Le secrétaire général adjoint de l'UDPS/Tshisekedi, Déo Bizibu, est revenu jeudi sur la crise interne qui a traversé le parti présidentiel pendant plus d'un an, détaillant le processus de réunification en cours et évoquant, pour la première fois avec autant de précision, la question statutaire de l'intérim du président qui a nourri les divergences. L'échange s'est tenu lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala.
« Chez nous, il n'y a pas de magistère unique »
Interrogé sur l'état de santé du parti, Déo Bizibu a d'abord relativisé la portée de la crise, la replaçant dans une tradition de débats internes qu'il fait remonter, selon lui, aux origines mêmes de l'UDPS, du temps de son fondateur Étienne Tshisekedi. « Chez nous, ce n'est pas le magistère unique, ça ne passe pas. Le parti a traversé des moments difficiles, avec des divergences internes, mais chaque fois, il s'en sort », a-t-il affirmé, situant la durée de cette dernière crise à environ treize mois.
Cinq orientations données par le président du parti
Selon Déo Bizibu, c'est le président du parti, Félix Tshisekedi Tshilombo, investi à ce poste depuis le congrès de mars 2018 et reconduit lors du congrès de Kananga avant les élections de 2023, qui a personnellement repris le dossier en main, réunissant les cadres dans la nuit du 19 au 20 septembre de l'année passée pour acter la fin de ce qu'il avait qualifié, dans une précédente sortie médiatique, de « vitalité démocratique » interne. Cinq orientations avaient alors été fixées pour préparer la tenue d'un congrès :
Le retour de chacun à la position et à l'organe qu'il occupait avant le conflit, la signature d'un communiqué conjoint appelant l'ensemble des militants à l'unité, la réunification de l'exécutif national du parti (la présidence du parti), à travers des réunions toujours en cours, la convocation d'une « matinée politique » de pacification, tenue le 5 octobre devant le siège de la présidence du parti, la mise en place de deux commissions, l'une chargée de l'organisation matérielle du congrès, l'autre de la révision des statuts, dont les travaux, selon Déo Bizibu, ont été bouclés.
Il a précisé que le secrétaire général Augustin Kabuya avait relayé ces orientations à la base via deux circulaires, la première dans la nuit du 19 au 20 septembre, la seconde dans celle du 12 au 13 novembre.
Silence maintenu sur les lignes de fracture initiales
Relancé sur les lignes de fracture à l'origine de la crise, Déo Bizibu a refusé de revenir sur le détail des divergences, estimant que l'heure était à l'apaisement plutôt qu'au rappel des différends. « Je ne trouve plus nécessaire de revenir sur ce qui nous a divisé hier. Il n'y a pas de magistère unique, les divergences ont toujours existé, c'est un parti démocratique. Même entre les fondateurs, il y en avait », a-t-il justifié.
Une tournée de vérification fédération par fédération
Sur les raisons du blocage persistant de la convocation du congrès, Déo Bizibu a expliqué que la priorité reste l'exécution de la première orientation, le retour de chacun à sa place, avant toute échéance congressiste. « On ne saurait aller au congrès pour se régler les comptes », a-t-il averti.
Il a détaillé une tournée de vérification menée fédération par fédération et province par province : des missions ont déjà été conduites au Kongo Central, à Mbandaka (Équateur), à Kananga (Kasaï-Central), ainsi qu'à Mwene-Ditu et Mbuji-Mayi (Kasaï-Oriental). Deux missions supplémentaires étaient prévues, l'une à Lubumbashi (Haut-Katanga), l'autre à Kisangani (Tshopo).
Interrogé sur d'éventuelles résistances persistantes à la base, Déo Bizibu a reconnu que le travail de réunification n'était pas encore achevé, tout en assurant que la convergence se faisait autour du président. Il a livré un témoignage personnel : durant la crise, il avait cessé d'occuper son bureau au siège du parti, une situation qu'il dit avoir régularisée depuis quatre à cinq mois. Il a par ailleurs affirmé que les fédérations visitées, notamment au Kongo Central, rapportaient un même message d'unité retrouvée.
Unité autour de qui, autour de quel projet ?
Poussé à préciser si cette unité relevait d'un simple ralliement autour de la personne du président Tshisekedi ou reposait sur une ligne politique et un objectif commun clairement définis, Déo Bizibu a répondu que l'ensemble du parti était unanime sur la tenue prochaine du congrès et sur le constat que les statuts actuels sont dépassés au regard du contexte présent. Il a assuré que la commission chargée de leur révision avait achevé la préparation des nouveaux textes qui seront soumis au congrès, et a voulu rassurer les militants sur l'organisation de cette échéance.
La question sensible de l'intérim, au cœur des divergences
Interrogé plus directement sur l'une des questions ayant nourri la crise, celle de l'organisation de l'intérim en cas d'empêchement du président du parti, Déo Bizibu a livré l'explication la plus substantielle de l'entretien. Selon lui, l'article 26 des statuts prévoit qu'en cas d'empêchement du président, l'intérim revient à des instances statutaires précises, dont le président de la Convention démocratique et le président de la Commission électorale permanente.
Il a toutefois relevé une source de désaccord : le congrès de Kananga aurait confié au secrétaire général Augustin Kabuya certaines prérogatives du président du parti, notamment celle d'engager le parti dans les processus électoraux en son nom. Une partie des cadres estime que cette délégation ne saurait être assimilée à un intérim au sens statutaire, l'intérim devant selon eux revenir aux instances prévues par l'article 26, d'autres considèrent au contraire que le secrétaire général assume de facto cet intérim. « C'est notamment ça qui nous divise », a admis Déo Bizibu, précisant que la question aurait depuis été tranchée par le président du parti, sans toutefois développer davantage ce point à ce stade de l'échange.