En visite d’inspection à Muanda, dans la province du Kongo-Central, la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du Climat, professeure Marie Nyange Ndambo, a tiré la sonnette d’alarme sur l’état des mangroves du Parc Marin des Mangroves. Entre déboisement, occupations illégales et pression foncière, cet écosystème classé site Ramsar est aujourd’hui confronté à de graves menaces.
Le constat dressé par la professeure Marie Nyange Ndambo est sans appel. À l’issue d’une visite de terrain effectuée à Muanda, la ministre de l’Environnement a dénoncé la dégradation progressive et la spoliation de plusieurs espaces du Parc Marin des Mangroves.
D’une superficie de 768 km², ce parc constitue un écosystème exceptionnel en République démocratique du Congo. Créé le 2 mai 1992 et inscrit sur la liste des sites Ramsar en 1996, il joue un rôle majeur dans la préservation de la biodiversité marine et la régulation du climat.
Les mangroves constituent notamment des zones de reproduction et de croissance essentielles pour de nombreuses espèces halieutiques. Leur disparition pourrait ainsi affecter non seulement la biodiversité, mais également les activités économiques et les moyens de subsistance des communautés riveraines.
« Les mangroves, c'est un écosystème spécial, unique. Leur destruction va priver la République d'une richesse en biodiversité incommensurable », a déploré la ministre.
Des communautés prises entre survie et pression foncière
Les investigations menées sur le terrain, notamment dans le village de Lemvo, mettent en lumière une situation particulièrement complexe.
À la suite de leur délocalisation dans le cadre des travaux d’aménagement du port en eau profonde de Banana, certaines communautés ont reçu des espaces destinés à leur permettre de poursuivre leurs activités de subsistance.
Mais confrontées à un manque d’infrastructures et d’équipements publics, ces populations ont progressivement déboisé certaines portions de leur espace afin d’y construire des infrastructures à vocation sociale et économique.
Pour les autorités, cette situation ne saurait toutefois expliquer à elle seule l’ampleur des atteintes constatées dans le parc.
Au-delà des besoins légitimes des communautés locales, la mission d’inspection a également fait apparaître des soupçons d’appropriation de vastes portions du parc par des acteurs privés.
Selon les premières constatations, certaines concessions villageoises auraient servi de couverture à des opérations d’occupation ou d’accaparement foncier dans des espaces relevant du Parc Marin des Mangroves.
Face à cette situation, le ministère entend désormais procéder à une vérification approfondie afin de distinguer les droits d’usage accordés légalement aux populations des éventuels actes d’occupation illégale.
Titres fonciers et données géospatiales au cœur de l’enquête
La ministre a annoncé une démarche en plusieurs étapes pour établir les responsabilités et déterminer les espaces concernés.
Il s’agira d’abord d’analyser les titres et actes d’octroi afin de déterminer avec précision la superficie initialement attribuée aux populations comme espace de survie.
Les autorités prévoient ensuite de confronter les données géospatiales actuelles aux cartes historiques du parc. Cette opération devrait permettre d’identifier les zones qui auraient été soustraites au domaine public ou occupées en violation du statut de l’aire protégée.
Une fois les périmètres concernés clairement établis, le gouvernement envisage enfin de lancer un vaste programme de reboisement et de restauration écologique sur les terres qui devront être réintégrées dans le domaine public de l’État.
Le gouvernement entend également faire preuve de fermeté à l’égard des opérateurs privés qui revendiqueraient des droits sur les terres occupées, notamment en invoquant des acquisitions antérieures ou parallèles.
Pour la ministre, le statut de zone protégée du Parc Marin des Mangroves constitue un élément déterminant dans l'examen de ces revendications.
« Quoi qu’il en soit, les gens qui ont occupé les mangroves après la création du Parc Marin des Mangroves sont dans l’illégalité. Et l’État va trancher », a déclaré fermement Marie Nyange Ndambo.
Des mesures administratives et judiciaires pourraient ainsi être prises contre les occupants illégaux à l’issue de l’évaluation technique annoncée par le ministère.
Préserver un patrimoine naturel stratégique
À Muanda, l’enjeu dépasse donc la seule question foncière. Il concerne la préservation d’un écosystème essentiel au fonctionnement écologique du littoral congolais.
La restauration des mangroves apparaît également comme un levier de lutte contre les changements climatiques, ces écosystèmes étant capables de stocker d’importantes quantités de carbone tout en protégeant les zones côtières contre l’érosion et certains effets des phénomènes climatiques extrêmes.
L’opération annoncée par le ministère devra désormais permettre d’établir l’étendue exacte des dégradations, de clarifier les droits des différentes parties et, surtout, de déterminer les espaces à restaurer.
À Muanda, l’État entend ainsi reprendre la main sur un patrimoine naturel considéré comme stratégique, avec un message clair : la protection des mangroves ne saurait être compromise par les pressions foncières ou les intérêts privés.