avant de les fixer sur un discours de base qui traduit l’œuvre.

Quel est le dénominateur commun de toutes vos œuvres ?

Le dénominateur commun de mon travail est le temps. Le temps est un des axes qui composent avec les axes d’espace et d’énergie pour définir une œuvre.

La société et tout ce qu’elle produit semble être au cœur de votre processus de création, dites nous en plus ?

Comme je le disais précédemment, tout a commencé depuis ma plus tendre enfance.  Et les inquiétudes que j’avais en étant enfant, les questions que je me posais sur le futur de la société ont généré dans ma création la tendance de la « résistance ». Mais au-delà de l’inspiration que peut générer la société dans laquelle j’évolue, mes créations sont tournées vers un futurisme qui revient questionner la société.

Nous allons clôturer cet entretien par une sempiternelle question. L’art reste le parent pauvre de plusieurs gouvernements en RDC. Pourquoi, selon vous ? Et comment faire pour inverser la tendance ?

Pour répondre à cette question, il est astucieux de renverser la pyramide démontrée par le populisme, celle qui part du pouvoir vers la base, en la pyramide naturelle qui part de la base vers les pouvoirs. Les sociétés de base sont les familles et les plateformes d’éducation et de recherche. Tandis que les églises et les religions restent une équation dans leur rôle. Si la vie est une œuvre, c’est la famille et l’école qui initient leurs membres à la perception de l’œuvre et à sa mise en scène. Les femmes et les enfants devront prendre part active aux rendez-vous culturels. Si ce cap est maintenu pendant plusieurs temps, on augmenterait la probabilité d’avoir des autorités qui se seraient induites l’esprit artistique et qui consulteraient le monde artistique dans le conseil des décisions du pays, des autorités qui construiraient des musées importants. Le manque de musées ne pose aucun problème. L’opinion est appelé à recadrer les rôles de la base et du sommet dans la pyramide.

Propos recueillis par Kudjirakwinja Nabintu

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