Invité dimanche du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le Professeur Michel Bongongo, cadre de la majorité présidentielle et plusieurs fois ministre sous le régime Kabila, a livré une analyse approfondie des maux structurels qui gangrènent la République Démocratique du Congo depuis son indépendance.
Trois constantes identifiées depuis 1960
Interrogé sur d'éventuelles répétitions de l'histoire au regard de la situation politique et sécuritaire actuelle, le Professeur Bongongo estime que certaines constantes se perpétuent, tandis que de nouvelles dynamiques, moins favorables encore, sont apparues. Il identifie trois facteurs structurels à l'œuvre depuis l'indépendance : premièrement, la convoitise incessante suscitée par les ressources naturelles fabuleuses dont regorge le pays ; deuxièmement, la prédation érigée en véritable mécanisme de pouvoir par les dirigeants successifs ; troisièmement, des injustices sociales en constante augmentation. Selon lui, cette dynamique de prédation, cristallisée par la corruption et le détournement, engendre un mécontentement croissant au sein de la population, des révoltes, de l'insécurité, et ouvre la voie à l'intervention de groupes armés, une « constante habituelle » qu'il fait remonter à l'aube de l'indépendance.
L'agression rwandaise, un facteur aggravant inédit
Le Professeur Bongongo distingue toutefois un élément nouveau apparu après la chute du maréchal Mobutu : l'agression extérieure, en particulier rwandaise, qui a plongé le pays dans une occupation prolongée de certaines de ses provinces, synonyme selon lui de souffrances considérablement accrues pour la population congolaise.
Une responsabilité collective de la classe politique
Pressé d'expliquer pourquoi ni Mobutu, ni les Kabila, ni Tshisekedi n'ont réussi à briser ce cycle de prédation malgré l'alternance des régimes, l'ancien ministre refuse de désigner un responsable unique. « Ce n'est pas Mobutu, ce n'est pas Kabila, ce n'est pas monsieur Tshisekedi, c'est nous tous, hommes politiques », affirme-t-il, pointant des « besoins immodérés » d'enrichissement individuel et familial, communs selon lui à l'ensemble de la classe dirigeante congolaise, au détriment du bien-être des populations.