La faim n’est pas seulement une urgence humanitaire. Elle peut devenir un facteur de déplacement, de tensions sociales et, à terme, de conflits. C’est le message porté mardi 25 août par la République démocratique du Congo devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, à l’occasion du débat public de haut niveau consacré au thème : « Maintien de la paix et de la sécurité internationales. L’alimentation prise pour cible : le rôle du Conseil de sécurité dans l’atténuation des crises alimentaires aux niveaux mondial et local ».
Dans une déclaration prononcée à New York, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies a, lors de cette activité organisée sous la présidence du Danemark, appelé à repenser la lutte contre l’insécurité alimentaire comme un élément à part entière de la prévention des conflits. Pour la délégation de la RDC, l’expérience du continent africain, et particulièrement celle de l’est du pays, démontre le lien direct entre insécurité, déplacements de populations et vulnérabilité alimentaire.
« L’expérience de l’Afrique, et particulièrement celle de la République démocratique du Congo, nous rappelle avec force une réalité fondamentale : la faim ne peut être dissociée de la sécurité. En RDC, des millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë. Les conflits au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri ont entraîné des déplacements massifs de populations, perturbé la production agricole, les circuits d’approvisionnement et l’accès à l’aide humanitaire. Lorsqu’une famille abandonne sa terre pour fuir les violences, elle ne perd pas seulement son foyer, elle perd également sa capacité à produire, à se nourrir et surtout à se reconstruire. C’est pourquoi les réponses urgentes et durables doivent également viser à sécuriser les zones de production, relancer l’agriculture locale, moderniser les infrastructures rurales et mobiliser les investissements nécessaires au développement des chaînes de valeur agricoles. La sécurité alimentaire doit ainsi être envisagée non seulement comme une réponse à la faim, mais aussi comme un investissement dans la paix et la stabilité », a déclaré l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies.
Face à cette situation, la délégation de la RDC à l’ONU estime que les réponses internationales ne doivent pas se limiter à l’aide d’urgence. Elles doivent également permettre aux communautés affectées par les conflits de retrouver leurs capacités de production et leur autonomie. L’ambassadeur Mukongo Ngay a ainsi appelé à sécuriser les zones de production, à relancer l’agriculture locale, à moderniser les infrastructures rurales et à mobiliser davantage d’investissements en faveur des chaînes de valeur agricoles.
« La République démocratique du Congo réaffirme, dans cette perspective, son attachement à une approche qui place les communautés au cœur de la prévention et de la réponse, tout en renforçant les capacités nationales en matière de prestations de services, de production agricole et de résilience. Dans le même esprit, le Conseil de sécurité doit continuer à soutenir les bons offices du Secrétaire général ainsi que les initiatives diplomatiques visant à sécuriser les corridors humanitaires, à préserver la liberté de navigation et à protéger les infrastructures agricoles, énergétiques et commerciales essentielles », a-t-il fait savoir dans son discours
Au-delà de l’urgence alimentaire, la RDC appelle à une meilleure coordination des différents instruments de l’action internationale. Pour Kinshasa, cette cohérence est indispensable afin d’éviter que les réponses internationales ne soient fragmentées alors que les crises, elles, sont étroitement liées. Selon Kinshasa, la prévention des crises alimentaires devrait ainsi être intégrée aux stratégies de prévention des conflits.
« Il importe également de renforcer la cohérence entre les mandats du Conseil de sécurité, les régimes de sanctions, les opérations de paix, l’action humanitaire et les efforts de développement. La prévention des crises alimentaires doit devenir une composante à part entière de la prévention des conflits. La République démocratique du Congo, qui connaît elle-même les conséquences humaines, sociales et économiques des conflits, sait que la faim ne saurait être considérée comme une simple tragédie humanitaire. Lorsqu’elle s’installe, se prolonge et s’aggrave, elle fragilise les sociétés, nourrit les déplacements, exacerbe les tensions et peut devenir un redoutable facteur de déstabilisation et de conflits. La sécurité alimentaire est, à ce titre, indissociable de la paix, de la stabilité et du développement », a indiqué le diplomate congolais.
Dans un autre registre, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay a réaffirmé la détermination de la République démocratique du Congo à travailler avec le Secrétaire général, le Conseil de sécurité, le système des Nations Unies, les États membres et les partenaires régionaux. L’objectif affiché est triple : renforcer la résilience des systèmes alimentaires, protéger les populations civiles et s’attaquer aux causes structurelles de la vulnérabilité.
À en croire le diplomate congolais, l’enjeu qui se présente est donc clair : il faut passer de la réaction à la prévention, de l’urgence à la résilience et de la fragmentation à une action collective, cohérente et anticipatrice.
« La prévention de l’insécurité alimentaire doit être pleinement intégrée aux efforts de prévention et de règlement des conflits. Pour conclure, la République démocratique du Congo tient à réaffirmer sa détermination à travailler avec le Secrétaire général, le Conseil de sécurité, le système des Nations Unies, les États membres et les partenaires régionaux afin de renforcer la résilience des systèmes alimentaires, de protéger les populations civiles et de s’attaquer aux causes structurelles de la vulnérabilité. Car notre responsabilité collective est d’agir avant que la faim ne devienne famine et avant que la famine ne devienne, à son tour, un facteur de conflit et d’instabilité. Prévenir la faim, c’est préserver la dignité humaine. Prévenir la faim, c’est renforcer la résilience. Et, en définitive, prévenir la faim, c’est aussi préserver la paix », a-t-il souligné dans son discours.
Ces réflexions interviennent dans un contexte particulièrement préoccupant en République démocratique du Congo, où les conflits persistants et les déplacements massifs de populations continuent d’aggraver la situation alimentaire. Selon les données citées dans la mise à jour de la situation humanitaire, 26,5 millions de personnes à travers la RDC se trouvent confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë et ont besoin d’une assistance alimentaire urgente. Cette situation comprend plus de 3,6 millions de personnes en phase 4 de l’IPC, correspondant au niveau « Urgence », et 22,9 millions de personnes en phase 3, correspondant au niveau « Crise », pour la période allant de janvier à juin 2026.
Dans une mise à jour publiée par OCHA le 12 mai 2026 sur les projections de la situation alimentaire dans les quatre provinces de l’Est Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri et Tanganyika , il ressort que plus de 9,9 millions de personnes devraient continuer à faire face à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë durant cette période. Bien que ce chiffre représente une légère baisse de 1,8 % par rapport à la projection établie en septembre 2025 pour la même période, la situation demeure plus dégradée que dans l’analyse courante, confirmant la persistance et la gravité de l’insécurité alimentaire dans l’Est du pays.
L’assistance alimentaire humanitaire (HFSA) n’atteint pas encore un nombre suffisant de personnes dans ces quatre provinces, laissant des millions de ménages vulnérables sans les ressources nécessaires pour réduire leurs déficits de consommation alimentaire et reconstruire leurs moyens de subsistance.
Clément MUAMBA